Le gouvernement veut expulser les étrangers malades: Nous, médecins, continuerons à les soigner

Posté par Jérôme Larché le 4 mai 2011

Communiqué de presse – mercredi 4 mai 2011 

Aujourd’hui, le droit français prévoit qu’une personne de nationalité étrangère, résidant en France, et atteinte d’une maladie  grave, a droit à une carte de séjour pour soins et ne peut être expulsée si elle n’a pas la garantie d’un accès effectif à une prise en charge médicale dans son pays d’origine. 

Depuis quelques mois, le projet de loi relatif à l’immigration remet substantiellement en cause ce droit au séjour pour soins et cette protection contre l’éloignement des étrangers malades. Le processus législatif a aggravé les restrictions au gré des navettes parlementaires ; il touche très bientôt à sa fin avec la commission mixte paritaire ce 4 mai.  Aussi, face aux enjeux en cause, nous, médecins de terrain, engagés dans des associations, des sociétés savantes ou des syndicats, avons interpellé, ensemble, le Premier ministre fin mars pour connaitre sa position et tenter d’infléchir le cours des choses. 

Après un premier refus de dialogue de sa part et devant notre insistance, nous avons été finalement reçus par son cabinet le vendredi 29 avril. Nous lui avons fait valoir combien le dispositif actuel, clair et encadré, répondait à des objectifs fondamentaux de santé individuelle et de Santé publique. Nous lui avons indiqué en quoi cette réforme était injustifiée compte tenu de la stabilité et de la faiblesse du nombre de cartes de séjour délivrées dans ce cadre (28 000) et de l’absence avérée de migration thérapeutique.

Nous lui avons montré en quoi la réforme envisagée était dangereuse : péril de la santé et de la vie des personnes concernées, menace pour la santé publique, atteinte au secret médical, entrave au contrôle effectif du juge, et augmentation des dépenses publiques. Notre échange a démontré combien il était nécessaire d’expliciter les enjeux en cause tant ils apparaissaient avoir été sous-évalués. Aujourd’hui, si le gouvernement persiste à restreindre le droit au séjour pour soins, c’est en connaissance de cause et en toute responsabilité qu’il va mettre en grave danger la santé de 28 000 personnes.

En cas d’expulsion, et faute d’un accès effectif aux soins, ces personnes seraient exposées à un risque vital. En tout état de cause, nous, médecins, continuerons à soigner toutes les personnes nécessitant des soins, quels que soient leur nationalité et leur statut administratif, conformément à nos principes déontologiques. 

Dr Bruno SPIRE, Président de AIDES                                       Dr Pierre LOMBRAIL, Président de la SFSP     

Dr Didier FASSIN, Président du COMEDE                    

Dr Patrick DUBREIL, Président du SMG 

Dr Marie-Pierre ALLIE, Présidente de MSF Dr Olivier BERNARD, Président de MDM                                   

Dr François WILTHIEN, Vice-président de MGFrance 

Dr Carine FAVIER, Présidente nationale du Planning familial 

Dr Jean-Pierre GEERAERT, Représentant du COMEGAS  Dr Nathalie DE CASTRO et Dr Matthieu LAFAURIE, initiateurs de l’Appel « accessibilité effective » signé par 1 400 médecins 

Contacts : 
Florence Priolet/
Annabelle Quenet (
Médecins du Monde) – 01 44 92 14 31/14 32 
Dr Matthieu Lafaurie (initiateur de l’Appel « accessibilité effective ») – 06 70 84 18 53  Dr Arnaud Veïsse (COMEDE) – 06 68 60 38 24 Adeline Toullier (AIDES) – 06 20 29 86 43 

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Les sénateurs annulent les restrictions sur l’AME votées par les députés

Posté par Jérôme Larché le 5 décembre 2010

        Malgrè les tentatives du gouvernement de justifier, sur la base de dérives « potentielles », les amendements votées par les députés sur la restriction de l’accès à l’Aide Médicale d’Etat dont bénéficient les personnes en situation irrégulière – en imposant notamment une contribution forfaitaire 30 euros systématique pour les adultes -, les sénateurs ont annulé ces amendements.

