Wikileaks Reveals U.S. Tax Dollars Fund Child Sex Slavery in Afghanistan

Posté par Jérôme Larché le 12 décembre 2010

Par Amanda Kloer

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The now infamous Wikileaks recently released a cable from Afghanistan revealing U.S. government contractor DynCorp threw a party for Afghan security recruits featuring trafficked boys as the entertainment. Bacha bazi is the Afghan tradition of « boy play » where young boys are dressed up in women’s clothing, forced to dance for leering men, and then sold for sex to the highest bidder. Apparently this is the sort of « entertainment » funded by your tax dollars when DynCorp is in charge of security in Afghanistan.

DynCorp is a government contractor which has been providing training for Afghan security and police forces for several years. Though the company is about as transparent as a lead-coated rock, most reports claim over 95% of their budget comes from U.S. taxpayers. That’s the same budget that DynCorp used to pay for a party in Kunduz Province for some Afghan police trainees. The entertainment for the evening was bacha bazi boys, whose pimps were paid so the boys would sing and dance for the recruits and then be raped by them afterward. That’s your tax dollars at work — fighting terrorism and extremism in Afghnistan by trafficking little boys for sex with cops-in-training.

In fact, the evidence linking DynCorp to bacha bazi was so damning, Afghan Minister of the Interior Hanif Atmar tried to quash the story. Upon hearing a journalist was investigating DynCorp and the U.S. government’s funding of the sex trafficking of young boys in Afghanistan, Atmar warned any publication of the story would « endanger lives, » and requested the U.S. suppress the story. Atmar admitted he had arrested eleven Afghans nationals as « facilitators » of the bacha bazi party. But he was only charging them with « purchasing a service from a child, » which is illegal under Sharia law and the civil code. And in this case « services » is not used as a euphemism for sex; so far, no one is being held accountable for the young boys whose rapes were paid for by the U.S. taxpayers.

As if this story couldn’t get any more outrageous, Atmar went on to say that if news of the incident got out, he was « worried about the image of foreign mentors ». In other words, why should something as piddling as the humiliation, objectification, sale, and rape of some children tarnish the good name of DynCorp and all the work (read: money) they’re doing in Afghanistan? After all, bacha bazi is growing in popularity in Afghanistan, especially in areas like Kunduz. Why shouldn’t U.S. government contractors be able to win local favor by pimping young boys?

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Le triple échec de la responsabilisation des malades

Posté par Jérôme Larché le 10 décembre 2010

 Lu dans Le Monde (édition du 10 cdécembre 2010)

Par David Belliard, journaliste, et Alix Beranger, experte pour la Fondation de France et consultante sur les questions de santé et d’action sociale

En instaurant un droit annuel d’entrée de 30 euros pour les bénéficiaires de l’Aide médicale d’Etat (AME), le gouvernement franchit une nouvelle étape dans sa politique de responsabilisation des malades. Fondée sur le postulat que notre état de santé dépend principalement de nos comportements individuels, cette politique vise à freiner l’accès aux soins à des malades au motif que la solidarité nationale ne doit pas prendre en charge ce qui relèverait de choix individuels. Suspectés a priori de profiter du système, les usagers sont de plus en plus mis à contribution. L’instauration du « 1 euro non remboursable » en 2004, les franchises médicales de 50 euros maximum en 2008, l’augmentation du forfait hospitalier à 18 euros en 2009 répondent au même objectif que les 30 euros de droit annuel pour l’AME : diminuer les dépenses de santé en « responsabilisant » les usagers.

En instaurant un droit annuel d’entrée de 30 euros pour les bénéficiaires de l’Aide médicale d’Etat (AME), le gouvernement franchit une nouvelle étape dans sa politique de responsabilisation des malades. Fondée sur le postulat que notre état de santé dépend principalement de nos comportements individuels, cette politique vise à freiner l’accès aux soins à des malades au motif que la solidarité nationale ne doit pas prendre en charge ce qui relèverait de choix individuels. Suspectés a priori de profiter du système, les usagers sont de plus en plus mis à contribution. L’instauration du « 1 euro non remboursable » en 2004, les franchises médicales de 50 euros maximum en 2008, l’augmentation du forfait hospitalier à 18 euros en 2009 répondent au même objectif que les 30 euros de droit annuel pour l’AME : diminuer les dépenses de santé en « responsabilisant » les usagers.

Cette politique est un échec. Sur le plan social, elle a eu pour principal effet l’augmentation spectaculaire des inégalités en matière d’accès aux soins. L’instauration des franchises tout comme les vagues de déremboursements de médicaments ont diminué le niveau de prise en charge des soins par l’Assurance-Maladie. Par ailleurs, les dépassements d’honoraires dans les grandes agglomérations et les déserts médicaux dans les zones rurales ou montagneuses creusent l’écart entre ceux qui peuvent s’offrir une visite chez le médecin et les autres. Les conséquences sont extrêmement lourdes pour les populations les plus précaires bien sûr, mais aussi pour les travailleurs pauvres et, fait nouveau, pour une partie de la classe moyenne. Près de 9 millions de personnes ont renoncé à des soins pour raisons budgétaires en 2008.

Cette situation est dramatique sur le plan sanitaire. En effet, plus la prise en charge d’une pathologie est retardée, plus les risques d’aggravation et de complication augmentent. L’hôpital, et notamment les services d’urgence, deviennent le principal lieu d’accueil pour une part toujours plus grande de la population à un moment où les établissements hospitaliers sont particulièrement fragilisés par des fermetures et la mise en œuvre d’une réforme « Hôpital, patients, santé, territoires » incompréhensible et incohérente. In fine, ni la médecine de ville, trop chère ou trop rare, ni l’hôpital, désorganisé et sous-dimensionné, ne sont plus en capacité d’accueillir et d’accompagner dans de bonnes conditions un nombre croissant de malades.

