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Avis de tempête sur la « route des Roms » : refuser la criminalisation de la précarité dans un contexte économique dégradé

Posté par Jérôme Larché le 23 septembre 2010

J. Larché

P. Beauverie 

Les récentes altercations bruxelloises liées à la désormais fameuse « circulaire du 5 août 2010 », relative à l’évacuation des campements illicites et des expulsions de Roms[1], entre le Président français Nicolas Sarkozy et le Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, ont peut-être occulté les enjeux soulevés par la présence des ces populations. Depuis le discours présidentiel à l’Elysée du 28 juillet dernier, près de 200 campements ont été évacués et plusieurs milliers d’expulsions « volontaires » ont déjà été effectuées par les autorités françaises, par bus comme par charters.  

Un nomadisme historique  

Dans les 47 Etats du continent européen, du Portugal à la Russie, le nombre de Roms est estimé à environ 11 millions, dont seulement 15000 en France, soit 0,14% du nombre total de Roms ! A la différence des « gens du voyage » (manouches, tziganes, gitans, sintis,…), les Roms sont des migrants venus d’Europe de l’Est, principalement de Roumanie et de Bulgarie. 

Sédentarisés, pour les derniers, pendant la période communiste, ils ont repris la route à la recherche de meilleures conditions de vie lorsque l’imposition du système capitaliste sur le bloc de l’Europe de l’Est a mis en péril leur logement, leur travail, et leur accès aux soins gratuits. Malheureusement, la non-maîtrise d’une langue étrangère, leur faible niveau d’éducation, et un mode de vie différent des autres, leur ont parfois imposé des stratégies de survie qui dégradent leur image. Ainsi, bien qu’étant un héritage historique remontant à l’époque byzantine, le nomadisme des Roms est un mode de vie qui contribue depuis longtemps à leur stigmatisation en Europe. Ces transhumances humaines sont-elles pour autant le choix d’une population résolument nomade, ou plutôt la nécessité de réfugiés économiques qui fuient la pauvreté et l’exclusion ?

Une réalité socio-sanitaire difficile et qui se dégrade 

Comme toute communauté, les Roms obéissent à des codes et des lois internes, mais doivent aussi se plier aux exigences légales des pays qui les accueillent, et qu’ils traversent. Ils sont cependant supposés avoir accès, en tant que citoyens européens, aux besoins essentiels tels que la santé, l’éducation, un lieu de logement, la justice et surtout, comme ils le demandent prioritairement, avoir le droit de travailler. L’interdiction de travailler qui leur est faite par le gouvernement français les oblige de fait à ferrailler, mendier et développer des petits métiers tous interdits… Et donc à contrevenir à la loi ! On observe cependant, au sein de cette population,  une augmentation de la prostitution féminine et une augmentation de la prostitution masculine, principalement des mineurs pour ces derniers et notamment à Paris, ce qui rend la question du droit à l’éducation et au travail, cruciaux. 

Parfaitement documentées dans les rapports de diverses institutions européennes, les discriminations répétées subies par les Roms, en France comme en Europe, touchent aussi bien au domaine de l’éducation, du logement, de l’accès à l’emploi, de la santé, quand il ne s’agit pas d’incitations à la violence, perpétrées par des hommes politiques.  Les associations travaillant auprès des populations Roms depuis de nombreuses années, en France comme à l’étranger (dans l’accompagnement de programmes de réinsertion en Bulgarie, par exemple), sont parfaitement conscientes des difficultés et des contraintes de leur situation. Elles n’ignorent pas pour autant que certains délits sont parfois commis, comme ils le sont par d’autres personnes, mais elles refusent la pénalisation d’une communauté entière, pour les agissements de quelques uns. Un verdict collectif, à l’inverse d’un verdict individuel, ouvre, de fait, la porte à de fausses et dangereuses conclusions. Un espace d’action et de réflexion existe, un espace construit sur le réel et non pas sur des visions simplistes, teintées d’angélisme ou de cynisme. 

 larouteduromlow.jpg

Face à la description d’une réalité fantasmatique déclinée par certains responsables politiques, il est possible de témoigner objectivement d’une réalité socio-sanitaire dans laquelle les populations Roms ne font pas figures de privilégiés. Ainsi, les données sanitaires de Médecins du Monde montrent le degré de précarité auquel sont confrontées les familles Roms : mortalité néonatale précoce de 1,9% (vs population française : 0,22%), mortalité infantile de 2,35% (vs population française : 0,48%), espérance de vie entre 50 et 60 ans, taux de couverture vaccinale à jour de 15% des moins de 7 ans et 5% des adultes, taux d’incidence de tuberculose de 250/100 000 (vs population française : 8,9/100 000). 

