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La « sécurité » : nouveau piège pour les humanitaires

Posté par Jérôme Larché le 21 juin 2012

Depuis quelques années, les problèmes de sécurité sont devenus pour les acteurs humanitaires un véritable enjeu. Enjeu politique face à la multitude des problématiques et des nouvelles sémantiques de sécurité (sécurité opérationnelle, alimentaire, sanitaire, environnementale, humaine…) qui ont brouillé les lignes de vision en en faisant bien plus qu’une question uniquement diplomatico-militaire. Enjeu opérationnel car l’insécurité, réelle ou perçue, de certains terrains peut constituer une menace et une entrave pour les humanitaires et leurs projets. Il convient donc d’examiner pourquoi le nouveau cadre du concept de sécurité mais aussi la technicisation progressive des réponses apportées, peuvent constituer un piège insidieux pour les acteurs humanitaires et les populations concernées.

 

Un contexte favorisant l’insécurité

Depuis les années 90, le nombre et la violence de conflits intra-étatiques (Balkans, Grands Lacs, Soudan, Afghanistan) ont progressé, avec une tendance à la polarisation et la radicalisation. Un grand nombre d’Etats et de groupes armés non étatiques sont engagés dans des affrontements revêtant parfois un caractère mondial, collision de systèmes de valeurs et de croyances. La polarisation prend différents aspects comme « la guerre contre le terrorisme » et « la division Nord-Sud ».  La « guerre contre le terrorisme » a conduit des Etats à s’affronter à des mouvements non étatiques utilisant des stratégies asymétriques, déterminés à s’opposer à ce qu’ils perçoivent comme une influence occidentale « néo-coloniale ». La division Nord-Sud , certes ancienne, soulève des questions économiques fournissant le terreau d’idéologies militantes dans des communautés frappées par la pauvreté. En même temps le nombre d’acteurs humanitaires, comme leur capacité potentielle d’action, ont décuplé. Dans cet environnement, les organisations humanitaires sont exposées au risque d’être rejetées ou manipulées.

Les humanitaires ont de plus été mis, et se sont mis, sous les feux médiatiques ce qui a pu faire croire à certains que l’action humanitaire pouvait constituer un substitut à l’action politique. Des Etats comme certains organismes internationaux, ont ainsi été convaincus que l’action humanitaire pouvait devenir un instrument de gestion des crises, au même plan que des actions militaires ou politiques .

 

L’insécurité des humanitaires : bien réelle mais localisée

Dans les conflits armés et sur les terrains complexes, la sécurité des acteurs humanitaires conditionne directement leurs capacités d’accès et d’assistance aux populations civiles.  Leur acceptation locale et la compréhension fine de leur environnement doivent devenir de perpétuelles interrogations, sans quoi la probabilité de survenue d’un incident grave s’accroît considérablement. Il est aujourd’hui bien démontré que les pertes de travailleurs humanitaires civils sont plus importantes que celles des troupes assurant les opérations (maintien ou imposition de la paix). Depuis 3 ans, plus de 200 humanitaires ont été tués, blessés sérieusement ou kidnappés chaque année.

La répartition de ces incidents graves de sécurité n’est cependant pas uniforme, et certains conflits armés sont particulièrement en cause. En effet, lorsque l’on sépare la fréquence des violences perpétrées contre des humanitaires au Darfour, en Afghanistan et en Somalie (ainsi que dernièrement au Pakistan et au Tchad), de celles perpétrées dans les autres pays, la figure globale perd de son homogénéité. En fait, hormis dans ces cinq pays, la sécurité des humanitaires s’est plutôt améliorée. Il est important aussi de savoir que les travailleurs nationaux sont les principales victimes, essentiellement en raison de leur nombre (90% environ de l’ensemble des acteurs humanitaires) qui augmente de façon mathématique leur exposition au risque. Néanmoins, ces attaques de nature de délibérées, violentes et létales sont de plus en plus motivées par des raisons politiques – visant des ONG internationales et surtout occidentales -. 

 

La sécurité des humanitaires : un « business intra-humanitaire » florissant

Les problèmes de sécurité rencontrés par les acteurs humanitaires sur les terrains de conflits ne sont donc pas une mais des réalités. Les solutions adaptées à ces réalités ne peuvent être trouvées que dans une démarche contextuelle, et non dans un cadre formaté, reproductible à l’identique sur chaque terrain.

Le maître-mot est l’adaptation, qui nécessite une certaine souplesse dans les schémas d’organisation liée à une autonomie relative des terrains.

Pourtant, bien que la plupart des ONG revendiquent cette capacité d’adaptation, les schémas organisationnels comme les formations délivrées sur les enjeux de sécurité deviennent de plus en plus standardisés et externalisés. Certaines organisations sont désormais devenues des prestataires de formations rémunérées (comme RedR), et d’autres, comme l’International NGO Safety and Security Association (INSSA), entendent promouvoir des « normes » de sécurité qui seraient, à terme, nécessaires à une labellisation des ONG. Cette tendance normative est portée par une vision occidentalo-centrée de l’humanitaire, qui ne correspond plus forcément aux attentes des populations, et encore moins à celles des différentes parties au conflit. Les différents bailleurs internationaux soutiennent largement ce cadrage, et exigent désormais que le volet  « sécurité » soit explicitement précisé dans les projets de programmes proposés à financement. Dans certains cas, l’enveloppe « sécurité » peut aller jusqu’à 20% du budget total ! Pourtant, force est de constater aujourd’hui que les ONG diluent encore leur ligne budgétaire « sécurité » au sein des autres lignes car les gouvernements hôtes restent très sensibles sur cette question (comme au Soudan par exemple), et qu’il n’en existe pas d’évaluation financière précise.

 

Privilégier l’intelligence au renseignement

Les ONG sont donc confrontées à une double contrainte  et à une double réflexion. Tout d’abord, assurer sans discrimination la sécurité des acteurs humanitaires opérant dans la petite dizaine de pays comportant des risques majorés objectifs et réels. Et le faire d’une manière qui ne « militarise » pas leurs interventions mais qui, au contraire, exploite au maximum les avantages d’une acceptation par les populations. Deuxièmement, prendre en compte le cadre désormais élargi du concept de sécurité, et éviter de participer aux approches globales qui lient dans une connexion étroite la sécurité et l’aide (humanitaire et développement). Il s’agirait donc de prendre une position politique plus ferme et plus visible sur un refus de la stratégie 3D (Defense-Development-Diplomacy), comme l’a fait récemment OCHA (le Bureau de Coordination de l’Aide Humanitaire). Le Consensus Humanitaire Européen a également clarifié que l’aide humanitaire ne pouvait être un instrument de gestion des crises, mais le récent conflit en Libye a montré que beaucoup de gouvernements n’hésitaient pas à se servir de l’alibi humanitaire pour des interventions militaires aux objectifs éminemment politiques.