Ils ont, pour cela, largement repris les arguments avancés par les organisations humanitaires, et notamment celles de Médecins du Monde, qui se battent depuis des semaines sur ce dossier. Un article du journal Le Monde, paru ce jour, fait le point sur la situation.

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A force d’exciter les chiens avec des propos démagogiques

Posté par Jérôme Larché le 30 octobre 2010

Un camp de Roms attaqué par des inconnus dans les Yvelines

« Le commissariat de Poissy (Yvelines) a ouvert une enquête après l’intrusion de plusieurs hommes cagoulés et armés, dans la nuit de mercredi 27 à jeudi 28 octobre, dans un camp de Roms situé dans la plaine de Triel-sur-Seine.

Selon les témoignages recueillis par les enquêteurs, ces hommes ont fait irruption dans le camp vers deux heures du matin dans une voiture munie d’un gyrophare. Ils ont pénétré dans des caravanes avec des fusils et des matraques, arrachant certaines portes. »

Lire la suite de l’article sur  http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/30/un-camp-de-roms-attaque-par-des-inconnus-dans-les-yvelines_1433210_3224.html

 

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Avis de tempête sur la « route des Roms » : refuser la criminalisation de la précarité dans un contexte économique dégradé

Posté par Jérôme Larché le 23 septembre 2010

J. Larché

P. Beauverie 

Les récentes altercations bruxelloises liées à la désormais fameuse « circulaire du 5 août 2010 », relative à l’évacuation des campements illicites et des expulsions de Roms[1], entre le Président français Nicolas Sarkozy et le Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, ont peut-être occulté les enjeux soulevés par la présence des ces populations. Depuis le discours présidentiel à l’Elysée du 28 juillet dernier, près de 200 campements ont été évacués et plusieurs milliers d’expulsions « volontaires » ont déjà été effectuées par les autorités françaises, par bus comme par charters.  

Un nomadisme historique  

Dans les 47 Etats du continent européen, du Portugal à la Russie, le nombre de Roms est estimé à environ 11 millions, dont seulement 15000 en France, soit 0,14% du nombre total de Roms ! A la différence des « gens du voyage » (manouches, tziganes, gitans, sintis,…), les Roms sont des migrants venus d’Europe de l’Est, principalement de Roumanie et de Bulgarie. 

Sédentarisés, pour les derniers, pendant la période communiste, ils ont repris la route à la recherche de meilleures conditions de vie lorsque l’imposition du système capitaliste sur le bloc de l’Europe de l’Est a mis en péril leur logement, leur travail, et leur accès aux soins gratuits. Malheureusement, la non-maîtrise d’une langue étrangère, leur faible niveau d’éducation, et un mode de vie différent des autres, leur ont parfois imposé des stratégies de survie qui dégradent leur image. Ainsi, bien qu’étant un héritage historique remontant à l’époque byzantine, le nomadisme des Roms est un mode de vie qui contribue depuis longtemps à leur stigmatisation en Europe. Ces transhumances humaines sont-elles pour autant le choix d’une population résolument nomade, ou plutôt la nécessité de réfugiés économiques qui fuient la pauvreté et l’exclusion ?

Une réalité socio-sanitaire difficile et qui se dégrade 

Comme toute communauté, les Roms obéissent à des codes et des lois internes, mais doivent aussi se plier aux exigences légales des pays qui les accueillent, et qu’ils traversent. Ils sont cependant supposés avoir accès, en tant que citoyens européens, aux besoins essentiels tels que la santé, l’éducation, un lieu de logement, la justice et surtout, comme ils le demandent prioritairement, avoir le droit de travailler. L’interdiction de travailler qui leur est faite par le gouvernement français les oblige de fait à ferrailler, mendier et développer des petits métiers tous interdits… Et donc à contrevenir à la loi ! On observe cependant, au sein de cette population,  une augmentation de la prostitution féminine et une augmentation de la prostitution masculine, principalement des mineurs pour ces derniers et notamment à Paris, ce qui rend la question du droit à l’éducation et au travail, cruciaux. 