Une irresponsabilité politique calculée et dangereuse 

  Dans un contexte de crise économique durable, où la perte d’un emploi peut signifier la perte de tout, la rétractation sociale et le réflexe sécuritaire sont compréhensibles, à défaut d’être légitimes. Leur instrumentalisation, en vue des élections présidentielles de 2012, par des propos stigmatisants sur des minorités déjà précarisées comme les Roms, relève d’une stratégie aux risques mal calculés.  Plus qu’une  dérive raciste dénoncée par certains, il s’agit avant tout d’une certaine forme d’irresponsabilité politique. Comme en Italie il y a quelques mois, et aujourd’hui en France, elle ouvre les portes au populisme et aux exactions de certains de nos concitoyens à l’encontre des Roms et des acteurs de la solidarité en faveur des Roms. 

Pour demeurer une puissance politique respectée, le gouvernement français doit garder la tête froide et ne pas chercher d’illusoires boucs-émissaires aux tensions engendrées par la crise économique mondiale. La communauté internationale, de l’ONU au Vatican en passant par l’Union Européenne et certains Etats, a exprimé son inquiétude au vu des politiques actuellement menées sur le thème de l’immigration et de l’insécurité, et particulièrement celles qui, depuis quelques semaines, ciblent les Roms. La récente polémique européenne, suite aux propos du Commissaire européen aux droits fondamentaux sur la « circulaire du 5 août 2010 », comme sa prompte réécriture ministérielle, témoignent à la fois des tensions engendrées et de la position inconfortable de la France sur la scène internationale. 

  

     

   Face à ce constat et ce contexte, il n’est pas souhaitable de rentrer dans une polémique simplificatrice et démagogique mais il faut espérer que les mises en gardes internationales, très dures pour certaines à l’égard de la France, seront entendues par le gouvernement, pour que cesse cette politique de stigmatisation et de criminalisation de la précarité. Au vu des nombreux conflits (Rwanda, Balkans, Darfour) où la généralisation de méfaits attribués à un groupe spécifique de population a souvent constitué le prélude à des violences de tous ordres, il faut refuser aujourd’hui la démagogie qui entoure les discours et les actes sur la question sensible des Roms en France et en Europe. En raison des complexités de cette problématique, seules la pédagogie et la tolérance permettront d’aborder les nuances du  « réel » et de chasser les certitudes du « fantasme ». Sans angélisme, mais en refusant catégoriquement les amalgames stigmatisants et la criminalisation de la précarité dans un contexte économique dégradé… 



[1] Le mot « Roms » est cité 11 fois sur un document de 3 pages !

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Le rapport sur « l’action humanitaire dans les situations de crise et de post-crise » à l’intention de Bernard Kouchner

Posté par Jérôme Larché le 29 juin 2010

     Ca y est, l’embargo sur le rapport « Analyses et propositions sur l’action humanitaire dans les situations de crise et de post-crise », rédigé par Benoit Miribel et Alain Boinet, vient d’être levé.

Destiné à faire le point sur les capacités des organisations humanitaires françaises, sur leur rapport à l’Etat, et sur les nouveaux enjeux humanitaires, il propose un certain nombre de propositions concrètes, dont je vous propose de prendre connaissance et de débattre.

Le rapport sur analysesetpropositionssurlactionhumanitairedansles.pdf

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Les ouzbeks sont-ils victimes d’un nettoyage ethnique au Khirgizistan?

Posté par Jérôme Larché le 12 juin 2010

48058448kyrgyzbordersrussia.gif De nombreux témoignages concordants semblent montrer qu’au Khirghizistan, et plus particulièrement dans la ville de Osh, les ouzbeks deviennent les victimes d’un nettoyage ethnique qui semble plus la conséquence de multiples facteurs enchevêtrés, que le primum movens de ces violences.

