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De la crise somalienne à la crise financière : une rentrée périlleuse

Posté par Jérôme Larché le 31 août 2011

 Edito de Grotius International – Septembre 2011

par Jérome Larché, Directeur Délégué de Grotius International

Terminées les vacances ! Grotius.fr est désormais devenu Grotius International, « Géopolitiques de l’Humanitaire ». Dans un précédent édito, j’avais exposé les raisons de ces modifications, qu’il est possible de retrouver au niveau de la rubrique « Pourquoi ce site ? ». Mais revenons sur deux aspects de cette rentrée qui pourrait se révéler périlleuse pour les ONG humanitaires. 

Ces deux derniers mois ont vu l’urgence de la Corne de l’Afrique éclipser le reste de l’actualité humanitaire, oubliant facilement le Darfour, Haïti, la RDC, ou l’Afghanistan. Tels des papillons de nuit, les médias se sont précipités vers les lumières intenses des roquettes et des détresses humaines, allumées en Somalie, au Kenya, et en Ethiopie. D’une situation chronique perdurant depuis des mois, ayant de profondes racines structurelles et accentuée momentanément par les Shebab somaliens (l’instrumentalisation de la faim étant une tactique vieille comme l’art de la guerre), ils en ont fait une crise aigue, brutale, surgie d’ex-nihilo, méritant une mobilisation aux connotations cathartiques. Si certaines ONG ont fait le choix d’emboîter le pas aux médias sur cette posture simplificatrice pour récolter des fonds auprès du public ou des bailleurs, aucune n’a osé le pari de la pédagogie complexe, ce qui n’enlève rien à la valeur de leurs actions sur le terrain, mais les ramène un peu plus au simple rang d’opérateurs privés, et non d’organisations humanitaires indépendantes issue de la société civile. Abritant désormais le plus gros camp de réfugié au monde, le Kenya est devenu un pays pivot de cette crise, tant par sa relative stabilité comparé aux autres pays de la zone, que par le « hub » (logistique, financier, en ressources humaines) qu’il constitue. Toutefois, outre les réflexions de fond que chaque humanitaire devrait se poser avant d’aller intervenir dans un camp de déplacés/réfugiés – et notamment lire l’excellent bouquin de Michel Agier[1]-, le camp de Dabaad – qui accueille désormais plus de 400 000 réfugiés somaliens – peut devenir rapidement un facteur de déstabilisation politique interne, dans un pays qui cicatrise encore avec peine des violences survenues à la fin du mois de décembre 2007, après les élections présidentielles, et qui avaient fait plus de 1500 morts. En bref, l’interaction médias-humanitaires n’a de sens que si chacune des parties comprend et respecte la temporalité de l’autre et ne tente pas, dans un effort inutile et potentiellement dommageable, de la remplacer. Que les journalistes parlent des crises aux conséquences humanitaires, c’est leur droit. Que des journalises exercent sans discernement un tri « échologique » entre ces crises, c’est probablement une erreur.  L’autre évènement structurant de cet été restera la crise financière et bancaire qui secoue les bourses et les Etats, notamment en Europe. La dette des pays européens et des Etats-Unis, ajoutées à la poursuite de la spéculation sur les marchés financiers, vont impacter de plein fouet les budgets de ces Etats pour les années à venir. En France, près de 10 milliards vont devoir être économisés et, au-delà des annonces gouvernementales, comment ne pas croire que l’actuel financement des activités humanitaires ne sera pas touché par des coupes budgétaires ? La crise de la dette se jouant aussi à l’échelle européenne, il est fort probable que la mutation d’ECHO, de plus en plus intégré au Service d’Action Extérieure de l’UE, s’accentuera, et que la « méthode des consortiums », utilisée déjà au Pakistan, en Afghanistan ou en Indonésie, ne soit étendue à l’ensemble des terrains déjà financés par l’institution européenne.

Un certain nombre d’ONG britanniques ont crée, sous l’égide de DFID (le Département  chargé du Développement et de la Coopération Internationale) un « Consortium d’ONG britanniques », pré-identifiées et pré-qualifiées auprès des autorités, dont l’objectif est d’accélérer la mise en œuvre des programmes en cas de crises, comme lors des inondations de juillet dernier à Cox Bazar au Bangladesh. Pour les ONG françaises et les autres ONG européennes (notamment celles de taille moyenne) qui n’auront pas anticipé ces changements, et dont souvent la majorité de leurs actions à l’international est financée par ECHO, il n’y aura pas énormément d’alternatives. Soit elles intègrent le  « moule » des consortiums, et deviennent indubitablement des prestataires de services et des opérateurs privés, fruits très reconnaissables de la logique économique libérale et mondialisée. Soit elles renoncent à participer à ces consortiums, mais renoncent aussi à rester des acteurs importants, et donc s’exposent – à brève ou moyenne échéance – à disparaître ou à fusionner. 

La redistribution des cartes dans l’humanitaire ne fait probablement que débuter, mais la crise financière et les pressions que subissent les gouvernements pour diminuer leur dette, ont sonné le début d’une partie périlleuse pour les ONG humanitaires. Notamment pour celles qui veulent défendre les principes de l’action humanitaire dans un cadre éthique et opérationnel, mais n’en ont peut-être plus aujourd’hui les moyens, faute d’avoir su préparer une réelle diversification financière.  


[1] « Gérer les indésirables. Des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire» M. Agier, Ed Flammarion, 2008

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« Le Royaume de l’insolence à l’aune des prétentions occidentales »

Posté par Jérôme Larché le 3 juillet 2011

Notes de lecture pour Grotius.fr 

La guerre de l’ombre des français en Afghanistan (1979-2011), par Jean-Christophe Notin (Editions Fayard, 2011)
 

Dans ce livre-document, et à l’heure où la France est engagée pleinement dans la guerre menée par les occidentaux en Afghanistan, J.C. Notin mobilise l’histoire contemporaine pour remettre en perspective les relations complexes, faites à la fois de proximité et de distanciation, entre ces deux pays. Avec un parti pris chronologique, indispensable pour la cohérence d’ensemble, il dessine à coup d’esquisses la multiplicité des rapports qu’ont pu entretenir les différents acteurs, sans oublier de décrire les terribles conséquences pour la population afghane du Grand Jeu qui, depuis des décennies, se rejoue sur leur territoire.    Pendant des années, les acteurs humanitaires ont côtoyé des moudjahiddins, des agents des services de renseignement  (CIA[1] et DGSE[2] notamment), des officiers de l’ISI[3] – les redoutables services secrets militaires du Pakistan – , et bien sûr les troupes de l’armée soviétique de l’opération Chtorm 333. Dans ce Grand Jeu du XXème siècle, les populations civiles afghanes ont été les principales victimes. Victimes directes des attaques brutales des soviétiques ou des conflits entre les différents clans de moudjahiddins qui, dans le respect des règles de la guérilla, avaient besoin de cette population pour s’y fondre. Victimes indirectes du cynisme diplomatique des grandes puissances, France et Etats-Unis en tête, mais aussi de la volonté sans faille du Pakistan à garder la main sur l’avenir politique de son voisin afghan, afin de préserver une  profondeur stratégique  face à son puissant rival indien. 