La technicisation et la privatisation croissantes des questions de sécurité par les ONG, officiellement motivées par des raisons d’efficacité opérationnelle et d’efficience économique, est également préoccupante. La gravité des enjeux soulevés, et le coût humain qui en résulte, interdisent toute polémique stérile, l’objectif étant bien évidemment de gérer au mieux la multitude de contraintes. Néanmoins, il ne faut pas renoncer à analyser cette question dans tous ses aspects – opérationnels, politique, sémantique -  ni à se remettre en permanence en question quant à sa potentielle instrumentalisation. Il ne peut donc exister de réponse globale à des situations majoritairement explicables par des facteurs locaux. Pour ne pas tomber dans le piège du discours d’une insécurité globale qui justifierait des mesures normatives généralisées, les ONG n’ont pas d’autre choix que de privilégier l’intelligence au renseignement.

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« Le Royaume de l’insolence à l’aune des prétentions occidentales »

Posté par Jérôme Larché le 3 juillet 2011

Notes de lecture pour Grotius.fr 

La guerre de l’ombre des français en Afghanistan (1979-2011), par Jean-Christophe Notin (Editions Fayard, 2011)
 

Dans ce livre-document, et à l’heure où la France est engagée pleinement dans la guerre menée par les occidentaux en Afghanistan, J.C. Notin mobilise l’histoire contemporaine pour remettre en perspective les relations complexes, faites à la fois de proximité et de distanciation, entre ces deux pays. Avec un parti pris chronologique, indispensable pour la cohérence d’ensemble, il dessine à coup d’esquisses la multiplicité des rapports qu’ont pu entretenir les différents acteurs, sans oublier de décrire les terribles conséquences pour la population afghane du Grand Jeu qui, depuis des décennies, se rejoue sur leur territoire.    Pendant des années, les acteurs humanitaires ont côtoyé des moudjahiddins, des agents des services de renseignement  (CIA[1] et DGSE[2] notamment), des officiers de l’ISI[3] – les redoutables services secrets militaires du Pakistan – , et bien sûr les troupes de l’armée soviétique de l’opération Chtorm 333. Dans ce Grand Jeu du XXème siècle, les populations civiles afghanes ont été les principales victimes. Victimes directes des attaques brutales des soviétiques ou des conflits entre les différents clans de moudjahiddins qui, dans le respect des règles de la guérilla, avaient besoin de cette population pour s’y fondre. Victimes indirectes du cynisme diplomatique des grandes puissances, France et Etats-Unis en tête, mais aussi de la volonté sans faille du Pakistan à garder la main sur l’avenir politique de son voisin afghan, afin de préserver une  profondeur stratégique  face à son puissant rival indien. 

Dans cette « quête afghane », les ONG humanitaires françaises ont joué un rôle majeur, n’hésitant à mêler altérité et parfois idéologie. L’auteur souligne en effet que, si certaines ont nettement franchi les limites de leur mandat humanitaire – en participant parfois même aux combats contre les soviétiques -, la plupart  ont contribué à apporter un soutien alimentaire, médical, et moral, à des populations vulnérables (mais aussi aux chefs de clans et de groupes de combattants qui contrôlaient ces zones). Beaucoup de médecins, infirmier(es), et journalistes n’ont pas hésité à recourir à la clandestinité pour passer la frontière pakistano-afghane (via les zones tribales du Nord-Ouest) et franchir des cols enneigés à plus de 4000 mètres d’altitude. Les ONG ont également participé à la mise en lumière de chefs de guerre comme Amin Wardak et Ahmed Shah Massoud, se livrant au passage à un intense travail d’influence auprès des gouvernements et décideurs politiques occidentaux. Après la guerre du Biafra, le conflit des années 80 en Afghanistan reste un des évènements fondateurs des  French doctors. Pour l’anecdote, les humanitaires français qui ont vécu ces années-là s’appellent encore entre eux, avec beaucoup de respect mutuel, les « afghans ». Comme la mémoire est souvent sélective, il n’est pas inutile de rappeler que de nombreuses ONG non-françaises ont, elles aussi, été présentes sur le territoire afghan. La deuxième partie du livre de J.C. Notin traite de la coalition internationale et de tous les acteurs (agents secrets, soldats, politiques) engagés depuis 2001 dans la traque des Taliban et d’Al-Qaida. La place des ONG, devenue de plus en difficile et dangereuse en raison des stratégies contre-insurrectionnelles et de l’approche globale voulues par la coalition, est également évoquée. L’auteur rappelle par ailleurs les dissensions au sein de la coalition otanienne sur les objectifs avérés de la guerre menée depuis 2001, et qui avait commencé par l’offensive « militaro-humanitaire » Bombs and Bread[4] , presqu’unanimement critiquée par la communauté humanitaire. Même Hubert Védrine, cité dans l’ouvrage, constate avec dépit : « Est-on là pour écraser les foyers de terrorisme ou pour démocratiser, éduquer, etc. ? On ment aux populations occidentales et afghanes en affirmant que nous aidons une population en difficulté, à la démocratiser, etc. – mais en fait, nous ne sommes là que pour défendre nos intérêts de sécurité. » 

J.C. Notin conclut avec perspicacité que « la France sait  peut-être mieux que d’autres que le royaume de l’insolence peut aussi être le cimetière des prétentions. » L’avenir dira si la récente volonté des Présidents Obama et Sarkozy de commencer le retrait de leurs troupes d’Afghanistan est le reflet de cette lucidité…   

NB : Le prix de l’essai de L’Express a été décerné le 23 juin dernier à J.C. Notin pour son dernier livre,  La guerre de l’ombre des Français en Afghanistan.  



[1] CIA : Central Intelligence Agency 

[2] DGSE : Direction Générale de la Sécurité Extérieure 

[3] ISI : Inter-Service Intelligence 

[4] « Bombes et Pain », le terme militaro-humanitaire étant bien entendu complètement antinomique et inapproprié.

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Otages : quelles leçons possibles?