SOLIDARITÉ NATIONALE

Malgré ces résultats désastreux, nos dépenses de santé ont continué d’augmenter dans les mêmes proportions que pour les autres pays de l’OCDE. L’amélioration constante des soins et, dans une moindre mesure, le vieillissement de la population continuent à favoriser l’augmentation des dépenses, sans que les mesures de responsabilisation des usagers ne parviennent à les contenir. Parallèlement, la crise économique a mécaniquement provoqué la diminution des recettes de l’Assurance-Maladie et accentué son déficit. Les bricolages du gouvernement sur le transfert de la dette sociale à la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) montrent qu’aucune réflexion n’a été menée pour résoudre de manière pérenne les besoins de financements de notre système de santé.

A la politique de responsabilisation, inefficace et contre-productive en termes de santé publique, doit répondre une autre logique fondée sur la solidarité nationale et l’accès aux soins pour tous et toutes. Les lignes de cette nouvelle politique sont déjà connues : plus grand effort sur la prévention, remodelage de la chaîne de soins en vue d’une meilleure articulation des acteurs entre eux, réforme des modes de rémunération des médecins en ville, indépendance des praticiens et des malades vis-à-vis du « business » de la santé, prise en compte effective des facteurs environnementaux, sociaux et culturels dont les conséquences sur notre état de santé sont prégnants, et refonte des modes de financements de l’Assurance-Maladie. Cette nouvelle politique de santé publique exige de l’ambition et du courage. Ce sont les conditions au renouveau de notre système de santé.

Cette politique est un échec. Sur le plan social, elle a eu pour principal effet l’augmentation spectaculaire des inégalités en matière d’accès aux soins. L’instauration des franchises tout comme les vagues de déremboursements de médicaments ont diminué le niveau de prise en charge des soins par l’Assurance-Maladie. Par ailleurs, les dépassements d’honoraires dans les grandes agglomérations et les déserts médicaux dans les zones rurales ou montagneuses creusent l’écart entre ceux qui peuvent s’offrir une visite chez le médecin et les autres. Les conséquences sont extrêmement lourdes pour les populations les plus précaires bien sûr, mais aussi pour les travailleurs pauvres et, fait nouveau, pour une partie de la classe moyenne. Près de 9 millions de personnes ont renoncé à des soins pour raisons budgétaires en 2008.

Cette situation est dramatique sur le plan sanitaire. En effet, plus la prise en charge d’une pathologie est retardée, plus les risques d’aggravation et de complication augmentent. L’hôpital, et notamment les services d’urgence, deviennent le principal lieu d’accueil pour une part toujours plus grande de la population à un moment où les établissements hospitaliers sont particulièrement fragilisés par des fermetures et la mise en œuvre d’une réforme « Hôpital, patients, santé, territoires » incompréhensible et incohérente. In fine, ni la médecine de ville, trop chère ou trop rare, ni l’hôpital, désorganisé et sous-dimensionné, ne sont plus en capacité d’accueillir et d’accompagner dans de bonnes conditions un nombre croissant de malades.

SOLIDARITÉ NATIONALE

Malgré ces résultats désastreux, nos dépenses de santé ont continué d’augmenter dans les mêmes proportions que pour les autres pays de l’OCDE. L’amélioration constante des soins et, dans une moindre mesure, le vieillissement de la population continuent à favoriser l’augmentation des dépenses, sans que les mesures de responsabilisation des usagers ne parviennent à les contenir. Parallèlement, la crise économique a mécaniquement provoqué la diminution des recettes de l’Assurance-Maladie et accentué son déficit. Les bricolages du gouvernement sur le transfert de la dette sociale à la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) montrent qu’aucune réflexion n’a été menée pour résoudre de manière pérenne les besoins de financements de notre système de santé.

A la politique de responsabilisation, inefficace et contre-productive en termes de santé publique, doit répondre une autre logique fondée sur la solidarité nationale et l’accès aux soins pour tous et toutes. Les lignes de cette nouvelle politique sont déjà connues : plus grand effort sur la prévention, remodelage de la chaîne de soins en vue d’une meilleure articulation des acteurs entre eux, réforme des modes de rémunération des médecins en ville, indépendance des praticiens et des malades vis-à-vis du « business » de la santé, prise en compte effective des facteurs environnementaux, sociaux et culturels dont les conséquences sur notre état de santé sont prégnants, et refonte des modes de financements de l’Assurance-Maladie. Cette nouvelle politique de santé publique exige de l’ambition et du courage. Ce sont les conditions au renouveau de notre système de santé.

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J’ai fait un rêve pour Haïti…

Posté par Jérôme Larché le 10 décembre 2010

Par Kuria Muturia

sur le site Grotius.fr

«Les hommes sont responsables de leurs malheurs. Il n’y a pas de catastrophe naturelle chez nous, dans les pays pauvres. Les victimes du séisme en Haïti ne sont pas des morts naturelles. Les victimes du choléra n’ont plus» écrit Joseph Kuria Mutura. Jospeh est un étudiant kenyan. Il vit et travaille à Korogocho, l’un des plus grands bidonvilles du Kenya. De là-bas, Kuria Mutura a écrit aux Haïtiens…

Combien de morts ? Je veux dire quand les médias internationaux feront une addition macabre : le séisme + le choléra = ?… Nul ne le sait aujourd’hui. Les chercheurs sérieux ou les humanitaires habitués à de tels «terrains» pensent que le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint et rappellent l’exemple du Zimbabwe, plus de 4000 décès. Le tremblement de terre est arrivé à un moment où le pays n’avait pas encore eu le temps de se remettre des violents ouragans qui en 2008 avaient fait un millier de morts et détruit les habitations d’un million de personnes.

En dépit des apparences, les événements qui ont marqué l’histoire de Haïti depuis sa découverte par Christophe Colomb – remontons aussi loin, n’entrent pas tous dans la catégorie des catastrophes naturelles. Permettez-moi, depuis la «banlieue» de Nairobi ce rappel : Haïti a été le théâtre de plusieurs révolutions et coups d’Etat qui ont paralysé le développement économique du pays et l’ont relégué au rang des pays les plus pauvres de la planète.