Dans cette « quête afghane », les ONG humanitaires françaises ont joué un rôle majeur, n’hésitant à mêler altérité et parfois idéologie. L’auteur souligne en effet que, si certaines ont nettement franchi les limites de leur mandat humanitaire – en participant parfois même aux combats contre les soviétiques -, la plupart  ont contribué à apporter un soutien alimentaire, médical, et moral, à des populations vulnérables (mais aussi aux chefs de clans et de groupes de combattants qui contrôlaient ces zones). Beaucoup de médecins, infirmier(es), et journalistes n’ont pas hésité à recourir à la clandestinité pour passer la frontière pakistano-afghane (via les zones tribales du Nord-Ouest) et franchir des cols enneigés à plus de 4000 mètres d’altitude. Les ONG ont également participé à la mise en lumière de chefs de guerre comme Amin Wardak et Ahmed Shah Massoud, se livrant au passage à un intense travail d’influence auprès des gouvernements et décideurs politiques occidentaux. Après la guerre du Biafra, le conflit des années 80 en Afghanistan reste un des évènements fondateurs des  French doctors. Pour l’anecdote, les humanitaires français qui ont vécu ces années-là s’appellent encore entre eux, avec beaucoup de respect mutuel, les « afghans ». Comme la mémoire est souvent sélective, il n’est pas inutile de rappeler que de nombreuses ONG non-françaises ont, elles aussi, été présentes sur le territoire afghan. La deuxième partie du livre de J.C. Notin traite de la coalition internationale et de tous les acteurs (agents secrets, soldats, politiques) engagés depuis 2001 dans la traque des Taliban et d’Al-Qaida. La place des ONG, devenue de plus en difficile et dangereuse en raison des stratégies contre-insurrectionnelles et de l’approche globale voulues par la coalition, est également évoquée. L’auteur rappelle par ailleurs les dissensions au sein de la coalition otanienne sur les objectifs avérés de la guerre menée depuis 2001, et qui avait commencé par l’offensive « militaro-humanitaire » Bombs and Bread[4] , presqu’unanimement critiquée par la communauté humanitaire. Même Hubert Védrine, cité dans l’ouvrage, constate avec dépit : « Est-on là pour écraser les foyers de terrorisme ou pour démocratiser, éduquer, etc. ? On ment aux populations occidentales et afghanes en affirmant que nous aidons une population en difficulté, à la démocratiser, etc. – mais en fait, nous ne sommes là que pour défendre nos intérêts de sécurité. » 

J.C. Notin conclut avec perspicacité que « la France sait  peut-être mieux que d’autres que le royaume de l’insolence peut aussi être le cimetière des prétentions. » L’avenir dira si la récente volonté des Présidents Obama et Sarkozy de commencer le retrait de leurs troupes d’Afghanistan est le reflet de cette lucidité…   

NB : Le prix de l’essai de L’Express a été décerné le 23 juin dernier à J.C. Notin pour son dernier livre,  La guerre de l’ombre des Français en Afghanistan.  



[1] CIA : Central Intelligence Agency 

[2] DGSE : Direction Générale de la Sécurité Extérieure 

[3] ISI : Inter-Service Intelligence 

[4] « Bombes et Pain », le terme militaro-humanitaire étant bien entendu complètement antinomique et inapproprié.

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Les Soudanais pris au piège des combats autour de la très convoitée zone d’Abyei

Posté par Jérôme Larché le 8 juin 2011

Sur France 24 du 02/06/2011 http://observers.france24.com/fr/content/20110602-soudanais-refugies-combats-convoitee-zone-abyei-sud-soudan-exode-independance?ns_campaign=nl_obs_fr&ns_mchannel=email_marketing&ns_source=emv_08062011_obsfr&ns_linkname=soudan-abiyei-piege-civils&ns_fee=0

Abyei a beau être un simple point sur la carte du Soudan, l’avenir de cette petite zone frontalière menace les très fragiles accords de paix entre le nord et le sud du pays. Le 21 mai, les troupes du Nord ont pris le contrôle de cette région riche en pétrole, obligeant des milliers de personnes à fuir. Notre Observatrice témoigne de la situation dramatique de ces réfugiés.

Abyei est une région de 10 000 km2 bénéficiant d’un statut administratif spécial selon l’accord de paix global de 2005 qui avait mis fin à 22 années de guerre civile entre le Nord et le Sud-Soudan. À elle seule, cette région cristallise tous les conflits qui divise le pays : tensions ethniques, frontières mal définies et ressources naturelles convoitées.

Le cas d’Abyei est certainement le point le plus sensible des négociations entre Khartoum, la capitale du Nord, et Juba, la capitale du Sud, à quelques mois de l’indépendance du Sud-Soudan prévue en juillet 2011. Comme cela avait été décidé dans l’accord de 2005, le Sud-Soudan a organisé en janvier un référendum d’autodétermination. La population du Sud-Soudan, à majorité non musulmane et noire africaine, a choisi de devenir indépendante du Nord, majoritairement arabe et musulman.

Un référendum parallèle devait être organisé à Abyei pour déterminer ce qu’il adviendrait de la région en cas d’indépendance, mais il a été annulé car le Nord et le Sud n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les critères de vote.

Ni Juba, ni Khartoum ne souhaitent perdre le contrôle de cette région frontalière, une zone aux terres fertiles qui abrite de nombreux champs de pétrole ainsi qu’un accès stratégique à l’eau.

 

« Les personnes à qui j’ai parlé se considèrent comme Sud-Soudanais »

Laurea Heaton est chercheuse pour l’ONG Enough Project. Elle était à Agok, à 43 km d’Abyei, la capitale de la région du même nom, pour rencontrer les réfugiés.

Les témoignages des réfugiés d’Abyei que j’ai entendus étaient absolument déchirants. Dès que les troupes du Nord ont attaqué, des familles entières ont été forcées de quitter leurs villages et de prendre la route, à pied, en laissant tous leurs biens derrière elles.

Les réfugiés se sont essentiellement dirigés vers les villes de Turalei et Mayen Abun, dans le comté sud-soudanais de Twic, qui est frontalier de la région d’Abyei. Il n’y a aucun camp de réfugiés organisés où ils puissent s’installer. La plupart dort sous des arbres sur le bord de la route. S’ils ont de la chance, ils sont pris en charge par des proches ou des locaux. Mais la saison des pluies commence et après chaque averse, ils seront condamnés à dormir sur de la boue épaisse.