Parfaitement documentées dans les rapports de diverses institutions européennes, les discriminations répétées subies par les Roms, en France comme en Europe, touchent aussi bien au domaine de l’éducation, du logement, de l’accès à l’emploi, de la santé, quand il ne s’agit pas d’incitations à la violence, perpétrées par des hommes politiques.  Les associations travaillant auprès des populations Roms depuis de nombreuses années, en France comme à l’étranger (dans l’accompagnement de programmes de réinsertion en Bulgarie, par exemple), sont parfaitement conscientes des difficultés et des contraintes de leur situation. Elles n’ignorent pas pour autant que certains délits sont parfois commis, comme ils le sont par d’autres personnes, mais elles refusent la pénalisation d’une communauté entière, pour les agissements de quelques uns. Un verdict collectif, à l’inverse d’un verdict individuel, ouvre, de fait, la porte à de fausses et dangereuses conclusions. Un espace d’action et de réflexion existe, un espace construit sur le réel et non pas sur des visions simplistes, teintées d’angélisme ou de cynisme. 

 larouteduromlow.jpg

Face à la description d’une réalité fantasmatique déclinée par certains responsables politiques, il est possible de témoigner objectivement d’une réalité socio-sanitaire dans laquelle les populations Roms ne font pas figures de privilégiés. Ainsi, les données sanitaires de Médecins du Monde montrent le degré de précarité auquel sont confrontées les familles Roms : mortalité néonatale précoce de 1,9% (vs population française : 0,22%), mortalité infantile de 2,35% (vs population française : 0,48%), espérance de vie entre 50 et 60 ans, taux de couverture vaccinale à jour de 15% des moins de 7 ans et 5% des adultes, taux d’incidence de tuberculose de 250/100 000 (vs population française : 8,9/100 000). 

Une irresponsabilité politique calculée et dangereuse 

  Dans un contexte de crise économique durable, où la perte d’un emploi peut signifier la perte de tout, la rétractation sociale et le réflexe sécuritaire sont compréhensibles, à défaut d’être légitimes. Leur instrumentalisation, en vue des élections présidentielles de 2012, par des propos stigmatisants sur des minorités déjà précarisées comme les Roms, relève d’une stratégie aux risques mal calculés.  Plus qu’une  dérive raciste dénoncée par certains, il s’agit avant tout d’une certaine forme d’irresponsabilité politique. Comme en Italie il y a quelques mois, et aujourd’hui en France, elle ouvre les portes au populisme et aux exactions de certains de nos concitoyens à l’encontre des Roms et des acteurs de la solidarité en faveur des Roms. 

Pour demeurer une puissance politique respectée, le gouvernement français doit garder la tête froide et ne pas chercher d’illusoires boucs-émissaires aux tensions engendrées par la crise économique mondiale. La communauté internationale, de l’ONU au Vatican en passant par l’Union Européenne et certains Etats, a exprimé son inquiétude au vu des politiques actuellement menées sur le thème de l’immigration et de l’insécurité, et particulièrement celles qui, depuis quelques semaines, ciblent les Roms. La récente polémique européenne, suite aux propos du Commissaire européen aux droits fondamentaux sur la « circulaire du 5 août 2010 », comme sa prompte réécriture ministérielle, témoignent à la fois des tensions engendrées et de la position inconfortable de la France sur la scène internationale. 