Posté par Jérôme Larché le 3 juillet 2011

Edito Grotius.fr Juillet-Août 2011

La libération récente des journalistes Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier, otages depuis 18 mois en Afghanistan, est un soulagement réel pour leurs familles, pour les autorités françaises, mais aussi pour de nombreux français qui, jour après jour, suivait le compteur affiché par leur confrères. Cette libération ne doit pas faire oublier que neuf autres français restent retenus en captivité, dans des conditions quasi-inconnues, que ce soit en Somalie, au Yemen et Niger.

Hormis leur nationalité française, les statuts de ces otages, comme les circonstances de leur enlèvement, sont bien différents. Peut-on ainsi comparer les situations de l’agent de la DGSE enlevé en Somalie à celui des quatre français d’AREVA enlevés au Niger, ou à celle des trois humanitaires de l’ONG Triangle Génération Humanitaire enlevés au Yemen ? Probablement pas, car les motivations et les objectifs (politiques et/ou financiers) des ravisseurs ne sont pas les mêmes. On peut toutefois établir un certain nombre de constats.

Tout d’abord, il s’agit d’une véritable situation de crise, quelque soit l’institution concernée (gouvernement, entreprise, ONG), qui va remettre en question des modalités opérationnelles antérieures, voire faire stopper des activités jugées jusque là essentielles.

Ensuite, la gestion de crise est un processus multiforme et de longue haleine, qui va éventuellement nécessiter la participation de « spécialistes » de la négociation qui, même si la médiatisation de certains otages a pu paraître bénéfique, travaillent dans la discrétion.

Si une prise d’otage(s) n’est jamais neutre, la façon dont celles-ci sont traitées sur le plan médiatique ne l’est pas non plus. Les journalistes ont fait le choix clair de médiatiser les situations qui touchent leurs confrères. Cette attitude n’est pas nouvelle, si l’on se rappelle des enlèvements dans les années 80 en Afghanistan. Les militaires et les agences gouvernementales font le choix de la discrétion, choix logique par rapport à leur « culture », mais aussi peut-être parce que les enjeux politiques et opérationnels sont différents. Contrairement aux enlèvements d’humanitaires médiatisés en Afghanistan il y a quelques décennies (celui du Dr Augoyard, par exemple), les responsables d’ONG humanitaires préfèrent aujourd’hui le « profil bas » et privilégient la discrétion des négociations, activant aussi leurs réseaux locaux pour obtenir des informations.

De plus, des prises d’otage de journalistes ou d’humanitaires, ne peuvent être le prétexte à une remise en question du droit d’information ou du droit d’initiative humanitaire sur des terrains de conflits qui, par définition, sont des terrains dangereux. L’analyse préalable – et approfondie – des enjeux de sécurité et la connaissance des déterminants locaux d’une possible insécurité restent bien sûr indispensables, mais ne peuvent à eux seuls interdire toute action. Sur un plan plus tactique, des critiques ouvertes sur le comportement de tel ou tel, alors qu’il est captif, comporte des risques objectifs de rendre encore plus difficile les négociations en cours. Toujours est-il que la gestion médiatique des prises d’otages nécessite beaucoup de retenue, tant les inconnues sont nombreuses, et la tentation de leur instrumentalisation politique, abandonnée.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’il y a souvent des otages d’autres nationalités impliqués avec des otages français (comme le togolais et le malgache enlevés à Arlit au Niger, et relâchés depuis).

  

Une prise d’otage constitue donc un événement extrêmement déstructurant, à l’image d’une onde qui se propage en cercles concentriques de plus en plus larges, même si l’impact le plus fort atteint en premier lieu les victimes et leur entourage proche. A l’issue d’une telle crise, des édifices solides peuvent se renforcer, mais aussi se fissurer et parfois s’écrouler.

 

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« Afghan Road » : la guerre privatisée d’Afghanistan

Posté par Jérôme Larché le 25 juin 2011

L’article « Afghan Road »: la guerre privatisée d’Afghanistan est disponible en fichier pdf sur le site de la Fondation pour la Recherche Stratégique.

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3 humanitaires français de l’ONG Triangle Génération Humanitaire, enlevés au Yemen

Posté par Jérôme Larché le 28 mai 2011

INFO EXPRESS sur rtl.fr

« Trois travailleurs humanitaires français, deux femmes, âgées de 26 et 29 ans et un homme de 32 ans, ont disparus samedi dans la province yéménite méridionale d’Hadramout, a annoncé un responsable de la sécurité locale. Ils ont été kidnappés lors d’un déplacement dans la ville de Sayoun. Ces Français étaient présent sur place depuis le mois de mars et font partie de l’organisation Triangle Génération Humanitaire. Le Quai d’Orsay, qui a confirmé l’information, est mobilisé au centre de crise à Paris, comme à son ambassade à Sanaa, la capitale yéménite. Les forces de sécurité se sont lancées à la poursuite des ravisseurs des trois Français, qui ont été kidnappés après avoir quitté un restaurant, a ajouté le responsable yéménite.

« Nous confirmons que nous sommes informés de la disparition de plusieurs compatriotes au Yémen, il s’agit de trois personnes », a déclaré le porte-parole du ministère Bernard Valero. « Nous ne sommes pas en mesure pour l’instant de dire s’il s’agit d’un enlèvement. »
   
Les autorités françaises mettent tout oeuvre pour retrouver ces personnes, a-t-il ajouté.
   
A Aden, un responsable de la sécurité locale a affirmé que les trois Français – deux femmes et un homme – avaient été enlevés à la sortie d’un restaurant dans la province d’Hadramout. « 

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Privatiser la guerre en Libye est tentant mais dangereux

Posté par Jérôme Larché le 20 mai 2011

Article paru sur Slateafrique.com le 19/05/11

 

Le conflit armé en Libye attire des mercenaires dans les deux camps. Mais la sous-traitance de missions à des sociétés militaires privées brouille les cartes.

Privatiser la guerre en Libye est tentant mais dangereux dans Crises et conflits benghazisoldat

Des civils volontaires dans l’armée des insurgés s’entraînent à Benghazi, le 11 mai 2011. REUTERS/Mohammed Salem

 

Pierre Marziali, président de la Secopex, société militaire privée française, est décédé lors d’un contrôle des rebelles libyens à Benghazi, le 12 mai dernier. Il semblerait qu’il essayait, en compagnie de 4 autres hommes dont l’un a été blessé durant l’accrochage, de contacter les officiels du Conseil National de Transition (CNT). La Secopex avait en effet le projet d’implanter un bureau à Benghazi, actuelle «capitale» des insurgés libyens, afin de proposer du conseil militaire privé et de l’appui stratégique et opérationnel. Abdel Hafiz Ghoga, le vice-président du CNT, les accuse pourtant aujourd‘hui d’espionnage.