A la lecture des sources historiques, le contraste est frappant… Au 16ème siècle, Haïti était une île dont les richesses représentaient plus d’un quart de l’économie française. Au 17ème siècle, les esclaves vainquirent les Français et firent de l’île la première nation qui abolit la traite et l’esclavage. Les Etats-Unis ne tardèrent pas envahir l’île et une nouvelle page de l’histoire débuta.

Ce qui avait commencé en triomphe se termina en malédiction et aujourd’hui Haïti vit les séquelles de décennies de la mauvaise gestion de régimes corrompus. Les systèmes d’éducation et de santé publique sont dégradés et ne suffisent pas à répondre aux besoins d’une population croissante qui de surcroît vit dans des conditions d’insalubrité et de pollution environnementale indescriptibles.

A la lumière de ma propre expérience dans le bidonville de Korogocho, il me paraît évident que dans une telle situation le désespoir prend le dessus et que l’instinct de survie fait oublier tout scrupule. Aujourd’hui je peux lire l’accablement sur les visages des Haïtiens qui ont vu leur nation s’enfoncer dans la destruction en dépit de l’aide internationale. Venir à bout de l’épidémie de choléra est un défi quasi insurmontable parce que les populations à risque vivent dans des camps de toile, que les services sanitaires sont déficients, que l’accès à l’eau potable est très difficile.

Ces préoccupations m’obsèdent mais en même temps je repense à l’hymne national haïtien qui proclame que «Pour le drapeau, pour la patrie mourir est beau ! Notre passé nous crie: Ayez l’âme aguerrie! Mourir est beau pour le drapeau, pour la patrie.» J’approuve la déclaration de l’ex-président américain Clinton pour qui «cette catastrophe est l’occasion de corriger les fautes du passé» et je ne suis pas loin de penser qu’à travers le monde nombreux sont ceux qui sont d’accord avec cet engagement affiché. Cette situation, aussi douloureuse soit-elle, fournit l’occasion à la patrie des esclaves émancipés de prouver au monde que les crises vécues par Haïti ne sont pas le signe d’une malédiction irréversible et que la communauté internationale tout entière se doit de faire le maximum pour reconstruire la démocratie dans ce pays.

Le moment est propice pour que les Haïtiens et les Haïtiennes prennent leur destin en main et avec l’aide de Dieu reconstruisent les infrastructures médicales qui permettront de faire baisser le taux de mortalité infantile en s’assurant que tous les enfants aient accès aux vaccinations et aux soins. Il s’agit de mettre en place un système de sécurité sociale et un réseau national d’infrastructures médicales qui couvre l’ensemble du territoire national et non pas seulement la capitale. Les politiciens seront-ils à la hauteur de ces ambitions ? On peut en douter, malheureusement.

Seule l’éducation permettra que la génération montante adopte les valeurs d’intégrité et de redevabilité qui leur permettront de changer le mode de gestion du pays à l’avenir et ceci dépend en dans une large mesure de l’aide que la communauté internationale accordera à la reconstruction des écoles et des infrastructures éducatives. Il ne faut pas se voiler la face. Le Sénégal, lui, s’est engagé à accueillir 163 étudiants haïtiens pour la durée de leurs études et on ne peut qu’espérer que cette promesse sera tenue jusqu’au bout.

Les pays développés devraient en faire autant en établissant des filières de leurs établissements scolaires et universitaires dans toutes les régions d’Haïti, ce qui de mon point de vue vaut mieux que d’inviter les étudiants haïtiens à se rendre à l’étranger et à quitter – peut-être définitivement, leur pays.

Je crois pouvoir dire à nos frères haïtiens que c’est maintenant le moment qu’ils ont si longtemps attendu. Comme le Pape lui-même l’a dit (permettez à un croyant cette référence) : «Il faut que les choses changent» et seuls les Haïtiens pourront effacer ce que beaucoup estiment être une malédiction. J’ai rêvé une autre Haïti…

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Violences liées aux genres et violences conjugales : qu’en est-il des auteurs ?

Posté par Jérôme Larché le 9 décembre 2010

Par Véronique Durand, anthropologue 

Au niveau mondial, ce qui est identifié comme persécutions liées au genre ne résulte pas de comportements individuels isolés et atypiques, mais reflète des structures et des normes sociales profondément inégalitaires. C’est pourquoi il faut manipuler le concept de culture avec précaution : au nom des coutumes, on mutile (excisions, infibulation) de façon à contrôler la sexualité, on interdit (les relations sexuelles avant le mariage mais aussi l’école), on organise le mariage forcé des petites filles, on pratique les crimes dits d’honneur, on détruit celles qui osent dire non (en brûlant les visages, en empoisonnant), on coupe toute chance de s’instruire (en détruisant les écoles, en interdisant leurs accès)… la liste est longue. Une grande partie des violences faites aux femmes est liée à la sexualité et à la reproduction, dans les sociétés qui cherchent à contrôler à la fois leur sexualité, représentée comme « menaçante » et leur capacité à reproduire, représentée comme une fonction à disposition de la société ou de la nation. Le mariage a d’ailleurs été instauré en France de façon à réguler et contrôler les naissances. Il permettait ainsi de nommer le père et d’organiser la transmission, la succession.   Il nous faut cependant distinguer les « violences faites aux femmes » et « les violences domestiques ». Je parle aujourd’hui de violences domestiques. Les violences au sein du couple sont universelles. Ce sont leurs manifestations qui changent en fonction de chaque société. 

            Comme le rappelle le professeur Henrion dans son rapport de février 2001, ni l’éducation, ni les (bonnes) conditions économiques ne protègent les femmes qui décèdent par suicide, homicide ou suite à des pathologies résultant des violences. Sous l’angle de la psychologie, la violence conjugale est une relation à deux, où l’auteur affirme son autorité, son pouvoir, son emprise sur la victime. Mais, j’ai pris le parti d’aborder la problématique des auteurs de violence par une approche sociologique :   ·      Les questions d’identité (qu’est-ce qu’être un homme, qu’entend-on par masculinité, quelles représentations se fait on du masculin ?) sont elles aussi fondamentales, dans la mesure où la société participe à la construction de l’imaginaire collectif et d’un modèle hégémonique masculin. 