 

« Les étals des marchés sont quasiment vides et les bouteilles d’eau sont quasiment introuvables »

Les populations locales partagent le peu qu’elles ont avec les déplacés. Mais ils manquent de nourriture et d’eau. Aucun réfugié ne mange à sa faim. À Agok, l’essence manque et les rares personnes disposant d’un véhicule ne peuvent pas s’en servir.

Les quelques organisations présentes dans la zone n’ont pas encore réussi à acheminer de la nourriture ou à aider les déplacés. Pour le moment, elles sont encore en train d’enregistrer les arrivées et de répertorier les besoins [30 642 personnes ont été enregistrées et quelque 30 000 autres sont en cours d’enregistrement]. Il y a surtout des femmes et des enfants : les hommes armés sont restés sur place pour garder un œil sur leurs terres et leurs biens. Mais il semblerait que les pillages perpétrés par les soldats du Nord se soient, malgré cela, généralisés.

Les personnes à qui j’ai parlé se considèrent comme Sud-Soudanais. Ils ont le sentiment d’avoir été délaissés par l’accord de paix ainsi que par le vote de l’indépendance du Sud, qui ne comprend pas la région d’Abyei. Un vétérinaire originaire de la région, qui s’était battu avec l’armée de libération du Soudan [SPLA, armée du Sud], m’a dit : ‘Je suis content pour l’indépendance du Sud-Soudan. Ils se battent pour ça depuis tellement longtemps’. Puis il s’est interrompu et a ajouté ‘Nous nous sommes battus pour ça’.

Avec l’impasse politique dans laquelle s’engagent les deux parties au sujet d’Abyei, la plupart des réfugiés n’arrivent pas à imaginer leur futur. Une majorité dit vouloir retourner chez elle à la fin des combats, mais ils ont bien conscience que ça pourrait prendre des mois, même des années. »

 

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Guantanamo : l’éthique médicale mise au pas

Posté par Jérôme Larché le 2 mai 2011

Article paru sur www.grotius.fr

 

        Avec l’annonce de la mort de Ben Laden, tué la semaine dernière par les forces spéciales américaines au Pakistan, l’organisation Al Qaida a subi – en peu de temps[1] – un deuxième revers et la lutte anti-terroriste, a remporté indéniablement une victoire. Les moyens de cette lutte ont été à l’origine de nombreuses polémiques, la plus violente d’entre elles concernant les violations répétées aux droits de l’homme perpétrées dans la prison de Guantanamo. 

Parler d’éthique dans ce contexte est donc toujours délicat. Cela renvoie à des valeurs morales et des normes de comportement que l’on estime universelles, et que la réalité tend toujours à relativiser. L’éthique médicale n’échappe pas à cette règle. La diversité des situations et des cultures dans lesquels peuvent exercer les médecins serait-elle donc une explication – voire une justification – aux dérives avérées de certains confrères, face aux principes mêmes de l’éthique médicale ? 

Le récent article de Iacopino et al., intitulé « Neglect of Medical Evidence of Torture in Guantanamo Bay: A Case Series »[2] et qui a permis de documenter la passivité (voire la complicité) des autorités médicales militaires américaines face aux maltraitances physiques et psychologiques de prisonniers de la fameuse base de Gitmo[3] est, de ce point de vue, très éclairant. 

Les auteurs de cet article n’ont pas eu accès directement à tous les prisonniers concernés, mais ont pu consulter leurs dossiers médicaux et ceux de leurs avocats. Les conséquences sanitaires des violences physiques et psychologiques subies, sur une période moyenne de 7 ans (la plupart des prisonniers ayant été incarcérés en violation du droit international en 2002), n’ont jamais amené les médecins qui les ont pris en charge, à investiguer et faire cesser les causes de ces violences[4]. Au contraire, il semble même que ces « pauses » médicales aient été l’occasion de rassembler des informations très intimes et personnelles, afin de les utiliser à posteriori pour briser la résistance psychologique de ces « patients-prisonniers ». Ainsi, alors qu’aucun détenu n’était connu pour des problèmes psychologiques antérieurs, 90% d’entre eux souffrent actuellement d’un syndrome de stress post-traumatique, et les troubles psychiatriques rencontrés vont de la dépression à l’apparition de traits psychotiques. Pour preuve d’exemple, un médecin a expliqué à un patient sous antidépresseurs qu’il « devait se détendre quand les gardes devenaient plus agressifs » ! 

On voit donc que la fonction médicale est passée, du soin et du respect de l’intégrité de la personne,  à celle d’ « auxiliaire du renseignement » et de « support d’interrogatoire » pour des « terroristes » emprisonnés dans un univers carcéral extrajudiciaire et illégal, au regard du droit humanitaire international. 

Les questions posées sont donc les suivantes : le statut militaire des médecins de Guantanamo les exonère-t‘il d’une adhésion aux normes éthiques de leur profession et en quoi, ces normes, constituent-elles un socle légitime pour une profession qui compte presqu’autant de façons d’exercer que de praticiens eux-mêmes ? 

Même si cela parait futile, il est essentiel de rappeler que tous les médecins prêtent  serment, à l’issue de leurs études, sur un texte d’Hippocrate et que celui-ci pose un cadre inaltérable : celui de la relation privilégiée entre un patient et son médecin, dans lequel celui-ci s’engage (au moins) à ne pas nuire. La Déclaration de Genève[5] de l’Association Médicale Mondiale engage d’autre part les médecins en ces termes : « La santé de mon patient prévaudra contre toute autre considération » et le Code International d’Ethique Médicale déclare qu’ : « un médecin doit agir dans le meilleur intérêt du patient lorsqu’il le soigne ». 

La « guerre globale contre le terrorisme » initiée par G.W. Bush, et dont la prison de Guantanamo reste l’un des plus tristes symboles, montre aujourd’hui, au-delà de ses effets contre-productifs sur le terrorisme djihadiste et de son caractère illégal, ses effets pervers sur les pratiques médicales employées dans cet endroit (et dans combien d’autres ?)[6]. Cette altération des principes et des pratiques, où la fin est censée justifiée tous les moyens, atteste que l’instrumentalisation de la santé à des fins politiques (la guerre étant, selon la formule clausewitzienne, le prolongement de la politique par d’autres moyens) porte en elle sa propre perversion. 

Il ne s’agit donc pas de juger tout un corps de métier (en l’occurrence, les médecins militaires) ou un pays (ici, les Etats-Unis d’Amérique), car l’Histoire montre bien que ce type de jours sombres n’a épargné que peu de nations. Il s’agit plutôt de peser les responsabilités d’un discours politique qui a justifié la mise en place d’un système où la médecine et ses acteurs ont dévié de leur rôle, pour devenir supplétifs d’actions en rupture complète avec l’éthique médicale. 