Une société militaire privée «à la française»

Bien que leur objectif réel en Libye ne soit pas encore clarifié, il semblerait que les projets de cette entreprise militaire et de sécurité privée (EMSP) aient déjà suscité l’intérêt de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) et de la Direction de la Protection de la Sécurité de la Défense (DPSD), autrement dit, les organes de renseignement civil et militaire de l’Etat français.

Crée en 2003 par Pierre Marziali, ancien sous-officier du 3e Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine (RPIMa) de Carcassone, cette société militaire privée du département de l’Aude s’était fait connaître en 2008 lorsqu’elle avait décroché un important contrat pour assurer la sécurité maritime en Somalie, aux eaux toujours infestées de pirates. La Secopex était alors tenue de créer une unité de garde-côtes et une unité côtière de renseignement, ainsi que d’assurer «le renforcement des affaires maritimes, des douanes et de la gendarmerie maritime». Cette EMSP avait alors le projet de proposer des escortes ou la présence de personnels armés à bord des bateaux croisant les côtes somaliennes, sachant que 300 à 400 navires de commerces empruntent quotidiennement cette route. La formation des personnels somaliens devait se faire dans des centres situés à la fois sur Djibouti et dans une île au Sud de la Somalie.

La réalité n’a toutefois pas été à la hauteur de ces ambitions puisqu’il semble, malgré les 2.000 «personnes mobilisables» (selon les dires du patron de la Secopex), qu’aucune action concrète n’ait été mise place. Ainsi, après l’Irak, le Kurdistan, la Centrafrique, et la Somalie, la Libye constitue donc un nouvel échec pour la Secopex.

Parmi les autres protagonistes impliqués à Benghazi, on trouve également un certain Robert Dulas. Cet acteur de la «Françafrique» —ancien conseiller des présidents ivoirien Robert Gueï et centrafricain François Bozizé, et actuel «ambassadeur plénipotentiaire» du pouvoir nigérien— a lui-même reconnu que la Secopex avait offert ses services aux deux parties. C’est-à-dire au régime du colonel Kadhafi et au Conseil National de Transition libyen. On pourrait donc penser que la volonté de «neutralité» (et d’objectif financier) de la Secopex a pu leur être préjudiciable. Toutefois, la présence dans ce «groupe d’experts», de Pierre Martinet, ancien agent de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) —et accusé d’avoir fait espionner Bruno Gaccio à Canal Plus en 2005—, crée une confusion supplémentaire dans la compréhension réelle des faits.

Tactique hasardeuse et turbulences diplomatiques

Ce fait divers, endeuillé par la mort d’un homme, intervient alors que les frappes de l’Otan semblent insuffisantes à compenser l’inefficacité des insurgés du CNT pour prendre, significativement et durablement, du terrain aux troupes loyalistes de Kadhafi. Or, la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies interdit formellement l’envoi de troupes de la coalition sur le sol libyen. La présence de cette société militaire privée, qui plus est française, jette donc un certain malaise. En clair, il semble impossible que personne n’ait été au courant de leur projet, mais qu’à priori, aucune interdiction formelle pour cette action n’ait été formulée. Hasardeuse sur le plan tactique (un homme tué et les autres en prison), la médiatisation de cette (tentative d’)action risque d’être compromettante sur un plan stratégique et diplomatique.

La France et la Grande-Bretagne ont en effet été les premières à dénoncer l’utilisation de mercenaires par le colonel Kadhafi, dont les estimations varient de 500 à 6.000, et dont les nationalités sont très diverses: Guinée, Ghana, Centrafrique, Tchad, Niger, Mali, Soudan et Somalie. Selon certains chercheurs, il y aurait aussi des «soldats de fortune» européens, bélarusses, serbes, anglais, belges, grecs, et même français. Ces mercenaires européens, payés plusieurs milliers de dollars par jour, seraient des spécialistes de l’armement lourd et des pilotes d’hélicoptères, mais leur présence n’a pas pour l’instant pas été confirmée officiellement. Ni par l’Otan, ni par l’Union Européenne, ni par des ONG présentes sur le terrain comme Human Rights Watch.

Dans l’histoire des conflits, l’utilisation de mercenaires et d’armées privées n’est pas une nouveauté, mais la réduction globale des budgets de la défense et l’économie «politique» qu’elle permet (la plupart du temps, la mort de ces derniers n’est pas comptabilisée et donc invivisible aux yeux de l’opinion publique), rendent à nouveau cette option envisageable pour de nombreux Etats.

La tentation dangereuse de la privatisation de la guerre

Le débat sur l’utilisation des entreprises militaires et de sécurité privées, que certains appellent également sociétés d’appui stratégique et opérationnel, a été réactivé en France avec les questionnements récents du ministère de la Défense français sur le degré d’externalisation qu’il devait opérer. Les conflits récents en Irak et en Afghanistan, et dans lesquels ont participé de nombreuses EMSP anglo-saxonnes, ont mis en évidence les importantes dérives opérationnelles, financières et politico-stratégiques, ainsi que les conséquences humaines désastreuses qui pouvaient en découler. Le modèle économique et les capacités opérationnelles des sociétés militaires privées «à la française» ne sont aujourd’hui pas comparables à celles de leurs grandes sœurs anglo-saxonnes. Cela ne dispense pourtant pas de réfléchir aux enjeux actuels de leur régulation/contrôle par les Etats, de leur redevabilité («accountability») au regard du droit international humanitaire, et de la façon dont les Etats doivent continuer à exercer leur pouvoir régalien, particulièrement sur les terrains de conflits armés.

Il est néanmoins certain que la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, interdisant l’envoi de forces armées occidentales sur le sol libyen, limite de facto les options possibles de l’Otan pour éviter un nouveau «bourbier» ou un nouvel «enlisement». Dans ce contexte, l’utilisation de contractors expérimentés —et privés— risque de devenir un moyen attrayant, du moins en théorie, afin de pallier aux carences tactiques et stratégiques des rebelles libyens, soutenus militairement et diplomatiquement par les pays occidentaux, et notamment par ceux de l’Otan. Toutefois, le bilan de la privatisation de la guerre, menée actuellement en Afghanistan par les Américains et les troupes de la coalition de l’Otan, est éloquent. Les militaires américains reconnaissent eux-mêmes que les EMSP ont induit, outre des coûts financiers majeurs et des difficultés de gestion pour la chaîne de commandement, des effets négatifs sur les objectifs politiques et militaires de la stratégie contre-insurrectionnelle.