Comme le rapporte le site « Sur les routes d’Asie Centrale« , il semble que les militaires se joignent aux civils Khirghiz, adoptant un marquage (KG) pour se distinguer des non-Khirghiz. Les russes semblent pour l’instant avoir une stratégie de substitution de l’enjeu politique par un enjeu humanitaire, ce qui, au vu de ce qui est décrit par les habitants eux-mêmes, risque de se révéler insuffisant.

480585210095120261.jpgIl faut rappeler que les Ouzbeks forment environ 15% de la popula tion au Khighizistan, concentrés dans la vallée de la Ferghana, et qu’en 1990, des heurts de cete nature entre les deux ethnies avaient entrainé la mort de centaines de personnes.

Quels sont les facteurs qui ont abouti à cette violence inter-ethnique? Ils sont multiples, interdépendants et fait intervenir une situation préalable et des catalyseurs.

La situation préalable implique 3 types d’acteurs: le clan Bakiev, les groupes du crime organisé, et les « troisièmes forces » (groupes difficilement identifiables, dont l’objectif est d’empêcher le déroulement du référendum prévu le 27 juin).

Un catalyseur est également présent: des conflits récents entre Ouzbeks et Khirghiz, dans l’enclave ouzbek de Sokh, pour des questions de paturage, qui ont favorisé la mise en avant de la carte ethnique. carte très dangereuse et explosive.

Toujours est-il qu’un conflit aux consonnances ethniques, mais qui puise ses racines dans le contrôle du crime organisé, l’accès à des terres, et l’évolution du régime politique khirghiz, se déroule aujourd’hui en Asie Centrale. Les populations civiles sont, comme d’habitude, les premières et plus nombreuses victimes, (déjà près de 80 morts ce soir) sans parler de celles qui sont coincées à la frontière entre le Khirghizistan et l’Ouzbekistan.

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L’ « humanitaire complexe » : une opportunité pour penser les enjeux différemment?

Posté par Jérôme Larché le 9 juin 2010

A tort ou à raison, la perception sur les acteurs humanitaires occidentaux s’est altérée en quelques années, substituant un état de quasi « immunité morale » à celui de cibles occasionnelles faciles et de réceptacle à la critique. La pléthore actuelle d’ONG a encore accentué la fragmentation et l’hétérogénéité de cette « classe » sociale[1], dévoilant ses impairs, comme ce fut le cas en 2007 au Tchad, avec l’affaire politico-humanitaire de l’Arche de Zoé. Après avoir dressé un rapide état des lieux de l’humanitaire contemporain, il s’agira de montrer comment le paradigme de la complexité[2], associé à une méthodologie de « systémique sociale » peut nous aider à approfondir notre réflexion et améliorer  nos pratiques parfois contestables, et rappeler surtout la nécessité  du rapport à l’« Autre ». 

  

Un « sans-frontiérisme » à bout de souffle 

Le sans-frontiérisme, acte fondateur des « french doctors », et son prolongement idéologique, le « devoir d’ingérence », ont montré leurs potentialités, mais aussi leurs limites lorsqu’ils servent de prétexte aux guerres « justes »[3]. Ils ont également occulté la place réelle qu’occupent aujourd’hui les ONG confessionnelles, islamiques comme évangéliques, sur les terrains d’intervention. Des acteurs, comme les militaires (d’Etat ou privés)[4] et les entreprises, sont également présents, et notre positionnement à leur égard manque parfois de cohérence et de lisibilité. Ce nouvel « environnement » nécessite un décryptage à l’aide d’outils inhabituels pour l’ «  homo humanitarius » (géopolitique, sociologie, démographie, urbanisme, anthropologie…) et impose une attitude privilégiant plutôt le pragmatisme à l’idéologie. La fragmentation des contextes auxquels nous sommes désormais confrontés s’est paradoxalement opérée dans une période de globalisation culturelle et économique qui, au lieu d’entraîner une mondialisation des valeurs, a puissamment révélé la diversité et l’hétérogénéité d’un monde polymorphe. Aujourd’hui, le véritable défi de l’ensemble des acteurs humanitaires est d’opérer simultanément une reconquête identitaire avec une stratégie d’ouverture et d’intelligence collective,  quitte à casser le mythe et à dépasser les cadres préétablis. En acceptant de révéler leur part d’ombre et leurs incertitudes, les organisations humanitaires s’inscriraient dans l’engagement d’une réflexion susceptible de modifier certaines pratiques, signe d’une réelle maturité politique. 