Je veux parler de la construction sociale de l’identité et non pas de l’identité individuelle, bien que les situations soient toutes individuelles et très complexes. L’identité des groupes s’exprime en termes de lutte et d’alliance : on est avec ou contre. Les groupes, font référence à la reconnaissance, représentation, interaction, auto-identification, appartenance. Ainsi les hommes du service Halte Violences[1] tenaient à peu près tous le même discours, étaient tous dans le déni de la gravité de leurs actes, se soutenaient et disaient tous : « c’est elle qui me provoque »). Ils affirmaient ainsi leur appartenance à un groupe, en opposition à un autre : celui de leurs compagnes.   

La violence conjugale se situe d’emblée sur le terrain des rapports de pouvoir, de domination et de comportements contrôlants, issus d’une structure sociale axée sur l’inégalité des sexes et/ou des rôles sociaux. Il y a donc un dominant et un dominé, la personne dominée étant sous l’emprise de l’autre.               Sans remettre en question l’aspect psychologique individuel, il ne faut pas oublier le poids des mentalités, qui est fondamental. Il permet à chacun d’intégrer les caractéristiques liées au genre. Ce n’est pas l’homme, ce n’est pas le privé, ni l’univers domestique qu’il faut considérer comme des ennemis de la femme, ce sont les conceptions culturelles, ancestrales, patriarcales, intégrées par la société comme un tout qui ont créé des codes, des repères qui eux ont élu l’homme roi et maître.             Il faut donc s’éloigner d’une perception duelle pour faire face à des relations de genre portées par la réalité sociale comme un tout, qui va au-delà des femmes et des hommes. 

On le constate dans d’autres sociétés et je pense au Bangladesh où j’ai fait une mission en avril 2009 : les femmes, dans le secteur public, sont en train d’échapper aux hiérarchies traditionnelles et à l’autorité de l’homme. Elles ont gagné du terrain, prouvent leurs compétences et leurs capacités d’adaptation. Pourtant, dans le domaine du privé, les rôles demeurent traditionnels : chacun à sa place, l’homme y réaffirme son pouvoir. Nous sommes donc dans une situation hybride où la violence peut être le résultat de la confrontation de ces deux mondes, où l’ordre de la société est vécu comme en péril. Les violences peuvent augmenter lorsque les relations de genre et les rôles des uns et des autres sont remis en question. Comment prévenir ces comportements violents ? Comment éviter les récidives ? Il faudrait sans doute aborder les relations de genre dès la petite enfance puis les questions relatives à la sexualité, tout en soulignant les différences sexuées.              ·      La confusion entre le privé et le public : 

  Le fait familial est également universel et il existe divers arrangements en fonction des sociétés. Ailleurs, sentiments et mariage sont totalement distincts : le mariage est bien une alliance, il s’agit d’un contrat et d’un contrat fait pour durer. Les relations entre les divers membres de cet univers sont basées sur des relations hiérarchisées en fonction du sexe et de l’âge sans oublier les besoins des uns et des autres, ce qui amène des relations de pouvoir au sein de ce groupe familial. Ce dernier n’est pas unique mais multiple. En France, le concept de famille qui s’adresse à des réalités diverses a longtemps été considéré comme relevant du privé en opposition au domaine du public. « Chez moi, je fais ce que je veux… C’est ma femme, ce sont mes enfants, c’est moi qui décide, c’est moi qui sait ce qui est bien pour elle, pour eux »… 

  La 1ère loi sur l’autorité parentale (loi 70-459 du 04 juin 1970) a bouleversé l’ordre établi qui donnait tous les pouvoirs au chef de famille. La notion de puissance paternelle est remplacée par l’autorité parentale. Cette loi est fondamentale. Elle a depuis subi plusieurs transformations jusqu’à celle du 04 mars 2002 qui met l’accent sur la co-parentalité.   ·      Au 21ème siècle, en France, nous séparons conjugalité et parentalité : 

  La conjugalité peut être interrompue alors que la parentalité se veut à vie. Mais elle se trouve souvent écornée par l’échec du couple. Ainsi, la famille, bien que relevant du privé, dépend du public, de par les lois qui la régissent (mariage, pacs, divorce, scolarité, travail des enfants, éducation, contraception, avortement, accouchement sous X…) ce qui justifie l’intervention, la légitimité du travailleur social : il est un tiers mandaté par la sphère publique pour s’immiscer dans le domaine du privé. C’est aussi pour ces raisons qu’il a souvent des difficultés à entrer au sein du domicile familial.     En 1924, la Société des Nations adoptait la Déclaration sur les droits des enfants, dite Déclaration de Genève. Cette communauté internationale s’engageait notamment à ce que l’ « enfant soit mis en mesure de se développer d’une façon normale, aussi bien matériellement que spirituellement ». La Convention Internationale des Droits de l’enfant est ratifiée le 20 nov. 1989 par 192 pays. 

  Qu’en est-il des enfants lorsqu’il y a violences conjugales, lorsqu’ils écoutent, entendent, assistent à des violences verbales, psychologiques, physiques ?     J’attire l’attention sur des dérives possibles de la distinction entre conjugalité et parentalité : dans quelle mesure un mari violent est-il un bon père ou le contraire ? 

Un enfant reste fils ou fille de… mais doit-on imposer à un enfant une présence auprès d’un père qui a maltraité sa mère ? Il y a maltraitance, ou tout au moins un enfant en péril.   Maltraitance : « toute forme de violences, d’atteinte ou de brutalités physiques et mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation y compris la violence sexuelle » Article 19 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. 

« L’Enfant en péril est celui qui connaît des conditions d’existence qui risquent de mettre en danger sa santé, sa sécurité, sa moralité, son éducation ou son entretien mais qui n’est pour autant pas maltraité» Définition de l’Observatoire Décentralisé de l’Action Sociale. 40 millions d’enfants dans le monde sont maltraités. En France, par an, 95 000 enfants sont signalés, 19 000 sont réellement maltraités. 80% des adultes maltraitants ont été maltraités.[2] 

  Se posent alors deux grandes questions dont nous ne pourrons pas faire l’économie très longtemps : .   l’évaluation .   la filiation dans le droit français, l’importance de la famille de sang. 

