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Les conséquences éthiques du 11 septembre: la prise en charge médicale des prisonniers de Guantanamo

Posté par Jérôme Larché le 10 septembre 2011

Le 2 mai 2011, suite à un article publié par des médecins américains dans la revue Plos One, j’ai écrit un éditorial intitulé « Guantanamo: l’éthique médicale mise au pas ».

Il ne remet absolument pas en cause la terrible tragédie qui a frappé les Etats-Unis mais dresse un tableau inquiétant des dérives éthiques commises au nom de la lutte anti-terroriste. Au final, elles n’ont pas permis de faire cesser le terrorisme (dont le rôle est dévolu aux forces civiles et militaires anti-terroristes, et en aucun cas aux médecins) et ont brisé des tabous au nom de la Sécurité Nationale.

 C’est une réflexion sur l’éthique médicale que je soumets aux lecteurs, et non pas une leçon que je donne.

En cette période de commémoration des attentats du 11 septembre, l’enjeu éthique est devenu un enjeu politique, et déterminera le cadre à venir des moyens utilisables au nom de la lutte contre le terrorisme.

Jérôme Larché

Médecin, Directeur Délégué de Grotius International

Enseignant à l’IEP de Lille – Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique

Ancien membre du CA de Médecins du Monde

Publié dans HOT SPOT, La sante dans tous ses etats, Reflexions et prospectives | Pas de Commentaires »

De la crise somalienne à la crise financière : une rentrée périlleuse

Posté par Jérôme Larché le 31 août 2011

 Edito de Grotius International – Septembre 2011

par Jérome Larché, Directeur Délégué de Grotius International

Terminées les vacances ! Grotius.fr est désormais devenu Grotius International, « Géopolitiques de l’Humanitaire ». Dans un précédent édito, j’avais exposé les raisons de ces modifications, qu’il est possible de retrouver au niveau de la rubrique « Pourquoi ce site ? ». Mais revenons sur deux aspects de cette rentrée qui pourrait se révéler périlleuse pour les ONG humanitaires. 

Ces deux derniers mois ont vu l’urgence de la Corne de l’Afrique éclipser le reste de l’actualité humanitaire, oubliant facilement le Darfour, Haïti, la RDC, ou l’Afghanistan. Tels des papillons de nuit, les médias se sont précipités vers les lumières intenses des roquettes et des détresses humaines, allumées en Somalie, au Kenya, et en Ethiopie. D’une situation chronique perdurant depuis des mois, ayant de profondes racines structurelles et accentuée momentanément par les Shebab somaliens (l’instrumentalisation de la faim étant une tactique vieille comme l’art de la guerre), ils en ont fait une crise aigue, brutale, surgie d’ex-nihilo, méritant une mobilisation aux connotations cathartiques. Si certaines ONG ont fait le choix d’emboîter le pas aux médias sur cette posture simplificatrice pour récolter des fonds auprès du public ou des bailleurs, aucune n’a osé le pari de la pédagogie complexe, ce qui n’enlève rien à la valeur de leurs actions sur le terrain, mais les ramène un peu plus au simple rang d’opérateurs privés, et non d’organisations humanitaires indépendantes issue de la société civile. Abritant désormais le plus gros camp de réfugié au monde, le Kenya est devenu un pays pivot de cette crise, tant par sa relative stabilité comparé aux autres pays de la zone, que par le « hub » (logistique, financier, en ressources humaines) qu’il constitue. Toutefois, outre les réflexions de fond que chaque humanitaire devrait se poser avant d’aller intervenir dans un camp de déplacés/réfugiés – et notamment lire l’excellent bouquin de Michel Agier[1]-, le camp de Dabaad – qui accueille désormais plus de 400 000 réfugiés somaliens – peut devenir rapidement un facteur de déstabilisation politique interne, dans un pays qui cicatrise encore avec peine des violences survenues à la fin du mois de décembre 2007, après les élections présidentielles, et qui avaient fait plus de 1500 morts. En bref, l’interaction médias-humanitaires n’a de sens que si chacune des parties comprend et respecte la temporalité de l’autre et ne tente pas, dans un effort inutile et potentiellement dommageable, de la remplacer. Que les journalistes parlent des crises aux conséquences humanitaires, c’est leur droit. Que des journalises exercent sans discernement un tri « échologique » entre ces crises, c’est probablement une erreur.  L’autre évènement structurant de cet été restera la crise financière et bancaire qui secoue les bourses et les Etats, notamment en Europe. La dette des pays européens et des Etats-Unis, ajoutées à la poursuite de la spéculation sur les marchés financiers, vont impacter de plein fouet les budgets de ces Etats pour les années à venir. En France, près de 10 milliards vont devoir être économisés et, au-delà des annonces gouvernementales, comment ne pas croire que l’actuel financement des activités humanitaires ne sera pas touché par des coupes budgétaires ? La crise de la dette se jouant aussi à l’échelle européenne, il est fort probable que la mutation d’ECHO, de plus en plus intégré au Service d’Action Extérieure de l’UE, s’accentuera, et que la « méthode des consortiums », utilisée déjà au Pakistan, en Afghanistan ou en Indonésie, ne soit étendue à l’ensemble des terrains déjà financés par l’institution européenne.