  

L’apport de la théorie des systèmes à l’humanitaire contemporain 

Faire de l’humanitaire signifie remettre l’humain au centre des préoccupations, et assumer que cette altérité renforce notre condition d’humanité. Toutefois, si les principes éthiques de l’action humanitaire (humanité,  impartialité et indépendance) ne changent pas, les modalités de sa mise en œuvre ont évolué, et continueront de la faire avec les contextes et les sociétés. Les problématiques auxquelles nous sommes désormais confrontés, mais aussi celles que nous engendrons, sont autant de mécaniques complexes qu’il faut démonter pour pouvoir les comprendre. Sommes-nous « outillés » pour cela et avons-nous choisi la bonne méthode? 

La déconstruction/reconstruction des problématiques humanitaires ne peut pas être exhaustive et encore moins répondre à toutes les questions posées, mais entend démontrer l’enchevêtrement de celles-ci, dans un monde en sursis environnemental et où l’homme, dans la pure tradition « hobbesienne »,  reste le prédateur majeur. 

Appartenant plutôt aux sciences humaines, discipline transversale dédiée à la compréhension de l’Homme dans sa production sociale et symbolique, la reconnaissance universitaire de l’humanitaire contemporain doit aller de pair avec une « re-connaissance » de son cadre général qui, comme le monde entier, s’est globalisé et singulièrement complexifié dans ses interdépendances locales. 

Pour analyser correctement cet humanitaire renouvelé, passé du champ de batailles au champ social, la méthodologie analytique a montré un certain intérêt mais également ses limites. En effet, l’analyse linéaire qui en découle, fondée sur les cas analogues et les précédents historiques[5], ne permet pas de rendre compte de la dynamique des changements en cours. C’est pourquoi une méthode empruntant à la « théorie des systèmes »[6], permettrait probablement de mieux saisir le tout dans ses parties et les parties du tout. Sans tomber dans les travers d’un modèle holistique qui expliquerait uniquement le tout, et à la différence d’un modèle analytique décomposant les enjeux dans une logique disjonctive et « mutilante », le modèle systémique vise aussi à l’émergence de problématiques originales afin d’orienter de façon prospective, si l’on prend l’exemple de l’action humanitaire,  les politiques stratégiques des organisations humanitaires. Tout en privilégiant la connaissance des interactions et des relations des composants entre eux, plutôt que les composants eux-mêmes, la démarche systémique peut également aboutir à la rupture de certains cadres conventionnels figés, dans un effort de multidisciplinarité  voire d’« indisciplinarité »  intellectuelles[7]

  

Les prémices de l’ « humanitaire complexe » 

Il paraît donc intéressant d’appliquer la « théorie générale des systèmes » à l’humanitaire, comme cela a pu être fait dans les domaines militaire et des relations internationales. Le méta-système de l’humanitaire contemporain peut ainsi être analysé comme différents sous-systèmes en interrelation qui se régulent par des boucles de rétroactions, entraînant de nouveaux équilibres et une évolution permanente du paradigme humanitaire. Cette capacité de transformation réciproque nécessite toutefois un certain degré d’ouverture, suffisant pour laisser des influences agir, tout en préservant l’intégrité du système. 

Le concept de l’ « humanitaire complexe » a également pour objectif, au-delà de la réflexion et de la méthode, d’infléchir les pratiques des uns et des autres. Il s’agit en effet de reconnaître l’impossibilité pour l’ensemble des acteurs (humanitaires, bénéficiaires, et acteurs de l’ « environnement » humanitaire[8]) de détenir une compréhension totale des situations intriquées auxquelles ils sont collectivement confrontés, et de tendre à transformer cette connaissance partielle en une volonté de savoir partagé et d’actions adaptées à chaque contexte. Aujourd’hui, deux domaines de l’humanitaire contemporain se prêtent particulièrement bien à une analyse par le prisme de la complexité. D’une part, la place des humanitaires dans les camps de déplacés et de réfugiés. En effet, dans ces camps qui ne cessent de croître lors de conflits armés ou de catastrophes naturelles, et où les besoins biologiques semblent annihiler tous les autres, « l’homme citoyen »[9] devient, dans la lingua humanitaria, un « déplacé » ou un « réfugié ». D’autre part, le sujet sensible des enjeux de sécurité, aux nombreux déterminants, préfigurant déjà un rétrécissement de l’espace humanitaire physique comme symbolique, et qui signifie de facto une restriction inacceptable de l’accès aux populations civiles les plus vulnérables[10]. Ces deux thématiques, illustrées sur de nombreux terrains (Somalie, Darfour, République Démocratique du Congo, Irak, Afghanistan, Sri Lanka, Palestine,…), témoignent des interdépendances – voulues ou non – qui associent les acteurs présents, nationaux comme internationaux, ainsi que leurs dérives parfois guidées par des objectifs extra-humanitaires (approches intégrées, intérêts commerciaux, …). 