Malgré les contraintes et les difficultés rencontrées actuellement en Libye, les pays occidentaux ne doivent donc pas céder à la tentation d’utiliser des forces militaires privées, au risque de perdre tout contrôle et toute légitimité sur une situation déjà très complexe. Le malheureux épisode de la Secopex doit être considéré comme un signal d’alerte sur les possibles dommages collatéraux engendrés par une privatisation du conflit libyen. Dans une attitude pragmatique et sans posture idéologique, les responsables politiques et militaires devraient raisonnablement en tenir compte.

 

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Libye: l’alibi humanitaire cache la désunion de l’UE

Posté par Jérôme Larché le 19 avril 2011

Article paru sur www.youphil.com le 19 avril 2011

 

Et si le conflit libyen durait? Telle est notamment la crainte  de Gérard Longuet, le Ministre français de la Défense, alors même que la légitimité de Kadhafi est en pleine érosion aux yeux de ses concitoyens comme de l’opinion internationale. Cet enlisement, dû en partie à la précarité organisationnelle des rebelles libyens comme à la volonté guerrière des forces pro-Kadhafi, est en train de se cristalliser dans les combats de guérilla urbaine qui se déroulent actuellement à Misrata. Cette « ville-martyre » a déjà vu le déplacement de plusieurs milliers de personnes, et les victimes des armes à sous-munition sont confirmées par de nombreuses sources médicales.

Dans ce contexte, l’aide humanitaire est difficile de mettre en œuvre. Mais elle s’organise pour fournir une assistance impartiale aux populations civiles victimes du conflit, et vivant dans des conditions précaires.

Dans le même temps où naissait une polémique soulevée par le Ministre français des Affaires Etrangères, Alain Juppé, sur le degré réel d’engagement de l’OTAN, l’Europe peine à faire entendre sa voix. Que l’on soit d’accord ou non avec les choix faits, les Nations Unies comme l’OTAN ont pris une décision politique, l’une en votant la résolution 1973, l’autre en joignant ses forces militaires à la coalition franco-britannique.

Désaccord franco-allemand

Le couple franco-allemand, moteur politique de l’Europe des 27 Etats-membres, n’a pu qu’étaler son désaccord lors du vote de la résolution 1973 au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il n’est pas sûr que les 40 millions d’euros débloqués par l’Union Européenne pour aider les populations civiles libyennes suffisent à construire une politique étrangère crédible.

D’autre part, la décision prise le 1er avril dernier de déployer une force militaire afin d’assister l’aide humanitaire, baptisée « EUFOR Libya« , et la pression exercée par les Etats membres de l’UE auprès d’UNOCHA (l’organisme de coordination de l’aide humanitaire des Nations-Unies) pour exiger sa mise en œuvre, ne sont pas de nature à rassurer sur la capacité européenne actuelle à produire une volonté politique collective, susceptible de favoriser la résolution de ce conflit. Comme l’a très récemment et très justement noté VOICE – la plate-forme des ONG européennes basée à Bruxelles -, cette opération militaire ne peut être mise en œuvre qu’à la demande d’UNOCHA et dans le cadre pré-établi du MCDA (guidelines sur l’utilisation des moyens militaires et de protection civile pour épauler les activités humanitaires en situations d’urgences complexes).

Ce cadre, rappelé récemment par Valérie Amos – responsable d’UNOCHA – aux responsables de l’OTAN et du Service d’Action Extérieure de l’UE, stipule que « toutes les alternatives civiles doivent avoir été explorées » avant d’envisager un soutien par des moyens militaires. Ceux-ci doivent « rester sous coordination civile« , et « respecter la nature neutre et basée sur les besoins (impartialité) de l’aide humanitaire« . Selon le traité de Lisbonne, tout comme l’initiative du Good Humanitarian Donorship et le Consensus Humanitaire Européen, l’action humanitaire doit rester neutre et impartiale. Elle ne peut servir d’outil de résolution des crises.

Une force européenne inutile

Au-delà de la situation difficile pour les populations civiles, la position des humanitaires sur le terrain libyen est que, pour l’instant, il n’y a pas besoin du déploiement de cette force européenne, dont le qualificatif antinomique « militaro- humanitaire », a déjà prouvé sa faiblesse conceptuelle et ses insuffisances opérationnelles sur des terrains comme le Kosovo, la Somalie, ou l’Afghanistan.

La confusion des genres entre action humanitaire et opérations militaires des forces armées internationales brouille l’image des ONG et des agences humanitaires, et peut amener les populations à douter de leur impartialité et de leur indépendance. Les organisations humanitaires sont soucieuses de pouvoir préserver en tout temps et en tous lieux l’accès aux populations civiles vulnérables. Cette confusion, entre les humanitaires et les instruments du pouvoir politique que sont les militaires, peut constituer une menace non seulement en termes d’acceptation par les communautés (l’acceptation étant une pierre angulaire de la sécurité des programmes et des équipes), mais aussi en termes de participation active aux programmes.

Les Etats-membres de l’UE, tout comme sa diplomatie, doivent plutôt faire entendre leur union et leur force politique face aux enjeux complexes de la crise libyenne et à son risque « d’ensauvagement », plutôt que de se réfugier derrière l’alibi humanitaire pour cacher leur désunion. Reconnue comme un acteur mondial de la solidarité et un modèle politique d’intégration propice à favoriser la paix, l’UE peut aujourd’hui faire fructifier ce capital de crédibilité en séparant clairement ce qui relève du politique et de l’humanitaire.

Une instrumentalisation de l’aide humanitaire, aujourd’hui en Libye, ne masquera en rien le manque de cohésion et de politique étrangère de l’UE. Au contraire, il ne fera que le souligner.

 

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Le choix des maux…

Posté par Jérôme Larché le 11 avril 2011

 A lire aussi sur www.grotius.fr dans la rubrique « Décryptages »

Après la mort brutale des deux jeunes français enlevés par l’organisation Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) le 8 janvier 2011, un collectif comptant certaines des plus grosses ONG humanitaires françaises a souhaité, dans un courrier adressé au Premier Ministre ainsi qu’aux Ministres des Affaires Etrangères et de la Défense, exprimer ses inquiétudes sur la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, mais aussi sur les options opérationnelles choisies par le gouvernement français pour essayer de récupérer les otages – action militaire sans négociation préalable – et leurs conséquences sur la sécurité des personnels humanitaires.