    Ce qui pose, à mon sens, un problème majeur de santé publique puisque ces enfants présentent des troubles physiques, affectifs, du développement, ont des difficultés scolaires, sont plus fragiles en ce qui concerne la toxicomanie, la délinquance.    Monsieur FILLON a décrété que les « violences conjugales » seraient cause nationale en 2010, ce qui montre la prise en compte de la réalité. A quand la prise de conscience de la situation des enfants ?   

Afin de briser ce cercle et d’enrayer la récidive, la solution réside dans la prise en charge des hommes violents qui ont besoin de soins car ils n’ont souvent pas conscience de la gravité de leurs actes. Au-delà des soins, leur parole leur permet de remonter le temps et, en déroulant leur histoire de vie, d’appréhender cette histoire et comprendre leur violence pour pouvoir enfin la traiter.  


[1]              Halte-Violences : service créé par le Collectif Femmes de Périgueux qui a accueilli 18 hommes auteurs de violences conjugales entre septembre 2008 et juillet 2009

[2]              Observatoire Décentralisé d’Action Sociale, 1993

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Les sénateurs annulent les restrictions sur l’AME votées par les députés

Posté par Jérôme Larché le 5 décembre 2010

        Malgrè les tentatives du gouvernement de justifier, sur la base de dérives « potentielles », les amendements votées par les députés sur la restriction de l’accès à l’Aide Médicale d’Etat dont bénéficient les personnes en situation irrégulière – en imposant notamment une contribution forfaitaire 30 euros systématique pour les adultes -, les sénateurs ont annulé ces amendements.

Ils ont, pour cela, largement repris les arguments avancés par les organisations humanitaires, et notamment celles de Médecins du Monde, qui se battent depuis des semaines sur ce dossier. Un article du journal Le Monde, paru ce jour, fait le point sur la situation.

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WikiLeaks, le Napster du journalisme

Posté par Jérôme Larché le 5 décembre 2010

WikiLeaks est-il vraiment transparent? Fallait-il publier les mémos diplomatiques? Nous apprennent-ils quelque chose? Le processus est-il réversible? Assiste-t-on à une évolution structurelle de la société? OWNI essaie de répondre à ces interrogations.

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The role of military during and in the aftermath of natural disasters

Posté par Jérôme Larché le 5 décembre 2010

 Présentation de JL au 13eme Congrès Humanitaire de Berlin – 15 octobre 2010

The year 2010 has been particularly impacted by major humanitarian crisis, both in conflict and natural disasters settings, and effectively associates more than ever trauma, chaos and politics. Introduction 

Relationship between civilian and military/combatants constitute a critical issue to humanitarian NGOs which are confronted by manifold challenges in their relations with these military actors, including international peacekeeping forces, state and non-state armed forces, armed groups and combatants.  

The ability of NGOs to deliver assistance in times of conflict and natural disasters depends on their ability to maintain their humanity, impartiality, neutrality and independence from any political agenda involved in a natural disaster, particularly in case of pre-existing conflict as in Pakistan. 

Associations with any party to the conflict whether indeed real or perceived, can compromise their access to affected populations. For this reason, ‘civil-military relations’ (Civ-Mil) poses numerous challenges and is a critical policy and operational issue for humanitarian NGOs. 

In recent years, humanitarian NGOs have witnessed an increasing use of humanitarian discourse by policy-makers and military officials to describe political strategies and military operations. 

This contestable labelling undermines the distinctions between humanitarian assistance and political forms of intervention in crisis situations. This blurring of the lines is damaging both to the conflict / natural disaster affected population, and to our humanitarian mandates. 

Through Haiti and Pakistan examples, I will try to focus on the need, for humanitarian community, of a clear and collective stance towards relationship between military (regular and privates ones) and humanitarian actors. 

Earthquake in Haiti (January 2010) 

The earthquake in itself was barely foreseeable, but that was not the case for its humanitarian and sanitary consequences. It also highlighted another crisis, political and social one, which last since Haiti’s independence, in 1804. Before the earthquake, 80% of the population was living with less than 2 dollars per day, and with a child mortality rate of almost 60/ 1000 births and GNP / inhabitant of 1300 dollars. Under the UNDP classification, Haiti is located at the 203rd place on 229 countries. After the earthquake, American forces entered very rapidly in Haiti, to restore and control Port-au-Prince airport. Some OCHA representatives argued for a better efficiency in aid delivery that a foreign army (the US army) did not let the control to civilian authorities, UN or Haitian authorities as well. However, some facts show that this military control led to some problematic issues: 

-          Some planes transporting mobile hospitals have been unable to land; -          American or Canadian citizen have been prioritized, mobilizing helicopters and other aid logistics; 

-          Some Haitians have been refused to enter public hospitals by American armed forces,… At this time, some NGOs accepted this integrated approach where objectives were not only humanitarian, but sometimes also political. What is more problematic is that they accepted to function under military control, and not civilian control, which is contrary to Oslo guidelines. This situation led to an altered perception of aid, seen sometimes as partial, and which maybe participated to the already difficult security context. 

However, logistics and transportation provided by American forces have been helpful, given the huge needs encountered, but crisis disaster response modalities and its coordination should have been more rapidly transferred to a civilian control. This militarization of aid led to a potentially and deleterious confusion. Floods in Pakistan (August 2010) 

In late April / May 2009, after a previous agreement aborted, the Government of Pakistan launched a large-scale military operation against pro-Taliban militants in Buner, Lower Dir, and Swat Valley (districts located in NWFP). The local civilian population either started moving out or have been trapped in the hostilities area, hardly accessible to external aid. The majority of those who left, fled into Peshawar, Mardan and Swabi districts, although some displacement has also been reported towards other areas of the country such as Islamabad / Rawalpindi or Lahore. This sudden vast displacement of population adds on the previous displacements all over western Pakistan, caused by the ongoing conflicts in Afghanistan, in NWFP, in the FATA[1] and in Baluchistan. 