Cet « humanitaire complexe » pose donc plus de questions qu’il n’amène de réponses, mais rend compte d’une nécessaire mise en tension de l’ensemble des acteurs (du Nord comme du Sud) plutôt que la recherche à tout prix d’une intégration de ces derniers. Enfin, cette tentative de définir aujourd’hui un « humanitaire complexe » s’intègre plus largement dans le champ de l’anthropolitique[11], c’est-à-dire l’ambition de comprendre le monde qui a émergé ces dernières décennies, et ce à l’aide – à défaut d’une grande théorie sociale unificatrice – d’un désenclavement des disciplines et des hommes qui les possèdent. 

  

Conclusion 

Aurons-nous ainsi l’envie et la capacité de ré-humaniser des pratiques humanitaires de plus en plus technicisées et dépolitisées, de les enrichir de façon plus systématique par l’apport des sciences sociales, et de réduire leur biopouvoir normatif – illustré caricaturalement par les critères de SPHERE[12] – pour tendre vers un peu plus d’humanité ? Le travail d’Edgar Morin nous aidera peut-être à transformer progressivement le  » sentiment de…complexité » qui parfois nous paralyse, en une « conscience de la complexité » permettant une meilleure compréhension des contextes mais un aussi un vrai regard critique sur nos stratégies et nos pratiques, dont certaines sont indéniablement à modifier. 

  

  

  


[1]              J. Siméant, P. Dauvin (Dirs.), ONG et humanitaire, Paris, L’Harmattan, 2004

[2]              E. Morin. Introduction à la pensée complexe, Points, 2005

[3]              F. Weissman (Dir), A l’ombre des guerres justes, Flammarion, 2003

[4]           A. Stoddard et al. The use of private security providers and services in humanitarian operations, HPG n°27, 2008 

[5]              R. Kent. Comment adapter les organisations humanitaires à un « autre futur » ?, Le Banquet n°22, 2005/1

[6]              J.C. Lugan. La systémique sociale, PUF, 2009

[7]              E. Morin. Mon chemin, Fayard, 2008

[8]              Etats, organisations supra- ou interétatiques, bailleurs internationaux, mouvements armés, …

[9]              M. Agier. Gérer les indésirables : des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire, Flammarion, 2008

[10]         J. Larché, A. Carle. La sécurité est-elle devenue le nouveau paradigme identitaire des humanitaires ?? , Humanitaire n°16, 2007 

[11]             E. Morin. Introduction à une politique de l’homme, Seuil, 1965

[12]             http://www.sphereproject.org

  

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Les sociétés militaires privées : « Pas de crainte de Dieu, pas de foi envers les hommes »

Posté par Jérôme Larché le 9 juin 2010

Bien que la notion de privatisation de la sécurité ne recouvre pas complètement celle du mercenariat, force est de constater que le concept de sécurité privée est aussi ancien que la guerre elle-même. Pourtant, comme Machiavel l’affirmait déjà dans Le Prince en 1513, les « mercenaires ou auxiliaires sont inutiles et périlleux ; et si quelqu’un tient son état fondé sur les armes mercenaires, il ne sera jamais ni ferme ni en sécurité […] pas de crainte de Dieu, pas de foi envers les hommes ».   