Les ONG, cibles du terrorisme « glocal »

Comme dans beaucoup d’autres zones, comme le Pakistan ou la Somalie, les risques liés à la sécurité se sont singulièrement accentués dans le Sahel pour les ONG humanitaires. Ces nouvelles menaces sont principalement issues  de ce qu’on peut appeler le terrorisme « glocal[1] ». Il s’agit d’un terrorisme se basant sur des dynamiques locales, tribales, faites d’alliances et de défections opportunistes, alimenté par des trafics d’armes, de drogue voire d’êtres humains, et de techniques de guérillas adaptées à chaque contexte, dans le désert sahélien comme dans les montagnes inhospitalières entourant la ligne Durand.

Toutefois, la rhétorique utilisée par ces groupes terroristes, qu’ils soient katiba ou taleban, est celle du djihad global et leurs modalités de communication mêlent habilement techniques high-tech de l’information (Internet, téléphones satellitaires), véhicules 4×4 transformés et pratiques ancestrales des porteurs de messages, indétectables par le renseignement électronique et satellitaires. Les stratégies d’acceptation mises en place par les ONG, et visant à améliorer les liens avec les populations locales, ne semblent plus efficaces pour contrer – ou tout au moins atténuer – les risques d’une perception négative liées à leur origine occidentale.

Le choix fait par le gouvernement français de réagir avec rapidité et force en réponse à la prise d’otage de Niamey, constitue donc une source d’inquiétude pour les ONG, tant en raison du risque pris pour les otages que pour le danger d’une assimilation supplémentaire entre gouvernement français et organisation NON gouvernementales.

ONG humanitaires / Etat : une subordination impossible

L’interrogation des ONG françaises sur leur «  relation à l’Etat français », et notamment sur leurs capacités à garder une indépendance politique et opérationnelle, seules garantes d’une réelle impartialité, est donc parfaitement légitime. Le questionnement du pouvoir sur la responsabilité du devoir d’assistance, qui « ne peut être subordonné aux intérêts, politiques, militaires et stratégiques », notamment dans un contexte de conflit armés ou de crise complexe, est également primordial pour au moins deux raisons.

Premièrement, il s’agit de confirmer l’autonomie du droit d’initiative humanitaire dont disposent aujourd’hui les ONG pour porter secours à des populations, et leur garantir un accès aux besoins élémentaires que sont la santé, l’eau ou la nourriture. Deuxièmement, ce concept de droit d’initiative peut s’étendre à d’autres professions, comme les journalistes. La polémique sur les réactions initiales du gouvernement face à l’enlèvement des deux journalistes français dans la province afghane de Kapisa, au nord-ouest de Kaboul le 31 décembre 2009, montre que ce débat est loin d’être clos.

Si la réaction des ONG françaises aux évènements tragiques du Sahel constitue une réponse logique et légitime, est-elle pour autant, complètement crédible ? Il ne s’agit pas de faire polémique sur les motivations profondes de cette lettre (l’enlèvement et l’assassinat de ces deux jeunes français), mais plutôt de discuter certains paradoxes du discours qui fragilisent la démarche, ainsi que d’apporter quelques éléments de réponses possibles pour les ONG.

Une diversification financière indispensable

Le premier paradoxe est celui de l’indépendance politique et opérationnelle, revendiquées à juste titre par les ONG, mais qui fait totalement l’impasse sur les enjeux de l’indépendance financière. Les ONG humanitaires françaises ne peuvent pas, aujourd’hui, faire l’économie de ce débat et doivent donc, avec lucidité évaluer le degré d’interpédendance qui les lie à leurs différents bailleurs, qu’ils soient français, européens, ou autres.

La question de la diversification financière des bailleurs, ainsi que celle des modes de régulation entre bailleurs et acteurs opérationnels, deviennent aujourd’hui d’autant plus urgentes, au vu des restructurations actuelles de l’aide humanitaire européenne et de l’état des finances publiques des Etats européens.

Une terminologie inappropriée

Le deuxième paradoxe est celui de l’utilisation, par les ONG humanitaires, de la terminologie de « guerre contre le terrorisme », non pour la dénoncer mais pour expliquer qu’elle s’étend au Sahel. Or, cette terminologie « bushienne » n’avait pas été utilisé au préalable par le gouvernement français. En effet, parler de « guerre contre le terrorisme » au Sahel est justement l’élément de légitimation[2] attendu par AQMI, le posant comme adversaire militaire reconnu par l’Etat français. Son utilisation lors de ce courrier semble donc plutôt contre-productive et aurait nécessité, en tout cas, plus de critiques et de précisions.

L’oubli fâcheux du Consensus Européen pour l’Aide Humanitaire

Enfin, le troisième paradoxe ressort de la perception « réactive » de cette lettre, et de l’absence d’indications sur une attitude proactive des ONG dans la réflexion sur la gestion des relations entre organisations humanitaires et pouvoir politique. Pourtant, les ONG, sous la houlette de leur consortium européen – VOICE -, comme les Etats européens et ECHO[3], ont déjà travaillé ces questions.

Le résultat final est un document signé par les 27 Etats-Membres de l’Union Européenne et approuvé par le Parlement Européen en décembre 2007 : le « Consensus Européen sur l’Aide Humanitaire[4] ». Celui-ci répond en fait, avec clarté, à de nombreuses questions posées par les ONG signataires de la lettre adressée au gouvernement français.

Encore s’agit-il de savoir que ce Consensus Européen sur l’Aide Humanitaire existe, et le promouvoir à bon escient. La plate-forme non gouvernementale VOICE regroupe, quant à elle, plus de 80 ONG européennes, qui ont validé un cadre de principes et de bonnes pratiques en matière de relations entre militaires / pouvoir politique et humanitaires[5]. Les outils existent donc, mais sans une volonté politique forte des ONG concernées pour les utiliser, ils resteront inefficaces en tant qu’instruments de plaidoyer.