En France, la tentative d’imposer des tests ADN, les restrictions d’accès aux soins pour les étrangers en situation irrégulière, les propos stigmatisants sur les Roms et autres « étrangers » – même légaux -, l’assimilation d’un infraction administrative (être « sans-papiers ») à une infraction pénale sous-tendue par un discours permanent de « sécurisation » (comme diraient les sociologues) et concrétisée par la création de multiples centres de rétention, forment également le périmètre d’un nouveau système où certains acteurs médicaux jouent déjà un jeu collaboratif extrêmement dangereux. 

Les pratiques médicales dénoncées dans l’article de Iacopino et al. ne doivent pas nous rassurer et nous exonérer d’une vraie réflexion sur ces enjeux, où l’intérêt médical et l’intérêt d’Etat créent une confusion. En effet, Guantanamo n’est que l’image caricaturale d’autres lieux et d’autres politiques qui n’ont pas ses excès, mais qui en ont l’esprit. 

Les médecins et tous les acteurs de soin, de part leur serment et les codes qui régissent leur profession, doivent conserver une vigilance et une réactivité suffisantes pour ne pas tomber dans le piège d’une médecine instrumentalisée. Cela reviendrait à mettre en péril non seulement le cadre éthique, et de facto opérationnel, de leur engagement professionnel, mais aussi les liens d’humanité et de confiance qui lient tout médecin à ses patients. 



[1] La première défaite étant les révolutions citoyennes du monde arabe ! 

[2] http://www.plosmedicine.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pmed.1001027 

[3] Surnom donné par les américains à la base de Guantanamo, sur l’île de Cuba. 

[4] Privation de sommeil, températures extrêmes, positions forcées dégradantes, tabassages, menaces avec des chiens, privations d’eau et/ou de nourriture, agressions sexuelles, simulations d’exécution, mauvais traitements, etc…

[5] http://www.wma.net/fr/30publications/10policies/b3/index.html 

[6] Allégations de détentions secrètes dans des États membres du Conseil de l’Europe (2006) Dick Marty http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/CommitteeDocs/2006/20060124_Jdoc032006_F.htm 

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Le choix des maux…

Posté par Jérôme Larché le 11 avril 2011

 A lire aussi sur www.grotius.fr dans la rubrique « Décryptages »

Après la mort brutale des deux jeunes français enlevés par l’organisation Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) le 8 janvier 2011, un collectif comptant certaines des plus grosses ONG humanitaires françaises a souhaité, dans un courrier adressé au Premier Ministre ainsi qu’aux Ministres des Affaires Etrangères et de la Défense, exprimer ses inquiétudes sur la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, mais aussi sur les options opérationnelles choisies par le gouvernement français pour essayer de récupérer les otages – action militaire sans négociation préalable – et leurs conséquences sur la sécurité des personnels humanitaires.

Les ONG, cibles du terrorisme « glocal »

Comme dans beaucoup d’autres zones, comme le Pakistan ou la Somalie, les risques liés à la sécurité se sont singulièrement accentués dans le Sahel pour les ONG humanitaires. Ces nouvelles menaces sont principalement issues  de ce qu’on peut appeler le terrorisme « glocal[1] ». Il s’agit d’un terrorisme se basant sur des dynamiques locales, tribales, faites d’alliances et de défections opportunistes, alimenté par des trafics d’armes, de drogue voire d’êtres humains, et de techniques de guérillas adaptées à chaque contexte, dans le désert sahélien comme dans les montagnes inhospitalières entourant la ligne Durand.

Toutefois, la rhétorique utilisée par ces groupes terroristes, qu’ils soient katiba ou taleban, est celle du djihad global et leurs modalités de communication mêlent habilement techniques high-tech de l’information (Internet, téléphones satellitaires), véhicules 4×4 transformés et pratiques ancestrales des porteurs de messages, indétectables par le renseignement électronique et satellitaires. Les stratégies d’acceptation mises en place par les ONG, et visant à améliorer les liens avec les populations locales, ne semblent plus efficaces pour contrer – ou tout au moins atténuer – les risques d’une perception négative liées à leur origine occidentale.

Le choix fait par le gouvernement français de réagir avec rapidité et force en réponse à la prise d’otage de Niamey, constitue donc une source d’inquiétude pour les ONG, tant en raison du risque pris pour les otages que pour le danger d’une assimilation supplémentaire entre gouvernement français et organisation NON gouvernementales.

ONG humanitaires / Etat : une subordination impossible

L’interrogation des ONG françaises sur leur «  relation à l’Etat français », et notamment sur leurs capacités à garder une indépendance politique et opérationnelle, seules garantes d’une réelle impartialité, est donc parfaitement légitime. Le questionnement du pouvoir sur la responsabilité du devoir d’assistance, qui « ne peut être subordonné aux intérêts, politiques, militaires et stratégiques », notamment dans un contexte de conflit armés ou de crise complexe, est également primordial pour au moins deux raisons.

Premièrement, il s’agit de confirmer l’autonomie du droit d’initiative humanitaire dont disposent aujourd’hui les ONG pour porter secours à des populations, et leur garantir un accès aux besoins élémentaires que sont la santé, l’eau ou la nourriture. Deuxièmement, ce concept de droit d’initiative peut s’étendre à d’autres professions, comme les journalistes. La polémique sur les réactions initiales du gouvernement face à l’enlèvement des deux journalistes français dans la province afghane de Kapisa, au nord-ouest de Kaboul le 31 décembre 2009, montre que ce débat est loin d’être clos.

Si la réaction des ONG françaises aux évènements tragiques du Sahel constitue une réponse logique et légitime, est-elle pour autant, complètement crédible ? Il ne s’agit pas de faire polémique sur les motivations profondes de cette lettre (l’enlèvement et l’assassinat de ces deux jeunes français), mais plutôt de discuter certains paradoxes du discours qui fragilisent la démarche, ainsi que d’apporter quelques éléments de réponses possibles pour les ONG.

Une diversification financière indispensable

Le premier paradoxe est celui de l’indépendance politique et opérationnelle, revendiquées à juste titre par les ONG, mais qui fait totalement l’impasse sur les enjeux de l’indépendance financière. Les ONG humanitaires françaises ne peuvent pas, aujourd’hui, faire l’économie de ce débat et doivent donc, avec lucidité évaluer le degré d’interpédendance qui les lie à leurs différents bailleurs, qu’ils soient français, européens, ou autres.

La question de la diversification financière des bailleurs, ainsi que celle des modes de régulation entre bailleurs et acteurs opérationnels, deviennent aujourd’hui d’autant plus urgentes, au vu des restructurations actuelles de l’aide humanitaire européenne et de l’état des finances publiques des Etats européens.