Les entreprises militaires et de sécurité privées – EMSP – peuvent être qualifiées d’« entités commerciales privées qui fournissent des services militaires et/ou de sécurité». On a pu constater que les Etats faibles (ou faillis), comme l’Angola ou la Sierra-Leone, sont plus enclins que les Etats puissants à privatiser définitivement leurs activités de sécurité et de défense. Les missions des EMSP sont très variées, allant du renseignement à l’intelligence économique, en passant par l’assistance technique et la maintenance de systèmes d’armes très sophistiquées. Particulièrement présentes dans les contextes de conflit, ou de post-conflit, une des leurs principales missions consiste à faire du conseil militaire. Celui-ci inclut la restructuration des forces armées, la rédaction de doctrines, ainsi que la planification stratégique et opérationnelle. L’EMSP de référence en ce domaine est la société américaine MPRI[1]. Actuellement en charge de la formation  de l’armée nationale afghane, MPRI a également participé à la formation et l’équipement des armées bosniaque en 1995, et croate. Son implication auprès de l’armée croate reste controversée, car huit mois plus tard, celle-ci lançait une violente contre-offensive sur l’enclave serbe de la Krajina, provoquant des centaines de morts et plusieurs dizaines de milliers de réfugiés.   

Les sociétés militaires privées sont aussi sollicitées pour le soutien logistique d’opérations militaires. Ainsi, la gestion des bases et des infrastructures des forces américaines stationnées dans les Balkans et en Irak, a notamment été fournie par la firme Kellog, Brown and Root (KBR), filiale d’Halliburton. Assurant la protection d’installations sensible, comme la « zone verte » de Bagdad – où se trouvent les ambassades, les quartiers généraux des forces armées et les bâtiments du gouvernement irakien, elles peuvent procurer des escortes armées à des ONG, ou à des organisations internationales. Des missions de protection rapprochée de journalistes, responsables politiques, ou dirigeants de sociétés sont également possibles (comme Paul Bremer, ancien administrateur américain en Irak, protégé par la société Blackwater, et le président afghan Hamid Karzaï, qui a requis les services de Dyncorp, de 2002 et 2005). 

Même si les EMSP ne sont pas supposées mener des missions de combat, la réalité est que les civils (locaux comme internationaux) sous contrat se retrouvent souvent mêlés aux hostilités, avec parfois des conséquences lourdes en terme de bilan humain. Ainsi, 16 civils irakiens ont été tués le 16 septembre 2007 à Bagdad, par des hommes de Blackwater qui escortaient à bord de véhicules blindés, un cortège d’officiels américains.   

Les législations actuelles, internationales comme nationales, paraissent insuffisantes pour répondre aux défis juridiques posés par l’utilisation croissante des EMSP. De nombreux pays sans régulation, notamment en Afrique, permettent le recrutement de personnels (la plupart du temps non qualifiés) pour grossir les rangs des « civil contractors » dans les conflits comme l’Irak ou l’Afghanistan. Les initiatives récentes du gouvernement suisse et du CICR[2] peuvent s’analyser comme des stratégies de réduction des risques face à une activité globalisée, générant plus de 200 milliards de dollars par an. Un contrôle plus strict des contrats,  rédigés sous le sceau du secret et la plupart du temps sans appels d’offres, pourrait améliorer leur redevabilité (accountability) et leur régulation. Se pose également la question des conflits d’intérêts entre les différentes parties contractuelles. Un rapport récent du Center for Public Integrity a montré que 60% des EMSP ayant bénéficié de contrats de la part du gouvernement américain, « avaient des employés ou des membres de leur conseil d’administration qui […] avaient des liens forts avec les organes exécutifs des administrations républicaine ou démocrate, avec des membres du Congrès des deux partis, ou avec des militaires de haut niveau ». En 1997, MPRI a ainsi obtenu un contrat de 2,6 millions de dollars pour rédiger le manuel de doctrine de l’armée américaine conçu pour négocier avec les contractants privés… 

   Ainsi, l’histoire des EMSP n’est pas uniquement celle des « chiens de guerre », mais apparait depuis plusieurs siècles intimement liée aux modes de gouvernance, comme aux doctrines économiques et aux perceptions sociales qui les accompagnent.  Si aujourd’hui les EMSP sont bien différentes des compagnies de condottieri, on peut néanmoins arguer de la réémergence et de l’extension de cette « privatisation de la sécurité », qui s’inscrit dans un mouvement de globalisation économique néolibérale, où la recherche de rentabilité semble être l’objectif principal. Ce processus s’accompagne aussi d’une remise en cause progressive de la conception wébérienne des Etats, avec la perte du « monopole de la violence légitime »[3] des Etats, créant une dépolitisation des phénomènes de violence, limitant de facto la possibilité d’une contestation publique et citoyenne. Dans ce contexte, le risque d’une privatisation extensive et lucrative du maintien de la paix se profile et devient réel.  