  

     

   Face à ce constat et ce contexte, il n’est pas souhaitable de rentrer dans une polémique simplificatrice et démagogique mais il faut espérer que les mises en gardes internationales, très dures pour certaines à l’égard de la France, seront entendues par le gouvernement, pour que cesse cette politique de stigmatisation et de criminalisation de la précarité. Au vu des nombreux conflits (Rwanda, Balkans, Darfour) où la généralisation de méfaits attribués à un groupe spécifique de population a souvent constitué le prélude à des violences de tous ordres, il faut refuser aujourd’hui la démagogie qui entoure les discours et les actes sur la question sensible des Roms en France et en Europe. En raison des complexités de cette problématique, seules la pédagogie et la tolérance permettront d’aborder les nuances du  « réel » et de chasser les certitudes du « fantasme ». Sans angélisme, mais en refusant catégoriquement les amalgames stigmatisants et la criminalisation de la précarité dans un contexte économique dégradé… 



[1] Le mot « Roms » est cité 11 fois sur un document de 3 pages !

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Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité

Posté par Jérôme Larché le 2 septembre 2010

Voici le texte intégral de lettre signée par plusieurs associations, dont MDM, suite aux mesures prises par le gouvernement, à l’encontre des populations Roms.

 » Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs

jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, on entend des propos qui

étaient jusqu’à présents l’apanage de l’extrême droite. Le président de la République, luimême,

montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les

Roms, les Gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas « de souche », les

parents d’enfants délinquants, etc. Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance,

qui n’est ni plus ni moins répréhensible selon la nationalité ou les origines de son

auteur : il met délibérément en cause, alors que déjà une crise sociale d’une extrême

gravité menace la cohésion de la société tout entière, les principes qui fondent l’égalité

républicaine.

En quelques jours, les plus hautes autorités de l’Etat sont passées de l’exploitation des

préjugés contre les Gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et

délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes

inédits depuis 1945. Ce qui est à l’oeuvre dans cette démarche s’inscrit dans une logique

de désintégration sociale porteuse de graves dangers.

Il ne s’agit plus du débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté

républicaine, mais bien d’une volonté de désigner comme a priori dangereuses des

millions de personnes à raison de leur origine ou de leur situation sociale. Quelle que soit

la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique n’a reçu mandat de violer

les principes les plus élémentaires sur lesquels la République s’est construite.

Parce que le seuil ainsi franchi nous inquiète pour l’avenir de tous, nous, organisations

associatives, syndicales et politiques diverses mais qui avons en commun l’attachement

aux principes fondamentaux de la République laïque, démocratique et sociale, rappelons

avec force que l’article 1er de la Constitution « assure l’égalité devant la loi de tous les

citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », et que toutes propositions qui

méconnaîtraient cette règle fondatrice de la démocratie constituent une atteinte à la paix

civile.

Nous n’accepterons sous aucun prétexte que le nécessaire respect de l’ordre public soit

utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs

émissaires.

Nous appelons donc l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur

opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de

« guerre » qui menacent le vivre ensemble. A cet effet, nous proposerons dans les

prochains jours à la signature en ligne une « Déclaration citoyenne » refusant toute

politique de la peur ou de la haine. Et nous appelons à un grand rassemblement citoyen

à l’occasion du 140e anniversaire de la République, le samedi 4 septembre à Paris, place

de la République, pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la

fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun.  »

Rendez-vous le 4 septembre pour manifester notre réprobation sur ces mesures stigmatisantes et discriminatoires.

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Atiq Rahimi: un poète afghan qui écris…et agis

Posté par Jérôme Larché le 1 mai 2010

Atiq Rahimi est un homme qui n’a peut-être pas choisi d’être éclectique, mais les choix de la vie en ont décidé ainsi.

atiqrahimi.bmp

Sur Wikipedia, on apprend ainsi ainsi qu’ « il est né le 26 février 1962 à Kaboul. Il vit la guerre d’Afghanistan de 1979 à 1984, puis il se réfugie au Pakistan. Après avoir demandé l’asile politique à la France, il obtient son doctorat en audiovisuel à la Sorbonne. Pendant ce temps, son frère, communiste, resté en Afghanistan, est assassiné en 1989, mais Atiq Rahimi n’app rend sa mort qu’un an plus tard. Son premier long-métrage Terre et cendres, présenté dans la section Un Certain Regard a u festival de Cannes 2004, a obtenu le Prix du Regard vers l’Avenir. Contrairement à ses trois premiers romans écrits en persan, Syngué sabour. Pierre de patience est directement écrit en français : « Il me fallait une autre langue que la mienne pour parler des tabous ». Il obtient le prix Goncourt le 10 novembre 2008. »