Une terminologie inappropriée

Le deuxième paradoxe est celui de l’utilisation, par les ONG humanitaires, de la terminologie de « guerre contre le terrorisme », non pour la dénoncer mais pour expliquer qu’elle s’étend au Sahel. Or, cette terminologie « bushienne » n’avait pas été utilisé au préalable par le gouvernement français. En effet, parler de « guerre contre le terrorisme » au Sahel est justement l’élément de légitimation[2] attendu par AQMI, le posant comme adversaire militaire reconnu par l’Etat français. Son utilisation lors de ce courrier semble donc plutôt contre-productive et aurait nécessité, en tout cas, plus de critiques et de précisions.

L’oubli fâcheux du Consensus Européen pour l’Aide Humanitaire

Enfin, le troisième paradoxe ressort de la perception « réactive » de cette lettre, et de l’absence d’indications sur une attitude proactive des ONG dans la réflexion sur la gestion des relations entre organisations humanitaires et pouvoir politique. Pourtant, les ONG, sous la houlette de leur consortium européen – VOICE -, comme les Etats européens et ECHO[3], ont déjà travaillé ces questions.

Le résultat final est un document signé par les 27 Etats-Membres de l’Union Européenne et approuvé par le Parlement Européen en décembre 2007 : le « Consensus Européen sur l’Aide Humanitaire[4] ». Celui-ci répond en fait, avec clarté, à de nombreuses questions posées par les ONG signataires de la lettre adressée au gouvernement français.

Encore s’agit-il de savoir que ce Consensus Européen sur l’Aide Humanitaire existe, et le promouvoir à bon escient. La plate-forme non gouvernementale VOICE regroupe, quant à elle, plus de 80 ONG européennes, qui ont validé un cadre de principes et de bonnes pratiques en matière de relations entre militaires / pouvoir politique et humanitaires[5]. Les outils existent donc, mais sans une volonté politique forte des ONG concernées pour les utiliser, ils resteront inefficaces en tant qu’instruments de plaidoyer.

Ce « décryptage » n’a pas vertu à susciter de polémique, tant la gravité du sujet et l’analyse des enjeux sont importantes. Importantes pour les ONG humanitaires qui s’efforcent de porter secours aux populations vulnérables mais dont les « modus operandi » vont devoir s’adapter aux nouveaux défis de sécurité, en développant notamment les partenariats locaux. Importantes pour l’Etat français qui a la responsabilité de ses concitoyens se trouvant à l’étranger, et à fortiori dans des zones instables, mais qui doit rester dans son périmètre et ne pas être tenté d’instrumentaliser l’aide humanitaire, même s’il en finance une partie.

Importantes, enfin, pour préserver un modèle de société où l’Etat conserve ses pouvoirs régaliens mais puisse se faire interpeller par ses citoyens, et surtout dans lequel les droits d’initiatives – humanitaire comme journalistique – puissent être respectés, même sur les terrains dangereux.

 

[1] J. Larché. Les défis du terrorisme « glocal ». Janvier 2011 www.grotius.fr/les-defis-du-terrorisme-%C2%ABglocal%C2%BB-une-nouvelle-opportunite-pour-les-ong-humanitaires-occidentales/
[2]
J.F. Daguzan. Al Qaida au Maghreb islamique: une menace stratégique? Fondation pour la Recherche Stratégique, 30 juillet 2010 http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/dossiers/aqmi/doc/aqmi.pdf

[3]
ECHO : Office d’Aide Humanitaire de la Commission Européenne

[4] « European Humanitarian Consensus » http://ec.europa.eu/echo/files/media/publications/consensus_fr.pdf
[5]
http://www.ngovoice.org/documents/CIV%20MIL%20POLICY%20DOCUMENT%20_%20FINAL.pdf

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8 avril: Journée internationale des Roms: « Refuser la criminalisation de la précarité dans un contexte économique dégradé »

Posté par Jérôme Larché le 6 avril 2011

Les altercations bruxelloises liées à la désormais fameuse « circulaire du 5 août 2010 », relative à l’évacuation des campements illicites et des expulsions de Roms[1], entre le Président français Nicolas Sarkozy et le Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, ont peut-être occulté les enjeux soulevés par la présence des ces populations. Depuis le discours présidentiel à l’Elysée du 28 juillet dernier, près de 200 campements ont été évacués et plusieurs milliers d’expulsions « volontaires » ont déjà été effectuées par les autorités françaises, par bus comme par charters. 

Un « nomadisme » historique  

 Dans les 47 Etats du continent européen, du Portugal à la Russie, le nombre de Roms est estimé à environ 11 millions, dont seulement 15000 en France, soit 0,14% du nombre total de Roms ! A la différence des « gens du voyage » (manouches, tziganes, gitans, sintis,…), les Roms sont des migrants venus d’Europe de l’Est, principalement de Roumanie et de Bulgarie. Sédentarisés, pour les derniers, pendant la période communiste, ils ont repris la route à la recherche de meilleures conditions de vie lorsque l’imposition du système capitaliste sur le bloc de l’Europe de l’Est a mis en péril leur logement, leur travail, et leur accès aux soins gratuits. Malheureusement, la non-maîtrise d’une langue étrangère, leur faible niveau d’éducation, et un mode de vie différent des autres, leur ont parfois imposé des stratégies de survie qui dégradent leur image. Ainsi, bien qu’étant un héritage historique remontant à l’époque byzantine, le nomadisme des Roms est un mode de vie qui contribue depuis longtemps à leur stigmatisation en Europe. Ces transhumances humaines sont-elles pour autant le choix d’une population résolument nomade, ou plutôt la nécessité de réfugiés économiques qui fuient la pauvreté et l’exclusion ? 