[1] Military Professional Ressources Incorporated 

[2] comme le Document de Montreux ou le Code de Conduite Global

[3] Max Weber, « Le savant et la politique », (1919), Ed La Découverte, 2003 

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La face cachée des casques rouges

Posté par Jérôme Larché le 4 mai 2010

          Les déclarations décomplexées en mars 2010 d’Anders Fogh Rasmussen, Secrétaire Général de l’OTAN, qui considère que les ONG présentes dans le conflit en Afghanistan doivent devenir des auxiliaires des forces de la coalition en faisant du « soft power »[1], rappellent étrangement celles de Colin Powell en 2001 pour qui les ONG, et notamment les ONG américaines, étaient des « multiplicateurs de force » de la politique étrangère américaine.

Lire la suite sur le site www.grotius.fr ou en ouvrant le pdf suivant: La face cachée des casques rouges dans Crises et conflits pdf lafacecachedescasquesrouges.pdf


[1] www.afghanaid.org.uk/news.php/16/acbar_press_release_ngos_are_not_a_soft_power      

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Les recalés de Calais (épisode 1)

Posté par Jérôme Larché le 4 mai 2010

 Article écrit par Amandine Clinckspoor

Nous sommes en France, Calais ville du Nord Pas De Calais.Une petite ville sur la côte d’opale, une cité sans attraits particuliers. Ni moche, ni jolie, elle est là plantée juste en face des côtes anglaises.Particularité peut-être insignifiante pour certains, mais qui devient pour d’autres existentielle.Ici, sur ce lopin de terre français des milliers d’étrangers viennent se poser une journée, une nuit, une semaine, un mois, des mois.. Calais est un lieu de transit où stationne l’espoir de ces personnes.calais.bmp Depuis maintenant 7 ans les migrants sont dans les rues, sont dans des squats, sont au bord des plages.

La fermeture du camp de Sangatte en 5 novembre 2002, par Monsieur Sarkozy alors Ministre de l’Intérieur, a poussé les gens à se déplacer vers Calais, vers la ville.

Petit à petit la vie a suivi son cours, par nécessité, par besoin et a toutefois fait son bout de chemin.

Les migrants ont trouvé des repères temporaires en installant une « jungle », un terrain pas plus grand qu’un stade de foot où étaient montées des petites baraques de fortune.

Ce bout de terrain permettait aux migrants, pour la plupart d’origine afghane, de se retrouver à l’extérieur du centre de Calais et d’avoir un toit pour dormir et s’abriter des aléas météorologiques.

La vie s’organisait, au fur et à mesure la jungle s’est structurée avec un restaurant, une épicerie, une mosquée, un coiffeur et des habitations dérisoires mais constituait tout de même un refuge.

Les migrants toujours de passage, ne souhaitaient évidemment pas s’y installer car elle restait très sommaire et les conditions de vie n’y étaient pas favorables.

Cependant ils avaient un lieu à eux, où ils ne gênaient pas sauf à la vue.

Toutefois une jungle en France fait désordre, le tourisme, l’image de la France était alors touchée. Résultat il y a 6 mois, le 22 septembre 2009, Monsieur Besson Ministre de l’Immigration ordonne le démantèlement de ce lieu.

Depuis des centaines de personnes errent dans les rues, sous les ponts, pas même une tente n’est autorisée car considérée comme un habitat !

La volonté de l’Etat, de la ville est de les rendre invisibles, qu’on ne les voit pas dans le paysage calaisien.
A travers un blog, les mots simples et le regard d’une jeune fille qui s’insurge de cette France, celle qui pendant 20 ans de scolarité l’a éduqué aux valeurs de solidarité, fraternité et respect.

Ses courts séjours à Calais, en tant que bénévole pour SALAM, l’ont tous dirigé vers la même envie, le même besoin : informer le plus de monde possible sur ce qu’il se passe ici, là-bas, « chez nous » en France !