Syngué Sabour, Pierre de patience est l’histoire d’une afghane qui vient de perdre son mari, combattant d’Allah. Tout en veilant son mari, elle laisse surgir du fond d’elle même des mots de rage et de désirs, contenus toute une vie par les traditions et les circonstances. Ses cris et ses prières traduisent tout cela à la fois. Elle le dit aussi avec des mots qu’elle n’avait jamais osé prononcer, des mots chargés de désirs et de plaisirs interdits. En persan, syngué sabour signifie pierre de patience, et il parait qu’existait autrefois une pierre à qui l’on pouvait tout confier, jusqu’à ce qu’elle éclate. « . ..Et ce jour là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines. »

 Des exilés afghans

Au delà de ces écrits, Ariq Rahimi a su mobiliser la communauté afghane de Paris, et au delà, sur la problématique des sans-papiers afghans à Paris. Dans le cadre du Collectif Afgans Paris, il a ainsi publié une lettre ouverte en janvier 2010, et a demandé en compagnie d’autres associations comme les Enfants de Don Quichotte et Médecins du Monde, « un toit pour les exilés du Xème ».

 

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Faut-il fermer le centre de rétention administrative de Mayotte?

Posté par Jérôme Larché le 26 avril 2010

Les collectifs Migrants Mayotte et Migrants Outre-Mer ont publié le 9 février 2010 le communiqué de presse suivant:

             « Par six saisines simultanées du Comité contre la torture des Nations Unies, du Commissaire aux Droits de l’Homme et du Comité européen pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe ainsi qu’au niveau national du Contrôleur général des lieux de pr ivation de liberté, de la Défenseure des enfants et, par voie indirecte, de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, les collectifs Migrants Mayotte et Migrants Outre-mer (Mom) entendent obtenir :

* la fermeture d’un des pires bas-fonds ultramarins de la République, le centre de rétention de Pamandzi à Mayotte ;

* la fin d’un droit d’exception qui fabrique des « clandestins » en dépit des normes internationales et les prive notamment de tout accès à un recours effectif contre une mesure d’éloignement.

http://www.dailymotion.com/video/x7rdn9

         La commission nationale de déontologie de la sécurité avait déjà dénoncé, par un avis en date du 14 avril 2008, ce centre de rétention administrative (CRA) « indigne de la République ». Au mois de juillet 2008, le Comité des droits de l’homme de l’ONU avait exprimé son « inquiétude » sur « la situation des mineurs non accompagnés placés dans de tels centres de rétention » en Outre-mer. Le Commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe, après une visite en France en mai 2008, a appelé les autorités françaises « à ce que les droits de l’homme et la dignité humaine soient respectés dans l’ensemble des centres de rétention et que les conditions de vie offertes aux étrangers retenus à Mayotte soient immédiatement améliorées ».

Le 18 décembre, Contrôleur général des lieux privatifs de liberté estimait que « la situation du centre de rétention de Pamandzi est préoccupante » et qu’il dépêcherait dès que possible « sur place une mission pour procéder à une analyse approfondie de la situation et faire les recommandations qui s’imposent ».