According to the UN Logistics cluster and Pakistani authorities, the total number of displaced people and new IDPs was estimated between 1.6 and 2.2 million people. The observed pattern of displacement[2] was that the majority of displaced families did not accommodate within the available IDP camps. 80% of the displaced population (up to 90% in Swabi district according to our analysis) was instead finding shelter within host families, placing then excessive burden on those families, or gathering in some “spontaneous gathering points” such as school facilities or public premises. Combined to a precarious situation before the crisis for the whole population, this led to an extra burden on host population which had to share little it owns and leading to pauperization. 

Following a central governmental decision, NWFP government announced on last July that IDPs should go back to their villages of origin as soon as areas are declared “clear and safe”. Unfortunately, this was not the case, and many violations on IDP guiding principles, notably by forced returns, were observed 

Last but not least, by end of July monsoon has shown signs of greater scale than previous years, foreseeing potential impacts in area of intervention. Further assessments guided MdM to develop specific response to urgent needs in districts such as Nowshera & Charsadda, and to increase the scope of health services in Kohat district with the set-up of a Diarrhoea Treatment Center. In this highly sensitive political and military context, with a combination of WHAM and counter-insurgency strategies, NGOs movements were severely controlled by Pakistani military forces and did not reach all conflict- and disaster-affected populations. 

In southern parts of the country, as in Sindh Province, such a conflict context was not present but forced displacements of populations, led by militaries, were also observed. 

Possible rules of regulation 

In natural disaster settings, the use of military assets as a last resort for humanitarian operations must be under civilian control, thus avoiding any association between humanitarian aid and a military or political objective which could hinder the overall humanitarian efforts. 

In accordance with international legal instruments and guidelines (such as International Humanitarian Law, Oslo and MCDA guidelines, IASC reference paper on civmil relationship in complex emergencies), humanitarian actors are to maintain a clear distinction from military/combatant actors in their identities and actions as per their recognized roles and mandates. 

In relief operations, civil protection is the organization of civilian bodies designated to respond to a range of emergency measures in the event of natural, environmental and/or industrial disaster. In the European Union, the civil protection resource is another instrument which European humanitarian aid may draw on. These assets, when deployed in a humanitarian context in third countries, are under civilian command and in principle deployed in response to a formal request from the affected state. 

Even if the Lisbonne Treaty is quite ambiguous towards possible roles of humanitarian actors, the European Union recently re-emphasized the commitment to principled humanitarian action in the European Consensus on Humanitarian Aid (December 2007). VOICE, a platform of 86 european international NGOs, calls for the implementation of this joint policy statement which has been signed by European Commission, European Parliament, and the 27 EU Member States in order to ensure the access and space for independent humanitarian action. It is important also to recall that humanitarian action is neither an instrument for resolving conflict or managing crises, nor a mean for fighting against terrorism. 

This collective stance is, to my point of view, a mandatory condition to safeguard our access anywhere and anytime to vulnerable populations that is now under threat from this confusion. I am convinced that this confusion threatens not only acceptance of our work by communities but also their participation in it – acceptation and participation being key elements for the security of our programs and teams – and, as a result, compromise our actions. It is therefore necessary to be determined to remain an impartial and independent player, and concerned to be made a potential tool of any government’s policy. Coordination between humanitarian actors and military/combatants should be avoided, particularly in conflict areas. 

We can, however, recognize that dialogue with armed forces can be necessary to make delivery of aid more effective, to save lives, promote humanitarian principles, avoid competition and minimize inconsistency. Such dialogue can take place only if it poses no security issue for the beneficiary population, for local partners and for our teams, and if it does not compromise our impartiality. 

We encourage the entire humanitarian community to promote, in all circumstances, VOICE policy statement and operational recommendations, which has been already adopted at the European level by 86 international NGOs in 2009, and shared with DG ECHO, in Brussels. Because of climate change, natural disasters are supposed to be more frequent in the following years, but their consequences on populations will be hardened by pre-existing social precarity and poverty, as it has been shown in Haiti, in Pakistan or even in New Orleans, after Katrina hurricane. More efficient and proactive disaster response preparedness mechanisms and a strict adherence to Oslo guidelines by all actors are important steps we need to promote. 

Moreover, the situation can be ever more critical if complex emergencies and natural disaster are associated, as in the recent Pakistan floods crisis or in Sri-Lanka after the Tsunami in 2006. For all these reasons, we have to talk with military, particularly those promoting integrated- or comprehensive-approach as NATO, in order to explain our positions …but a “safe distance” should be maintained between humanitarian and military. A distance aimed at promoting a constructive dialogue but also aimed at impeding a deleterious confusion. 

In these difficult contexts, we know also that sometimes we need to make some compromise with our principles and that we need to be pragmatic. That‘s why it seems to me so important to have a shared, clarified and promoted principles framework on humanitarian-military relationship issue, not only in conflict settings, but also in natural disasters settings.   



[1] Federally Administered Tribal Areas 

[2] This pattern of displacement is identical to the one that we observed following the 2005 earthquake in the nearby Hazara division, and the main reasons for people not willing to settle in IDP camps would be that camp settings do not enable IDP groups to maintain their social organisation (high density of people vs. village life) nor their cultural organisation. More pragmatically, camps are not adequate settings for those of the IDPs that left with belongings and cattle, and the high temperatures in these areas at the time being make it uneasy to live under tents. 

Publié dans Crises et conflits, Securite et relations militaires-humanitaires | 130 Commentaires »

Pour une éthique de prise en charge des violences liées au genre

Posté par Jérôme Larché le 5 décembre 2010

En matière de violences liées au genre, les statistiques sont éloquentes: une femme sur trois dans le monde a été battue, contrainte d’avoir des rapports sexuels ou a subi d’autres formes de sévices au cours de sa vie. En 2008, en France, 156 femmes sont décédées victimes de leur compagnon ou ex-compagnon. Problème universel recouvrant des réalités diverses, le phénomène constitue une incontestable violation des droits humains et représente un problème majeur de santé publique. 