Les articles relatent les faits divers de cet hiver et le quotidien des migrants ainsi que des bénévoles.

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Atiq Rahimi: un poète afghan qui écris…et agis

Posté par Jérôme Larché le 1 mai 2010

Atiq Rahimi est un homme qui n’a peut-être pas choisi d’être éclectique, mais les choix de la vie en ont décidé ainsi.

atiqrahimi.bmp

Sur Wikipedia, on apprend ainsi ainsi qu’ « il est né le 26 février 1962 à Kaboul. Il vit la guerre d’Afghanistan de 1979 à 1984, puis il se réfugie au Pakistan. Après avoir demandé l’asile politique à la France, il obtient son doctorat en audiovisuel à la Sorbonne. Pendant ce temps, son frère, communiste, resté en Afghanistan, est assassiné en 1989, mais Atiq Rahimi n’app rend sa mort qu’un an plus tard. Son premier long-métrage Terre et cendres, présenté dans la section Un Certain Regard a u festival de Cannes 2004, a obtenu le Prix du Regard vers l’Avenir. Contrairement à ses trois premiers romans écrits en persan, Syngué sabour. Pierre de patience est directement écrit en français : « Il me fallait une autre langue que la mienne pour parler des tabous ». Il obtient le prix Goncourt le 10 novembre 2008. »

Syngué Sabour, Pierre de patience est l’histoire d’une afghane qui vient de perdre son mari, combattant d’Allah. Tout en veilant son mari, elle laisse surgir du fond d’elle même des mots de rage et de désirs, contenus toute une vie par les traditions et les circonstances. Ses cris et ses prières traduisent tout cela à la fois. Elle le dit aussi avec des mots qu’elle n’avait jamais osé prononcer, des mots chargés de désirs et de plaisirs interdits. En persan, syngué sabour signifie pierre de patience, et il parait qu’existait autrefois une pierre à qui l’on pouvait tout confier, jusqu’à ce qu’elle éclate. « . ..Et ce jour là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines. »

 Des exilés afghans

Au delà de ces écrits, Ariq Rahimi a su mobiliser la communauté afghane de Paris, et au delà, sur la problématique des sans-papiers afghans à Paris. Dans le cadre du Collectif Afgans Paris, il a ainsi publié une lettre ouverte en janvier 2010, et a demandé en compagnie d’autres associations comme les Enfants de Don Quichotte et Médecins du Monde, « un toit pour les exilés du Xème ».

 

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ONG: comment prévenir les risques de corruption?

Posté par Jérôme Larché le 30 avril 2010

Le 29 mars dernier s’est tenu, à l’initiative de Transparence International France (branche française de Transparency International) la première conférence en France sur les questions de transparence et de corruption concernant les ONG, et qui réunissait des participants de l’Agence Française du Développement (AFD), de Coordination Sud (plateforme des ONG de solidarité françaises), du Comité de la Charte, et de Médecins du Monde.

Le compte-rendu de la réunion vient de sortir, et est disponible sur le site web de Transparence International.

Pour ceux qui ne peuvent pas attendre, voici le compte- rendu (en pdf)ONG: comment prévenir les risques de corruption? dans Transparence et corruption pdf crconference29032010.pdf

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Charity-business et spéculation: le (mauvais) exemple de la Fondation Carla Bruni?

Posté par Jérôme Larché le 29 avril 2010

             Qui a dit que l’argent n’avait pas d’odeur? La polémique qui nait aujourd’hui concernant la provenance de certains fonds finançant la Fondation Carla Bruni est instructive… En effet, il semblerait que la Première Dame de France ait accepté pour sa fondation, une somme d’1,5 million d’euros de John Paulson, un banquier spéculateur. Celui ci aurait engrangé des bénéfices de l’ordre de 5,7 milliards de dollars en 2007 et 2008 en spéculant sur la baisse des subprimes, ces produits financiers toxiques de l’immobilier américain. Cette information, fournie par le Telegraph dans son édition du 23 avril 2010, intervient alors que son mari de Président s’active pour moraliser le capitalisme financier et dans une période où il est demandé aux ONG humanitaires de faire preuve de plus de transparence, comme le préconise Transparency International.

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