          Ce CRA de Mayotte n’est cependant que la partie visible de l’iceberg des violations des droits du tiers de la population vivant Mayotte qualifié de « clandestin ». Cela commence par la « fabrique de sans-papiers » par le refus de titres de séjour censés être de plein droit ou par les obstacles rencontrés par des Français être reconnus comme tels. Cela se poursuit, par 16000 de ces « clandestins », soit un 10ème de la population, éloignés chaque année depuis 2006. Ces chiffres impressionnants ne sauraient être atteints sans des violations massives des droits de l’homme. Les faits sont est parfaitement connus depuis plusieurs années des autorités policières, judiciaires, ministérielles ainsi que des commissions parlementaires qui se sont rendues sur l’île. L’ensemble des contrôles exercés par ces autorités ont pourtant été défaillants et ont laissé perdurer cette situation.Les Collectifs Migrants Mayotte [1] et Migrants Outre-mer (Mom) [2] demandent à la France de prendre la mesure du caractère insupportable dans un État de droit de procédures d’exception conduisant à des violations systématiques des droits de l’Homme.« 

 

Concrètement, les contrôles quotidiens effectués sur le territoire de Mayotte ont permis l’interpellation depuis le début de l’année 2010 d’au moins 5000 personnes en situation irrégulière. Si le rythme reste identique, cela représenterait aux alentours de 20000 / an, et constituerait un nouveau record (?!).

Communiqué et texte de la saisine en ligne http://www.gisti.org/spip.php ?article1376

Notes

[1] Cimade Mayotte ; CCCP (Coordination pour la Concorde, la convivialité et la paix) ; Médecins du monde Mayotte ; Resfim (Réseau éducation sans frontières île de Mayotte) et Solidarités-Mayotte

[2] ADDE (avocats pour la défense des droits des étrangers) ; AIDES ; Anafé (association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers) ; CCFD (comité catholique contre la faim et pour le développement) ; Cimade (service œcuménique d’entraide) ; Collectif Haïti de France ; Comede (comité médical pour les exilés) ; Gisti (groupe d’information et de soutien des immigrés) ; Elena (les avocats pour le droit d’asile) ; Ligue des droits de l’homme ; Médecins du monde ; Secours Catholique / Caritas France

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La « diplomatie du charter » de Mr Besson

Posté par Jérôme Larché le 19 avril 2010

Albert Camus écrivait dans L’Homme révolté qu’  « […] Il faut une part de réalisme à toute morale : la vertu toute pure est meurtrière ; et […] une part de morale à tout réalisme : le cynisme est meurtrier. » Retour sur une expulsion qui a « ému » une partie de la classe politique et fait couler de l’encre pendant 72 heures. Outre l’absolu cynisme politique du Ministre de l’Immigration Eric Besson, sa décision démontre l’absence de réalisme et d’anticipation politiques en amont de l’expulsion de ces clandestins afghans. Cela fait déjà plusieurs années que
la France n’est plus la patrie des Droits de l’Homme, mais aujourd’hui marque une vraie rupture avec le passé. La situation difficile de ces afghans en France a été mise en lumière ces dernières semaines avec la destruction de
la Jungle de Calais, nom qui porte en lui les germes d’inhumanité que l’on souhaite attribuer à toutes ces personnes et qui justifie, à priori comme à posteriori, les décisions dégradantes (centres de rétention, expulsions par charter) que le gouvernement a pris à leur encontre. 

 Sur un plan humain et humanitaire, leur départ forcé par charter, dans un climat de dissimulation rappelant les trajets aériens clandestins des avions de la CIA, et dénoncés par la justice européenne, doit être considéré comme inacceptable et fermement combattu. Sur un plan politique, il est important d’essayer de décrypter les logiques qui ont amené à cette décision moralement condamnable et politiquement inefficace. Dans une perspective nationale et européenne, l’argument avancé sera celui de la dissuasion pour tous ceux qui essaieraient de venir en France, ou tout au moins de franchir les murs de la désormais fameuse « Forteresse Europe ». Outre le fait que jamais les expulsions n’ont eu un quelconque effet sur la motivation de ceux qui veulent s’extraire de situations bien plus dures qu’une reconduction aux frontières, ni sur la dynamique des réseaux de trafiquants, l’impact quantitatif est aussi peu efficient  que l’impact symbolique en termes de dissuasion. De récentes études sur les flux migratoires montrent que ceux-ci sont essentiellement Sud-Sud, et la posture gouvernementale sur le sujet semble plus reposer sur une volonté d’altérer une perception positive des migrants que de régler sur le fond la délicate question migratoire. 