Une réalité socio-sanitaire difficile et qui se dégrade 

Comme toute communauté, les Roms obéissent à des codes et des lois internes, mais doivent aussi se plier aux exigences légales des pays qui les accueillent, et qu’ils traversent. Ils sont cependant supposés avoir accès, en tant que citoyens européens, aux besoins essentiels tels que la santé, l’éducation, un lieu de logement, la justice et surtout, comme ils le demandent prioritairement, avoir le droit de travailler. L’interdiction de travailler qui leur est faite par le gouvernement français les oblige de fait à ferrailler, mendier et développer des petits métiers tous interdits… Et donc à contrevenir à la loi ! On observe cependant, au sein de cette population,  une augmentation de la prostitution féminine et une augmentation de la prostitution masculine, principalement des mineurs pour ces derniers et notamment à Paris, ce qui rend la question du droit à l’éducation et au travail, cruciaux. Parfaitement documentées dans les rapports de diverses institutions européennes, les discriminations répétées subies par les Roms, en France comme en Europe, touchent aussi bien au domaine de l’éducation, du logement, de l’accès à l’emploi, de la santé, quand il ne s’agit pas d’incitations à la violence, perpétrées par des hommes politiques. Les associations travaillant auprès des populations Roms depuis de nombreuses années, en France comme à l’étranger (dans l’accompagnement de programmes de réinsertion en Bulgarie, par exemple), sont parfaitement conscientes des difficultés et des contraintes de leur situation. Elles n’ignorent pas pour autant que certains délits sont parfois commis, comme ils le sont par d’autres personnes, mais elles refusent la pénalisation d’une communauté entière, pour les agissements de quelques uns. Un verdict collectif, à l’inverse d’un verdict individuel, ouvre, de fait, la porte à de fausses et dangereuses conclusions. Un espace d’action et de réflexion existe, un espace construit sur le réel et non pas sur des visions simplistes, teintées d’angélisme ou de cynisme. Face à la description d’une réalité fantasmatique déclinée par certains responsables politiques, il est possible de témoigner objectivement d’une réalité socio-sanitaire dans laquelle les populations Roms ne font pas figures de privilégiés. Ainsi, les données sanitaires de Médecins du Monde montrent le degré de précarité auquel sont confrontées les familles Roms : mortalité néonatale précoce de 1,9% (vs population française : 0,22%), mortalité infantile de 2,35% (vs population française : 0,48%), espérance de vie entre 50 et 60 ans, taux de couverture vaccinale à jour de 15% des moins de 7 ans et 5% des adultes, taux d’incidence de tuberculose de 250/100 000 (vs population française : 8,9/100 000). 

Une irresponsabilité politique calculée et dangereuse 

Dans un contexte de crise économique durable, où la perte d’un emploi peut signifier la perte de tout, la rétractation sociale et le réflexe sécuritaire sont compréhensibles, à défaut d’être légitimes. Leur instrumentalisation, en vue des élections présidentielles de 2012, par des propos stigmatisants sur des minorités déjà précarisées comme les Roms, relève d’une stratégie aux risques mal calculés.  Plus qu’une  dérive raciste dénoncée par certains, il s’agit avant tout d’une certaine forme d’irresponsabilité politique. Comme en Italie il y a quelques mois, et aujourd’hui en France, elle ouvre les portes au populisme et aux exactions de certains de nos concitoyens à l’encontre des Roms et des acteurs de la solidarité en faveur des Roms. Pour demeurer une puissance politique respectée, le gouvernement français doit garder la tête froide et ne pas chercher d’illusoires boucs-émissaires aux tensions engendrées par la crise économique mondiale. La communauté internationale, de l’ONU au Vatican en passant par l’Union Européenne et certains Etats, a exprimé son inquiétude au vu des politiques actuellement menées sur le thème de l’immigration et de l’insécurité, et particulièrement celles qui, depuis quelques semaines, ciblent les Roms. La récente polémique européenne, suite aux propos du Commissaire européen aux droits fondamentaux sur la « circulaire du 5 août 2010 », comme sa prompte réécriture ministérielle, témoignent à la fois des tensions engendrées et de la position inconfortable de la France sur la scène internationale.  Face à ce constat et ce contexte, il n’est pas souhaitable de rentrer dans une polémique simplificatrice et démagogique mais il faut espérer que les mises en gardes internationales, très dures pour certaines à l’égard de la France, seront entendues par le gouvernement, pour que cesse cette politique de stigmatisation et de criminalisation de la précarité. Au vu des nombreux conflits (Rwanda, Balkans, Darfour) où la généralisation de méfaits attribués à un groupe spécifique de population a souvent constitué le prélude à des violences de tous ordres, il faut refuser aujourd’hui la démagogie qui entoure les discours et les actes sur la question sensible des Roms en France et en Europe. En raison des complexités de cette problématique, seules la pédagogie et la tolérance permettront d’aborder les nuances du  « réel » et de chasser les certitudes du « fantasme ». Sans angélisme, mais en refusant catégoriquement les amalgames stigmatisants et la criminalisation de la précarité dans un contexte économique dégradé… 

(article déjà publié sur ce site en septembre 2010)


[1] Le mot « Roms » est cité 11 fois sur un document de 3 pages !

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Grotius: 2 ans et pleins de projets en tête…

Posté par Jérôme Larché le 4 avril 2011

Grotius: 2 ans et pleins de projets en tête... dans COUPS DE COEUR tgfa_ban5

 

 Grotius.fr                                                                                                                  Edition de mars 2011

Chaque mois Grotius.fr, thématique média et humanitaire, vous propose des

reportages, des analyses et des entretiens de qualité.



Grotius.fr ou la géopolitique de l’humanitaire…


Grotius.fr a deux ans. La première édition de ce mensuel d’analyse et de reportage sur l’action

humanitaire et les discours médiatiques en temps de crise est sortie le 2 avril 2009. L’aventure se

poursuit, sans relâche. Le Comité de rédaction, en cette date anniversaire, se renforce :

Jérôme Larché,médecin, Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique,

rejoint notre équipe en la qualité de Directeur délégué.

Autres arrivées importantes :

Mathilde Goanec qui dirige le Pôle Eurasie,

Jean-Jacques Konadjé en charge du Pôle Afrique,

Jérôme Diaz en charge du Pôle Moyen-Orient et Maghreb et

Soline Richaud qui aura la lourde tâche de s’occuper de la rubrique Santé internationale.

Nous les remercions.

A  la Une

Catastrophes technologiques et nucléaires, grandes pandémies :
les nouvelles frontières de l’humanitaire ?

Une analyse de François Grünewald.

Editorial

Savoir raison garder : les musulmans sont déjà dans la République.
Cette Tribune publiée dans Le Monde et sur Grotius.fr est signée par
Olivier Bobineau, chercheur au Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE/CNRS) ;
Charles Coutel, professeur des universités ;
Philippe Portier, directeur d’études à l’EPHE ;
Stéphane Lathion, chercheur au Groupe de Recherche sur l’Islam en Suisse ;
François Mabille, professeur à l’université catholique de Lille ;
Émile Poulat, directeur d’études à l’EHESS ;
Jean-Paul Willaime, directeur d’études à l’EPHE.

Analyse

Regards du Monde sur l’Europe…
Par Dominique Kerouedan, Malik Dzhanaliev

Reportage

Pour ne pas oublier Tata Cissé…
Par Soline Richaud. Depuis cette rencontre, une année est passée…

Monde

L’écotourisme comme facteur d’ethnicisation de la société kirghize post-soviétique,
Par Johanne Pabion Mouriès

Pôle Eurasie
France-Russie : « Les dirigeants français ont abandonné l’idée d’aider la société civile russe… »
Un entretien avec Cécile Vaissié, professeur en études russes et soviétiques
à l’Université de Rennes 2, et spécialiste du monde intellectuel russe et soviétique,
réalisé, par Mathilde Goanec


Pôle Afrique
« L’homme africain » n’est pas hors de l’Histoire…
Par Jean-Jacques Konadjé

Urgence et Post-Crise
Ushahidi, un outil au service des crises…
Par Arnaud Bébien

Dossier
Monde arabe : de la révolte à la révolution ?
 