Une violation des droits humains et un enjeu majeur de santé publique 

Le phénomène recouvre de nombreuses formes de violences, telles que les mutilations génitales, les avortements sélectifs, les infanticides, le viol utilisé comme arme de guerre, les coups et blessures, les pressions psychologiques, le refus à l’accès aux soins ou les discriminations sociales et économiques. Ces violences constituent le lot pour des millions de femmes. Ainsi, 10 à 69% des femmes dans le monde déclarent avoir été agressées physiquement par un partenaire intime de sexe masculin à un moment de leur vie[1]. Cette violence peut être perpétrée dans divers contextes, en situation de conflit armé ou non, au sein de la famille, d’un groupe social, ou même au niveau institutionnel. Si la prévalence du phénomène est incontestable et affecte en majorité les femmes, il est important de souligner que les hommes peuvent aussi faire l’objet de violence, comme par exemple les viols collectifs d’hommes en République Démocratique du Congo (RDC). 

Fort de son expérience de terrain et conscient des enjeux soulevés par cette problématique, Médecins du Monde (MdM) a mis en place une stratégie d’actions globale et intégrée au sein de ses programmes en France et à l’international visant à combattre ces violences. Depuis 2007, avec le soutien de l’Agence Française de Développement et du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, MdM a fait de la lutte contre les violences liées au genre une de ses priorités dans le cadre d’activités transversales. 

11 pays particulièrement touchés par ce phénomène (Algérie, Egypte, RDC, Guatemala, Haïti, Libéria, Moldavie, Nicaragua, Niger, Pakistan, Pérou) ont été intégrés à un programme international de 3 ans, qui a permis des avancées concrètes en matière de prévention et de prise en charge des victimes. Une réflexion est également amorcée sur les violences commises en France, notamment envers les populations les plus vulnérables comme les migrant(e)s et les personnes se prostituant, que les équipes de MdM rencontrent régulièrement dans leurs centres de soins. 

Une prise en charge pluridisciplinaire 

La mise en œuvre d’une approche pluridisciplinaire (médicale, juridique, psychologique, sociale et de promotion des droits de la femme) et le développement de réseaux de partenaires (acteurs de la société civile, autorités étatiques et ONG locales), ont permis d’élargir le champ d’action de MdM et de favoriser une amélioration des pratiques sur le terrain. Cette institutionnalisation des débats, avec des structures locales, régionales et nationales, parait également nécessaire pour assurer la pérennité des actions entreprises. Le partenariat mis en place à Haïti depuis de nombreuses années, a ainsi favorisé l’émergence d’une « Concertation Nationale contre la Violence faites aux Femmes », association reconnue par l’Etat haïtien, et qui a permis, entre autres, la modification de la loi sur la classification du viol dans le code pénal haïtien, ainsi que l’application d’un protocole validé par le Ministère de la Santé pour favoriser l’accès des victimes au certificat médical (en 2007) et améliorer l’accueil des femmes dans les commissariats (en 2008). 

Autre exemple, le Pakistan. En 2009, 8548 cas de violences y ont été enregistrés, dont une majorité répertoriée dans le district du Penjab. La loi du silence prévaut dans ce pays où les femmes subissent de multiples formes de violences: enlèvements, violences sexuelles, abus domestiques, menaces, défigurations à l’acide, crimes d’honneur… 80% des femmes dans ce pays sont soumises à une de ces formes de violence. C’est pourquoi MdM a choisi d’appuyer la mise en place d’une prise en charge intégrée au sein des Dar-Ul-Aman (qui signifie littéralement: « maison de la paix »). Il s’agit d’une structure d’hébergement gouvernementale pour les femmes victimes de violence et leurs enfants à la fonction sociale ambiguë, car tout en ayant été construite sur le modèle des prisons, son but est la réinsertion des femmes. Notre démarche a permis de passer d’un concept « carcéral » à une approche de soin, à travers la mise en place d’une prise en charge psychologique, médicale, sociale, de programmes de réinsertion et de protection. Cela n’aurait jamais été possible sans la participation active de partenaires de la société civile, et notamment d’associations de professionnels pakistanais. 

Une prise en compte systématique des déterminants socioculturels 

Comme l’a souligné le sociologue Eric Fassin[2], « la catégorie de « genre » est aussi à penser parce qu’au fond, ceci joue sur l’idée que l’on se fait de ce que doit être un homme,, « un vrai ». Massivement les femmes sont victimes de ces violences, mais cela met en cause toutes les représentations de la masculinité et de la féminité. Cette question de sexe -c’est une question des rôles sexuels, masculin / féminin- passe aussi par la question de la sexualité. La violence sexuelle a un rôle stratégique dans l’imposition d’une domination. » Correspondant à l’ensemble des éléments de l’environnement d’un individu dans un contexte donné, les déterminants socioculturels (DSC) ont ainsi un impact sur les actions, les comportements, mais avant tout sur les perceptions des individus et des communautés. Les représentations des violences par les populations et les intervenants, mais également par les victimes elles-mêmes, constituent un véritable enjeu. Les DSC peuvent constituer une entrave à l’identification et la reconnaissance des victimes de violence, à la qualité des services de prise en charge, ou encore à l’application effective des évolutions législatives. Comme en témoigne la déclinaison des programmes de MdM au Libéria, ou en RDC, et notamment à Goma auprès des conseillères psycho-sociales – parfois d’anciennes victimes de violences – qui prennent en charge les femmes victimes de viols, le développement d’une approche communautaire et la communication dans la(les) langue(s) de la communauté favorisent l’immersion des programmes dans la population et la participation des aidants naturels (médiateurs de santé, pairs aidants ou conseillers psychosociaux). Elle permet surtout l’identification des personnes victimes de violences, souvent difficile compte tenu du risque de stigmatisation sociale, et leur accès aux services de prise en charge[3]