Sur le plan international, l’expulsion par charter de clandestins afghans soulève des questions d’ordre juridique mais aussi stratégique et constitue une contradiction d’ordre quasi-schizophrénique avec l’évaluation qui est faite par le Ministère des Affaires Etrangères (MAE) français sur la situation actuelle en Afghanistan. En effet, le site internet du MAE écrit explicitement que « la situation de sécurité en Afghanistan s’est beaucoup dégradée depuis un an. La rébellion a étendu ses actions en province dans de nombreux districts du sud et de l’est du pays ainsi que dans ceux limitrophes de Kaboul. […] Les attentats se multiplient à l’approche du scrutin notamment à Kaboul (attentat contre le quartier général de l’OTAN le 15 août, tirs de roquette sur la présidence et attentat-suicide le 18 août). Dans ces conditions, il est plus que jamais impérativement recommandé de différer tout projet de voyage en Afghanistan, et, pour les personnes présentes sur place, de proscrire tout déplacement non indispensable […]. Au-delà du risque sécuritaire immédiat, le risque d’enlèvement (politique ou crapuleux) demeure important, y compris dans la capitale. A partir de Kaboul, toutes les routes sont devenues très dangereuses et les déplacements en voiture ou en transports collectifs doivent être absolument proscrits ». La perspective d’un second tour des élections présidentielles, avortée après l’abandon du Dr Abdullah Abdullah,  n’altère en rien la validité de cette analyse. Mieux encore, sur le plan sanitaire, le site du MAE français continue d’enfoncer le clou en précisant que « l’hygiène est préoccupante compte tenu de la destruction d’une partie des réseaux d’assainissement. Les conditions sanitaires sont précaires, le système hospitalier étant sinistré. Des antennes médicales existent au sein des forces de l’ISAF mais ne traiteraient également que les urgences avérées. L’eau n’est potable pratiquement nulle part […] »Sur le plan juridique,
la Cour Européenne des Droits de l’Homme a déjà condamné des expulsions de « sans-papiers » (être sans papiers constituant une irrégularité administrative et non une infraction pénale), et il est fort probable que
la France risque à nouveau de se faire reprocher l’irrégularité même de la procédure, et de s’exposer aux critiques de
la Communauté internationale. 

En termes stratégiques, dans une période où l’implication de
la France  en Afghanistan se renforce (notamment à travers sa réintégration dans l’OTAN), où les attaques dirigées contre les forces occidentales mais aussi contre les ONG perçues comme alliées par les groupes insurgés se multiplient, cette décision d’expulsion « charterisée » d’afghans sera perçue par l’ensemble de leurs concitoyens comme un signe supplémentaire de l’hypocrisie des bonnes intentions affichées, et du mépris de facto des pays occidentaux, et notamment de
la France, à leur égard. Que cela se passe le lendemain où le Ministre des Affaires Etrangères français soit allé faire pression sur le Président Karzaï pour qu’il se conforme aux règles de droits lors des élections présidentielles, est d’autant plus regrettable… Il est donc étonnant que la « diplomatie du charter » soit maintenant celle préconisée car elle décrédibilise toute la  « diplomatie des Droits de l’Homme » que Mr Kouchner a défendu depuis toujours, même si elle fait plus fonction d’affichage que de réalité. La stratégie retenue met aussi en péril la « diplomatie  réaliste », sensée répondre aux questions politiques par des réponses politiques,  et pour laquelle une certaine éthique de la responsabilité doit être maintenue. 
La décision réitérée de Mr Besson d’expulser des afghans dans leur pays en guerre est donc politiquement nuisible, juridiquement condamnable, inefficace dans l’exemplarité, et constitue en soi une régression inédite dans la manière de considérer des êtres humains face à leur histoire. 

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