Ce « décryptage » n’a pas vertu à susciter de polémique, tant la gravité du sujet et l’analyse des enjeux sont importantes. Importantes pour les ONG humanitaires qui s’efforcent de porter secours aux populations vulnérables mais dont les « modus operandi » vont devoir s’adapter aux nouveaux défis de sécurité, en développant notamment les partenariats locaux. Importantes pour l’Etat français qui a la responsabilité de ses concitoyens se trouvant à l’étranger, et à fortiori dans des zones instables, mais qui doit rester dans son périmètre et ne pas être tenté d’instrumentaliser l’aide humanitaire, même s’il en finance une partie.

Importantes, enfin, pour préserver un modèle de société où l’Etat conserve ses pouvoirs régaliens mais puisse se faire interpeller par ses citoyens, et surtout dans lequel les droits d’initiatives – humanitaire comme journalistique – puissent être respectés, même sur les terrains dangereux.

 

[1] J. Larché. Les défis du terrorisme « glocal ». Janvier 2011 www.grotius.fr/les-defis-du-terrorisme-%C2%ABglocal%C2%BB-une-nouvelle-opportunite-pour-les-ong-humanitaires-occidentales/
[2]
J.F. Daguzan. Al Qaida au Maghreb islamique: une menace stratégique? Fondation pour la Recherche Stratégique, 30 juillet 2010 http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/dossiers/aqmi/doc/aqmi.pdf

[3]
ECHO : Office d’Aide Humanitaire de la Commission Européenne

[4] « European Humanitarian Consensus » http://ec.europa.eu/echo/files/media/publications/consensus_fr.pdf
[5]
http://www.ngovoice.org/documents/CIV%20MIL%20POLICY%20DOCUMENT%20_%20FINAL.pdf

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Wikileaks Reveals U.S. Tax Dollars Fund Child Sex Slavery in Afghanistan

Posté par Jérôme Larché le 12 décembre 2010

Par Amanda Kloer

dyncorp1.bmp 

The now infamous Wikileaks recently released a cable from Afghanistan revealing U.S. government contractor DynCorp threw a party for Afghan security recruits featuring trafficked boys as the entertainment. Bacha bazi is the Afghan tradition of « boy play » where young boys are dressed up in women’s clothing, forced to dance for leering men, and then sold for sex to the highest bidder. Apparently this is the sort of « entertainment » funded by your tax dollars when DynCorp is in charge of security in Afghanistan.

DynCorp is a government contractor which has been providing training for Afghan security and police forces for several years. Though the company is about as transparent as a lead-coated rock, most reports claim over 95% of their budget comes from U.S. taxpayers. That’s the same budget that DynCorp used to pay for a party in Kunduz Province for some Afghan police trainees. The entertainment for the evening was bacha bazi boys, whose pimps were paid so the boys would sing and dance for the recruits and then be raped by them afterward. That’s your tax dollars at work — fighting terrorism and extremism in Afghnistan by trafficking little boys for sex with cops-in-training.

In fact, the evidence linking DynCorp to bacha bazi was so damning, Afghan Minister of the Interior Hanif Atmar tried to quash the story. Upon hearing a journalist was investigating DynCorp and the U.S. government’s funding of the sex trafficking of young boys in Afghanistan, Atmar warned any publication of the story would « endanger lives, » and requested the U.S. suppress the story. Atmar admitted he had arrested eleven Afghans nationals as « facilitators » of the bacha bazi party. But he was only charging them with « purchasing a service from a child, » which is illegal under Sharia law and the civil code. And in this case « services » is not used as a euphemism for sex; so far, no one is being held accountable for the young boys whose rapes were paid for by the U.S. taxpayers.

As if this story couldn’t get any more outrageous, Atmar went on to say that if news of the incident got out, he was « worried about the image of foreign mentors ». In other words, why should something as piddling as the humiliation, objectification, sale, and rape of some children tarnish the good name of DynCorp and all the work (read: money) they’re doing in Afghanistan? After all, bacha bazi is growing in popularity in Afghanistan, especially in areas like Kunduz. Why shouldn’t U.S. government contractors be able to win local favor by pimping young boys?

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The role of military during and in the aftermath of natural disasters

Posté par Jérôme Larché le 5 décembre 2010

 Présentation de JL au 13eme Congrès Humanitaire de Berlin – 15 octobre 2010

The year 2010 has been particularly impacted by major humanitarian crisis, both in conflict and natural disasters settings, and effectively associates more than ever trauma, chaos and politics. Introduction 

Relationship between civilian and military/combatants constitute a critical issue to humanitarian NGOs which are confronted by manifold challenges in their relations with these military actors, including international peacekeeping forces, state and non-state armed forces, armed groups and combatants.  

The ability of NGOs to deliver assistance in times of conflict and natural disasters depends on their ability to maintain their humanity, impartiality, neutrality and independence from any political agenda involved in a natural disaster, particularly in case of pre-existing conflict as in Pakistan. 

Associations with any party to the conflict whether indeed real or perceived, can compromise their access to affected populations. For this reason, ‘civil-military relations’ (Civ-Mil) poses numerous challenges and is a critical policy and operational issue for humanitarian NGOs. 

In recent years, humanitarian NGOs have witnessed an increasing use of humanitarian discourse by policy-makers and military officials to describe political strategies and military operations. 

This contestable labelling undermines the distinctions between humanitarian assistance and political forms of intervention in crisis situations. This blurring of the lines is damaging both to the conflict / natural disaster affected population, and to our humanitarian mandates. 

Through Haiti and Pakistan examples, I will try to focus on the need, for humanitarian community, of a clear and collective stance towards relationship between military (regular and privates ones) and humanitarian actors. 

Earthquake in Haiti (January 2010) 

The earthquake in itself was barely foreseeable, but that was not the case for its humanitarian and sanitary consequences. It also highlighted another crisis, political and social one, which last since Haiti’s independence, in 1804. Before the earthquake, 80% of the population was living with less than 2 dollars per day, and with a child mortality rate of almost 60/ 1000 births and GNP / inhabitant of 1300 dollars. Under the UNDP classification, Haiti is located at the 203rd place on 229 countries. After the earthquake, American forces entered very rapidly in Haiti, to restore and control Port-au-Prince airport. Some OCHA representatives argued for a better efficiency in aid delivery that a foreign army (the US army) did not let the control to civilian authorities, UN or Haitian authorities as well. However, some facts show that this military control led to some problematic issues: 

-          Some planes transporting mobile hospitals have been unable to land; -          American or Canadian citizen have been prioritized, mobilizing helicopters and other aid logistics; 

-          Some Haitians have been refused to enter public hospitals by American armed forces,… At this time, some NGOs accepted this integrated approach where objectives were not only humanitarian, but sometimes also political. What is more problematic is that they accepted to function under military control, and not civilian control, which is contrary to Oslo guidelines. This situation led to an altered perception of aid, seen sometimes as partial, and which maybe participated to the already difficult security context. 