Un certain nombre d’ONG britanniques ont crée, sous l’égide de DFID (le Département  chargé du Développement et de la Coopération Internationale) un « Consortium d’ONG britanniques », pré-identifiées et pré-qualifiées auprès des autorités, dont l’objectif est d’accélérer la mise en œuvre des programmes en cas de crises, comme lors des inondations de juillet dernier à Cox Bazar au Bangladesh. Pour les ONG françaises et les autres ONG européennes (notamment celles de taille moyenne) qui n’auront pas anticipé ces changements, et dont souvent la majorité de leurs actions à l’international est financée par ECHO, il n’y aura pas énormément d’alternatives. Soit elles intègrent le  « moule » des consortiums, et deviennent indubitablement des prestataires de services et des opérateurs privés, fruits très reconnaissables de la logique économique libérale et mondialisée. Soit elles renoncent à participer à ces consortiums, mais renoncent aussi à rester des acteurs importants, et donc s’exposent – à brève ou moyenne échéance – à disparaître ou à fusionner. 

La redistribution des cartes dans l’humanitaire ne fait probablement que débuter, mais la crise financière et les pressions que subissent les gouvernements pour diminuer leur dette, ont sonné le début d’une partie périlleuse pour les ONG humanitaires. Notamment pour celles qui veulent défendre les principes de l’action humanitaire dans un cadre éthique et opérationnel, mais n’en ont peut-être plus aujourd’hui les moyens, faute d’avoir su préparer une réelle diversification financière.  


[1] « Gérer les indésirables. Des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire» M. Agier, Ed Flammarion, 2008

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Les ONG humanitaires: victimes et sentinelles des conflits armés

Posté par Jérôme Larché le 25 avril 2010

       La nature des conflits armés s’est profondément modifiée depuis la chute du Mur de Berlin et les attaques terroristes du 11 Septembre 2001. L’internalisation, l’urbanisation, l’instrumentalisation ethnico-religieuse, l’asymétrie et la privatisation (au moins partielle) de ces conflits se sont imposés. Cette nouvelle grille de lecture complexe et fragmentée tente d’être intégrée par les ONG humanitaires, pour lesquelles « humanité, impartialité, indépendance» restent des principes intangibles. Ce cadre éthique et opérationnel doit servir de repère au dilemme auquel nous sommes confrontés en permanence sur les terrains, qui nous fait naviguer en permanence entre une attitude pragmatique et le respect des principes de l’action humanitaire. 

hivernucleaire.jpgPar leur souplesse et leur flexibilité, les ONG peuvent se permettre d’initier des programmes innovants et originaux  dans des environnements instables, à l’instar des programmes de réductions des risques menés pour les toxicomanes en Serbie ou en Afghanistan. L’accès aux populations civiles est aujourd’hui essentiellement dicté par des contraintes de sécurité, aux facteurs multiples et enchevêtrés, et pour lesquelles il s’agit de développer des réponses locales et contextuelles, sans dogmatisme ou idées préconçues. L’enjeu de la sécurité est devenu pour les ONG bien plus qu’une simple composante opérationnelle. Nouveau paradigme de l’humanitaire pour les uns, il peut aussi devenir pour d’autres, alibi d’une intervention armée ou de corridors humanitaires. Néanmoins, les ONG ont aussi un devoir de responsabilité, aussi bien en termes d’efficience et de qualité des programmes, que de transparence dans la mise en œuvre de ceux-ci. 

Depuis la fin du siècle dernier, on peut s’interroger sur les nouvelles dynamiques des conflits qui secouent la planète. Dans ce contexte, le rôle des humanitaires semble devenu plus exigeant, plus complexe, et certainement plus dangereux qu’avant. L’accès à des territoires contigus et la captation de ressources naturelles telles l’eau, le bois, les terres de pâturages, voire le pétrole, sont devenus des enjeux majeurs. Parallèlement à ces causes « pragmatiques », une idéologisation ethnique et religieuse de la haine de l’autre a été orchestrée par différents protagonistes, aboutissant à des massacres de voisinage, à une fragmentation de sociétés déjà fragilisées et à une altération durable de leurs capacités endogènes de reconstruction. La responsabilité de sécurité incombe à chaque ONG et impose plus que jamais une lecture pertinente des déterminants en présence.  Afin de comprendre et de quantifier le phénomène d’insécurité, plusieurs études ont déjà été menées. Une étude réalisée en 2000, et fondée sur l’analyse de 382 décès de travailleurs humanitaires survenus entre 1985 et 1998, a montré que les actes de violence intentionnelle seraient à l’origine de 68% des décès[1]. Il s’agit plutôt d’hommes (90%), souvent expérimentés (âge moyen légèrement inférieur à 40 ans), dont le décès survient, pour un tiers des cas, dans les trois premiers mois de la mission. L’assassinat délibéré de plusieurs travailleurs humanitaires, que ce soit en République Démocratique du Congo, au Rwanda, en Tchétchénie ou en Irak, révèle à quel point l’emblème des ONG ou des organismes internationaux humanitaires n’est plus protecteur, mais peut constituer une cible. Une cible facile : une « soft target ». Une étude plus récente[2] indique que 83 acteurs humanitaires ont perdu la vie en 2006, soit trois fois le nombre de soldats tués en mission de maintien de la paix pour les Nations Unies.  Le même rapport conclue que « les organisations humanitaires ont largement échoué à considérer l’éthique de transférer le risque vers des personnels ou des locaux ou des ONG locales ». En effet, les personnels nationaux représentent 80% des victimes des incidents de sécurité qui touchent les acteurs humanitaires. De plus, la prise en compte systématique du personnel local est loin d’être systématique dans les plans d’évacuation ou les formations à la sécurité. Cette situation est d’autant plus paradoxale que ce sont justement ces personnes qui seront les plus exposées à d’éventuelles représailles ou mesures de rétorsion après le départ des équipes expatriées. Il s’agit donc d’un véritable devoir de responsabilité auquel doivent faire face les ONG internationales, notamment sur les terrains de conflit. La dernière étude réalisée en 2009 montre clairement la relation entre conditions de sécurité et accès aux populations. 