Retrouvez toutes nos rubriques habituelles :
Sur notre Agenda
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Si vous désirez nous contacter, nous proposer un texte ou faire un commentaire :

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Bonne lecture !

 L’équipe de Grotius.fr

 

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« Des Routes Humanitaires » fête ses 1 an

Posté par Jérôme Larché le 1 avril 2011

Un grand merci à tous les lecteurs-visiteurs du site « Des Routes Humanitaires » qui font vivre ce site par leurs passages et leurs commentaires. Cool

L’année 2011 s’annonce encore riche en évènements et situations, propices à des réflexions de fond mais aussi à des coups de gueule (et de coeur)!

N’hésitez pas à continuer à m’envoyer vos commentaires pour améliorer la forme et le fond de cet espace libre pour la pensée et la parole, sur les sujets concernant l’Humanitaire…mais pas seulement.

Le « taulier », Jérôme Larché

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Les Occidentaux doivent tirer les leçons de la crise libyenne

Posté par Jérôme Larché le 21 mars 2011

         L’intervention militaire aérienne sur le territoire libyen, emmenée par la coalition France – Royaume Uni – Etats Unis, avalisée par la récente résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU), et entreprise conjointement entre pays occidentaux et pays du monde arabe comme le Qatar, marque un tournant probable pour l’issue de la « Révolution libyenne ». Mais l’Histoire ne s’écrit pas sur une page vierge, et il serait déraisonnable d’occulter le passé récent des relations politiques, militaires et économiques entre le pouvoir libyen aujourd’hui aux abois, et les gouvernements occidentaux qui le dénoncent.

 Des crises complexes qualifiées à tort d’ »humanitaires »

La situation actuelle en Libye est exemplaire sur plusieurs aspects. Elle illustre tout d’abord la nature intrinsèquement politique de ces crises complexes qualifiées parfois – et à tort – d’ « humanitaires », mais aussi la « versatilité » décomplexée des postures prises par certains gouvernements occidentaux et la tentation pour ces mêmes acteurs de se saisir du présent pour faire oublier le passé.    

Bien que le principe onusien de « Responsabilité de Protéger » ait été invoqué lors de la soumission de la résolution 1973 au CSNU, il ne fait pas de doute que la réponse de la communauté internationale à la crise politico-militaire actuelle en Libye, est de nature politique. Les besoins humanitaires, en termes d’accès aux abris, aux soins, à l’eau et en nourriture, ont rapidement été pris en charge par les ONG présents à la frontière tuniso-libyenne, et de nombreux gouvernements, même ceux aux moyens limités, ont essayé de trouver des solutions pour rapatrier leurs ressortissants respectifs, qu’ils soient tunisiens, bangladais, ou chinois. En Libye, on dénombre déjà plusieurs centaines de civils tués et de nombreux déplacés, pris en étau dans le conflit armé entre les soldats mercenaires de Muammar al-Kadhafi et les forces militaires d’opposition. Il faut cependant noter que la plupart des dommages occasionnés aux populations civiles sont le fait délibéré des forces du régime libyen en place, ce qui, de facto, « pousse Kadhafi dans le viseur de l’ONU »[1]. La crise humanitaire majeure et la vague d’immigration massive tant annoncées, n’ont pourtant pas eu lieu. En tout cas pas suffisamment pour que l’inaction politique s’abrite derrière l’alibi humanitaire, comme cela avait été initialement envisagé[2] par l’Union Européenne (UE). 

Les armes dont se sert Kadhafi viennent des pays européens 

Si ce n’était la situation critique dans laquelle se retrouve des centaines de milliers de personnes aujourd’hui, les propos effarouchés de certains responsables politiques occidentaux sur le risque de dissémination des armes et de leur utilisation inappropriée contre des civils, pourrait presque prêter à sourire. En effet, les armes dont se sert aujourd’hui le colonel Kadhafi pour combattre ses opposants comme pour commettre ses exactions envers sa population, proviennent en grande partie de la Russie et des pays européens, dont la France. En 2009, 75 demandes d’agréments préalables ont été accordées et 58 autorisations d’exportations de matériel de guerre ont été délivrées par l’Etat français, pour un peu plus de 30 millions d’euros. La prise de commandes en 2009 s’est élevée à 19, 1 millions d’euros. Il s’agissait d’armes légères, de munitions tous calibres, de missiles, de matériel de transmissions et de contre-mesures, de matériaux de blindage, et de capacités d’imagerie[3]. Il est important de noter que chacune de ces ventes est soumise à l’octroi  d’une autorisation d’exportation par la CIEEMG (Commission Interministérielle pour l’Etude des Exportations de Matériel de Guerre), qui relève de la compétence du Premier Ministre. Au niveau européen, la France se situe au 4ème rang des exportateurs d’armes vers la Libye, derrière l’Italie, Malte et l’Allemagne. A elle seule, l’Italie représentait en 2009 un tiers du total des exportations d’armements de l’UE vers la Libye. D’autres personnalités préfèrent, dans des tribunes déclamatoires, traiter le dictateur libyen de « fou, dément, bourreau »[4], ce qui n’éclaire guère sur la complexité de la situation présente et risque de dédouaner involontairement ce dernier de la responsabilité de ses actes… Ces agitations médiatiques ne doivent pas cacher le fait qu’un accord cadre de partenariat global, portant sur une coopération économique ainsi qu’en matière de défense et de sécurité, avait été signé en 2007 entre la gouvernement français et la Jamahirya du colonel Kadhafi. Cet accord-cadre entre les deux pays a été rompu il y a très peu de temps… L’espace-temps d’une indignation ou d’un calcul stratégique? 

 UE: une union d’opportunité, et non de pérennité

En déplaçant le curseur de la réflexion à l’échelle européenne, on peut convenir que la vigoureuse action diplomatique française ayant conduit à l’adoption de la résolution 1973 par l’ONU, ne suffise pas à masquer les insuffisances et les fractures de la diplomatie européenne. En effet, le refus d’Angela Merkel, de voter en faveur de cette résolution, ne peut être seulement expliqué par des considérations politiciennes intérieures allemandes (impopularité de l’engagement des militaires allemands en Afghanistan, nombreuses élections régionales à venir). Sur cette question majeure de politique internationale, le couple franco-allemand, moteur plus que symbolique de la dynamique européenne, a montré ses limites et son désaccord. Entre la faiblesse de la représentation du Service d’Action Extérieur, que l’activisme individuel des Etats européens tend à compenser, et l’incapacité à réaliser une union politique significative, l’UE donne malheureusement des arguments à ceux qui voient dans l’Europe actuelle une union d’opportunités, et non de pérennité. Indépendamment du courage politique déployé ces derniers jours tout comme des résultats opérationnels qui en découleront, les erreurs d’appréciation politique (volontaires ou non) sur la nature véritable du régime libyen et de son évolution, ne peuvent être occultées. Il en est de même du degré de coopération développé entre la Libye et un certain nombre de pays européens, notamment sur les thématiques migratoires ou les politiques de défense et de sécurité. 