Une lutte contre l’impunité et pour la systématisation du certificat médical 

Face à la complexité des mécanismes qui sous-tendent les diverses formes de violence, cette approche a aussi permis à MdM d’aller au-delà du soin. Aborder la question de l’impunité et mesurer l’importance du certificat médical avec des experts en médecine légale, pour une prise en charge plus « globale » des victimes, sont des démarches que nous avons pu valoriser grâce à la mise en place ou au développement de réseaux de référence, dans chaque contexte d’intervention. Pourtant, les difficultés sont encore aujourd’hui immenses et les témoignages de crimes impunis trop nombreux, que ce soit en RDC, au Pakistan, en Haïti ou en Algérie. Comme l’a récemment[4] rappelé Julienne Lusenge, présidente d’une association de femmes au Nord-Kivu et partenaire de MdM, « Je peux citer le cas de parents dont la petite fille de 3 ans est morte à la suite de son viol par quatre agresseurs, des brigands de longue date connus de toute la communauté. Nous avons aidé sa famille à porter plainte. […] Condamnés à dix ans de prison, ils se sont tous échappés depuis. Et ce cas est loin d’être isolé. » Dans un contexte global de déni de justice, la première étape est d’appuyer le plaidoyer pour faire respecter et évoluer les cadres juridiques nationaux, régionaux et internationaux. En tant qu’ONG médicale, MdM entend promouvoir la délivrance systématique d’un certificat médical, qui constitue un droit pour toute victime et un devoir pour tout médecin. Il renvoie ainsi à « l’obligation d’attester », principe fondamental de l’éthique médicale. Dans le cadre de démarches juridiques, il constitue aussi un élément de preuve déterminant, première étape vers un accès à la justice et à la réhabilitation de la personne. Le certificat médical est également essentiel pour consolider un dossier de demande d’asile ou d’un statut de protection[5]

            A travers des réflexions juridiques, médicales, anthropologiques, sociales  et des expériences positives d’acteurs de terrain, un récent colloque[6] réunissant nos partenaires algériens, congolais, guatémaltèques, haïtiens, nicaraguayens et pakistanais, a permis de mettre en lumière non seulement les défis associés à la lutte contre les violences liées au genre mais aussi les stratégies d’actions possibles. Nos collègues haïtiens, par exemple, ont souligné que les ONG internationales peuvent parfois, dans un contexte de crise (ou de catastrophe naturelle) participer à la déstructuration des bases fragiles de plans nationaux. Leur présence massive peut également être un facteur limitant d’accès des ONG locales à des soutiens financiers. Il est également impératif de prendre en compte les déterminants socioculturels et de développer une démarche anthropo-sociologique, afin de ne pas céder à des visions ethno-centrées et mettre en œuvre des stratégies d’action inadaptées. L’approche par le genre implique enfin d’associer systématiquement les hommes dans les stratégies d’action, qu’ils soient auteurs ou victimes de ces violences, qu’ils aient une position spécifique au sein de leur communauté (comme les chefs coutumiers, religieux ou tribaux) ou non. Comme le souligne Juan Jimenez[7], « la violence à l’encontre des femmes est le résultat du pouvoir de domination et de contrôle de la part des hommes, d’où l’importance d’impliquer le genre masculin dans la lutte contre ces violences. » 

Cet article n’aurait pas été possible sans la contribution de toutes les personnes impliquées sur la problématique des Violences liées au Genre à Médecins du Monde, sur le terrain comme au siège, ainsi que des échanges riches et permanents réalisés avec nos partenaires.  



[1] Organisation Mondiale de la Santé, « Rapport mondial violence et santé », d’après 48 enquêtes de population réalisées dans le monde, 2002 

[2] Eric Fassin, « Le sexe politique : genre et sexualité au miroir transatlantique », Editions EHESS, Paris, 2009 

[3] Guide MdM, « Prévention et réponse aux violences liées au genre », parution en 2010 

[4] Dossier de presse MdM, « République Démocratique du Congo : le viol se généralise au Nord-Kivu », novembre 2009 

[5] Didier Fassin, Estelle d’Halluin, « The truth from the body : medical certificates as ultimate evidence for asylum seekers », American Anthropologist, 2008 

[6] Colloque MDM « Au-delà du constat : des réponses pour lutter contre les violences liées au genre », Bibliothèque François Mitterrand, 11 octobre 2010, Paris 

[7] Juan Jimenez, Représentant de l’association des hommes contre la violence (AHCV), Nicaragua (lors du colloque MdM du 11 octobre 2010) 

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Une vraie bonne question!!

Posté par Jérôme Larché le 30 octobre 2010

carrierehumanitaire.jpg

Merci à Rash Brax sur http://www.youphil.com/fr pour la vraie question, soulevée dans l’humour, de l’opportunité de faire carrière dans l’humanitaire. Cela est-il réellement possible? Une réponse par l’affirmative serait la reconnaissance d’une institutionnalisation de l’humanitaire et de son caractère désormais normatif. Une réponse par la négative serait nier une certaine réalité. Les ONG auront-elles le courage d’en débattre sereinement, sans faux-semblants et discours langue-de-bois?

Un beau débat en perspective, en tout cas!

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A force d’exciter les chiens avec des propos démagogiques

Posté par Jérôme Larché le 30 octobre 2010

Un camp de Roms attaqué par des inconnus dans les Yvelines

« Le commissariat de Poissy (Yvelines) a ouvert une enquête après l’intrusion de plusieurs hommes cagoulés et armés, dans la nuit de mercredi 27 à jeudi 28 octobre, dans un camp de Roms situé dans la plaine de Triel-sur-Seine.

Selon les témoignages recueillis par les enquêteurs, ces hommes ont fait irruption dans le camp vers deux heures du matin dans une voiture munie d’un gyrophare. Ils ont pénétré dans des caravanes avec des fusils et des matraques, arrachant certaines portes. »

Lire la suite de l’article sur  http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/30/un-camp-de-roms-attaque-par-des-inconnus-dans-les-yvelines_1433210_3224.html

 

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