Il parait important de décrypter la signification du mot « sécurité », qui n’est pas la même selon les divers acteurs, et qui conditionne grandement la réponse faite. Avant tout, la sécurité ne doit pas être uniquement considérée sur son mode opérationnel, mais également comme d’un sujet politique qui vient questionner l’action humanitaire sur son indépendance et sur la façon dont elle affirme son identité propre face aux autres acteurs. On peut schématiquement distinguer deux grilles de lecture,  l’une formatée et très procédurale, l’autre plus souple et moins normative. La première option, adoptée notamment par les agences onusiennes et des ONG anglo-saxonnes, privilégie l’usage de la dissuasion avec ses aspects militaires, comme par exemple les escortes armées, et logistiques comme l’utilisation de matériel perfectionné de télécommunication. Leur stratégie primordiale consiste en l’établissement de procédures formelles et strictes de sécurité. D’autres ONG, à l’instar de Médecins du Monde, essayent toutefois d’adopter une autre approche, moins normative, qui consiste à analyser avec justesse, dans une dynamique de réseaux, la situation locale et les enjeux qui s’y rapportent, afin den avoir la meilleure compréhension possible, et de pouvoir pro-activement adapter programmes et comportements. Néanmoins, le respect de règles de sécurité adaptées à chaque contexte, associé à la formation correcte du personnel, constituent des exigences valables pour chaque ONG. Il parait donc important de ne pas s’enfermer dans une problématique de « sécurité sécuritaire » mais, au contraire, de décloisonner la sécurité en termes de perception, d’acceptation, de démarche inclusive des populations locales, de contextualisation dynamique et de grande flexibilité des programmes. Il faut que chaque ONG l’intègre pleinement à sa propre culture identitaire et privilégie la relation à l’autre.  Dans ce champ humanitaire devenu si complexe, l’enjeu de la sécurité est également celui de la survie d’un espace humanitaire indépendant, d’une action de proximité et d’une capacité conservée de témoignage. En bref, il s’agit de s’ouvrir au monde et non de se fermer. La situation en Irak, et notamment à Bagdad, où quasiment plus aucune ONG occidentale ne travaille, et où Margaret Hassan – de l’organisation CARE – a été kidnappé et a trouvé la mort en novembre 2004, malgré la présence à ses côtés de gardes armés, montre bien les limites du concept de sécurité sécuritaire, mais souligne aussi la nécessité d’un partage de l’information parmi les membres de la communauté humanitaire[3]. D’autres terrains, comme la Tchétchénie, paraissent un peu plus accessibles mais nécessitent des modalités opérationnelles innovantes comme le support à distance de programmes (« remote support »). Au Darfour, la nature disparate des actes de violences – associant banditisme, prédation et volonté délibérer d’instaurer la peur et d’empêcher la présence d’ONG internationales – cible les populations civiles et les travailleurs humanitaires, acteurs « non armés » de ce conflit. 

L’action humanitaire parait ainsi à la fois victime et sentinelle des conflits armés dans lesquels elle s’inscrit. Aujourd’hui plus qu’hier, l’accès aux populations vulnérables passe par la capacité des humanitaires à appréhender, comprendre, maîtriser leur environnement. Ce décryptage « intelligent » est également censé permettre de conserver les possibilités d’action et la liberté de témoigner que revendiquent les organisations humanitaires. 



[1] Sheik M. et al. British Medical Journal 2000 ; 321 : 161-168 

[2] Stoddard A. et al. Providing Aid in Insecure Environments: trends in policy and operations 2006. ODI-HPG

[3] Au moins deux tentatives de kidnapping avaient eu lieu sur d’autres expatriés dans le même secteur de la ville les jours précédents, mais l’information n’avait pas été diffusée.

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