Si le « printemps arabe » tire sa force endogène des peuples qui se sont soulevés, il serait faux de croire que seul l’idéal de démocratie a guidé ces mouvements. Le contexte économique de ces pays en est aussi un élément primordial[5]. Quelque soit sa nécessité actuelle, la résolution 1973 de l’ONU et les actions militaires qui vont en découler ne doivent pas provoquer d’amnésie sur les pratiques passées, comme sur celles à venir, engagées entre un pouvoir autocratique et violent et les gouvernements de pays démocratiques. Sur le grand échiquier mondial, les pays occidentaux vont devoir comprendre les nouvelles règles du jeu, et être plus attentifs aux cases où les anciens pions peuvent soudain devenir des rois…ou des fous. 


[1] « Paris pousse Kadhafi dans le viseur de l’ONU », F. Rousselot, M. Semo, Libération, 18 mars 2011 

[2] http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/02/24/l-ue-examine-la-possibilite-d-une-intervention-a-but-humanitaire-en-libye_1484780_3212.html#ens_id=1481986 

[3] Rapport au Parlement « Les exportations d’armes de la France en 2009 », disponible sur le site http://www.sipri.org/research/armaments/transfers/transparency/national_reports/france/France%20report%2009 

[4] « Oui, il faut intervenir en Libye » Collectif (N. Bacharan, J. Birkin, et al), Le Monde, 15 mars 2011 

[5] « Un plan Marshall pour l’Afrique du Nord », JF. Daguzan, Le Monde, 17 mars 2011

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Lady Ashton, ne cédez pas à l’alibi humanitaire de la Libye !

Posté par Jérôme Larché le 24 février 2011

      Alors que les « révolutions » du monde arabe, notamment en Libye,  continuent de déjouer tous les pronostics des adeptes de la  realpolitik, la réponse des Etats occidentaux – et notamment européens – reste mêlée d’indignation (réelle ou feinte) et de prudence calculatrice. Plusieurs de ces Etats, et notamment la France, sont pourtant depuis des années ceux qui leur ont vendu les armes et les munitions, utilisées aujourd’hui contre les manifestants dans la rue. On ne refait pas l’Histoire mais quand celle-ci s’accélère, on a le choix de monter dans le train du changement ou de s’accrocher aux vieux réflexes. Paradoxalement, autant l’assertion de Donald Rumsfeld sur notre « vieux continent »  était erronée concernant la guerre préemptive en Irak en 2003 et ses prétendues armes de destruction massive, autant elle parait reprendre aujourd’hui de la valeur  quand on regarde la réponse européenne face aux soulèvements populaires qui secouent le Proche- et Moyen-Orient depuis deux mois.  ashtonkadhafi.jpg

 La récente volonté de l’Union Européenne d’examiner la possibilité d’une « intervention militaire à but humanitaire en Libye»[1] traduit malheureusement l’incapacité des nations européennes et du nouveau Service Européen pour l’Action Extérieure, placé sous l’autorité de Catherine Ashton, à affirmer une posture politique clarifiée. Encore une fois, l’alibi humanitaire est brandi pour dissimuler une hésitation ou un refus d’engagement diplomatico-militaire lisible face à un pays qui pourrait faire vaciller des intérêts énergétiques, commerciaux, et politiques (comme par exemple la politique de contrôle migratoire et les accords signés avec l’Italie de Silvio Berlusconi). La réponse européenne, tardive et très peu audible (Mme Ashton en ayant fait une « marque de fabrique » sur des crises précédentes), semble se centrer sur l’évacuation des ressortissants de l’UE et la crainte d’un afflux migratoire massif. Ces préoccupations, pour légitimes qu’elles soient, ne constituent pas une réponse adaptée face aux défis présents et à venir, nés du réveil de peuples qui ont fait sauter le verrou mental de la peur face à des régimes qui avaient depuis longtemps perdu toute autorité crédible à leurs yeux. L’utilisation du terme « humanitaire » est encore une fois dévoyée de son sens propre, pour gommer  les aspérités d’un engagement véritable et de décisions politiques assumés par l’UE. Malgré le gel d’un accord de partenariat UE-Libye, lancé en 2008 par la France, les Vingt-Sept n’ont en effet toujours pas réussi à trouver une position commune concernant des sanctions ciblées contre le pouvoir libyen, comme le gel des avoirs ou des poursuites judiciaires internationales. 

Pourquoi l’UE ne peut-elle assumer pleinement, au nom des valeurs qui la structurent, la mise en place d’un dispositif militaro-diplomatique sous mandat des Nations-Unies ? Pourquoi s’abriter derrière la sémantique humanitaire, dont les principes sont d’intervenir auprès des populations vulnérables, mais dont la fonction n’est surement pas de résoudre des crises politiques ? L’ambivalence de l’UE n’est malheureusement pas simplement conjoncturelle. Elle est également structurelle, et ce depuis que les Vingt-Sept ont, quasi-simultanément, validé le Traité de Lisbonne qui consacre l’ « approche intégrée » pour la résolution des crises, et signé le Consensus Humanitaire Européen, qui rappelle les règles d’indépendance, de neutralité et d’impartialité de l’action humanitaire[2]. Cette contradiction interne à l’UE (bien que critiquables, les Etats-Unis ont une position beaucoup plus claire sur le rôle de « multiplicateur de forces » et de levier de la politique étrangère américaine des ONG humanitaires), véritable schizophrénie institutionnelle, est un frein supplémentaire à la lisibilité de la diplomatie européenne. Alignée sur les positions atlantistes et renforcée par le retour récent de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, cette attitude ne correspond pourtant pas à la culture européenne des interactions entre aide humanitaire issue de la société civile et actions diplomatique et militaire. L’UE de Mme Ashton gagnerait à clarifier sa volonté de rechercher une solution politique à une crise politique en Libye, et non pas à déclencher une énième réponse « militaro-humanitaire », aux objectifs flous et contradictoires par nature. Probablement perçue par beaucoup comme une réponse incomplète et peu courageuse, elle resterait dans la droite ligne des attitudes de « realpolitik » que les peuples libyens, tunisiens et égyptiens viennent d’infirmer dans leurs rues. Soyez courageuse, Lady Ashton, ne cédez pas à l’alibi humanitaire de la Libye ! 



[1] http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/02/24/l-ue-examine-la-possibilite-d-une-intervention-a-but-humanitaire-en-libye_1484780_3212.html#ens_id=1481986

[2] Rappelant notamment que l’aide humanitaire n’est pas un « outil de gestion des crises ».

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