However, logistics and transportation provided by American forces have been helpful, given the huge needs encountered, but crisis disaster response modalities and its coordination should have been more rapidly transferred to a civilian control. This militarization of aid led to a potentially and deleterious confusion. Floods in Pakistan (August 2010) 

In late April / May 2009, after a previous agreement aborted, the Government of Pakistan launched a large-scale military operation against pro-Taliban militants in Buner, Lower Dir, and Swat Valley (districts located in NWFP). The local civilian population either started moving out or have been trapped in the hostilities area, hardly accessible to external aid. The majority of those who left, fled into Peshawar, Mardan and Swabi districts, although some displacement has also been reported towards other areas of the country such as Islamabad / Rawalpindi or Lahore. This sudden vast displacement of population adds on the previous displacements all over western Pakistan, caused by the ongoing conflicts in Afghanistan, in NWFP, in the FATA[1] and in Baluchistan. 

According to the UN Logistics cluster and Pakistani authorities, the total number of displaced people and new IDPs was estimated between 1.6 and 2.2 million people. The observed pattern of displacement[2] was that the majority of displaced families did not accommodate within the available IDP camps. 80% of the displaced population (up to 90% in Swabi district according to our analysis) was instead finding shelter within host families, placing then excessive burden on those families, or gathering in some “spontaneous gathering points” such as school facilities or public premises. Combined to a precarious situation before the crisis for the whole population, this led to an extra burden on host population which had to share little it owns and leading to pauperization. 

Following a central governmental decision, NWFP government announced on last July that IDPs should go back to their villages of origin as soon as areas are declared “clear and safe”. Unfortunately, this was not the case, and many violations on IDP guiding principles, notably by forced returns, were observed 

Last but not least, by end of July monsoon has shown signs of greater scale than previous years, foreseeing potential impacts in area of intervention. Further assessments guided MdM to develop specific response to urgent needs in districts such as Nowshera & Charsadda, and to increase the scope of health services in Kohat district with the set-up of a Diarrhoea Treatment Center. In this highly sensitive political and military context, with a combination of WHAM and counter-insurgency strategies, NGOs movements were severely controlled by Pakistani military forces and did not reach all conflict- and disaster-affected populations. 

In southern parts of the country, as in Sindh Province, such a conflict context was not present but forced displacements of populations, led by militaries, were also observed. 

Possible rules of regulation 

In natural disaster settings, the use of military assets as a last resort for humanitarian operations must be under civilian control, thus avoiding any association between humanitarian aid and a military or political objective which could hinder the overall humanitarian efforts. 

In accordance with international legal instruments and guidelines (such as International Humanitarian Law, Oslo and MCDA guidelines, IASC reference paper on civmil relationship in complex emergencies), humanitarian actors are to maintain a clear distinction from military/combatant actors in their identities and actions as per their recognized roles and mandates. 

In relief operations, civil protection is the organization of civilian bodies designated to respond to a range of emergency measures in the event of natural, environmental and/or industrial disaster. In the European Union, the civil protection resource is another instrument which European humanitarian aid may draw on. These assets, when deployed in a humanitarian context in third countries, are under civilian command and in principle deployed in response to a formal request from the affected state. 

Even if the Lisbonne Treaty is quite ambiguous towards possible roles of humanitarian actors, the European Union recently re-emphasized the commitment to principled humanitarian action in the European Consensus on Humanitarian Aid (December 2007). VOICE, a platform of 86 european international NGOs, calls for the implementation of this joint policy statement which has been signed by European Commission, European Parliament, and the 27 EU Member States in order to ensure the access and space for independent humanitarian action. It is important also to recall that humanitarian action is neither an instrument for resolving conflict or managing crises, nor a mean for fighting against terrorism. 

This collective stance is, to my point of view, a mandatory condition to safeguard our access anywhere and anytime to vulnerable populations that is now under threat from this confusion. I am convinced that this confusion threatens not only acceptance of our work by communities but also their participation in it – acceptation and participation being key elements for the security of our programs and teams – and, as a result, compromise our actions. It is therefore necessary to be determined to remain an impartial and independent player, and concerned to be made a potential tool of any government’s policy. Coordination between humanitarian actors and military/combatants should be avoided, particularly in conflict areas. 

We can, however, recognize that dialogue with armed forces can be necessary to make delivery of aid more effective, to save lives, promote humanitarian principles, avoid competition and minimize inconsistency. Such dialogue can take place only if it poses no security issue for the beneficiary population, for local partners and for our teams, and if it does not compromise our impartiality. 

We encourage the entire humanitarian community to promote, in all circumstances, VOICE policy statement and operational recommendations, which has been already adopted at the European level by 86 international NGOs in 2009, and shared with DG ECHO, in Brussels. Because of climate change, natural disasters are supposed to be more frequent in the following years, but their consequences on populations will be hardened by pre-existing social precarity and poverty, as it has been shown in Haiti, in Pakistan or even in New Orleans, after Katrina hurricane. More efficient and proactive disaster response preparedness mechanisms and a strict adherence to Oslo guidelines by all actors are important steps we need to promote. 

Moreover, the situation can be ever more critical if complex emergencies and natural disaster are associated, as in the recent Pakistan floods crisis or in Sri-Lanka after the Tsunami in 2006. For all these reasons, we have to talk with military, particularly those promoting integrated- or comprehensive-approach as NATO, in order to explain our positions …but a “safe distance” should be maintained between humanitarian and military. A distance aimed at promoting a constructive dialogue but also aimed at impeding a deleterious confusion. 

In these difficult contexts, we know also that sometimes we need to make some compromise with our principles and that we need to be pragmatic. That‘s why it seems to me so important to have a shared, clarified and promoted principles framework on humanitarian-military relationship issue, not only in conflict settings, but also in natural disasters settings.   



[1] Federally Administered Tribal Areas 

[2] This pattern of displacement is identical to the one that we observed following the 2005 earthquake in the nearby Hazara division, and the main reasons for people not willing to settle in IDP camps would be that camp settings do not enable IDP groups to maintain their social organisation (high density of people vs. village life) nor their cultural organisation. More pragmatically, camps are not adequate settings for those of the IDPs that left with belongings and cattle, and the high temperatures in these areas at the time being make it uneasy to live under tents. 

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