• Accueil
  • > HOT SPOT
  • > Après le Japon, les ONG doivent penser leur action humanitaire environnementale

Après le Japon, les ONG doivent penser leur action humanitaire environnementale

Posté par Jérôme Larché le 11 avril 2011

Le séisme survenu le 11 mars dernier au large du Japon a créé une crise hybride et inhabituelle, mêlant conséquences radioactives des fuites de la centrale nucléaire de Fukushima et conséquences humanitaires de la vague géante du tsunami qui a déferlé sur les baies de Sendai et de Kaimashi. Cette situation complexe expose aujourd’hui des populations démunies, dans un contexte radioactif avéré et croissant, et auprès desquelles il semble que peu d’organisations de secours aient pu accéder. 

Si le caractère humanitaire des conséquences de cette crise est incontestable, le fait qu’elle impacte si durement la troisième puissance économique mondiale a pu jeter le trouble sur la nécessité ou non d’un engagement – financier comme opérationnel – des ONG internationales, et notamment occidentales.

 Seul le CICR possédait l’expertise suffisante pour intervenir au Japon 

Si l’implication des unités de protection civile de divers pays (France, Etats-Unis, Allemagne,etc.) s’est imposée d’emblée, celle des ONG a paradoxalement été précédée d’une période de flottement, voire d’un début de polémique. Cela a ainsi été le cas des campagnes de dons orchestrées par le Secours Populaire, la Fondation de France ou la Croix-Rouge française, pour le seul exemple hexagonal. En terme opérationnel, les choses sont encore plus compliquées puisque toute intervention dans ces zones où règnent des taux de radioactivité nocifs pour la santé, nécessite un équipement et une expertise NRBC[1]. Or, peu d’organisations humanitaires, excepté le Comité International de la Croix Rouge (CICR), possèdent aujourd’hui ces compétences. 

Plus habituées à intervenir sur des terrains de conflits ou de catastrophes naturelles, la gestion des risques et des accidents industriels ne fait pas forcément partie des schémas opérationnels anticipés par les ONG. Et pourtant, plusieurs éléments d’analyse amènent à penser qu’il s’agit possiblement d’un enjeu important, non seulement pour les ONG, mais surtout pour les populations victimes de telles situations. 

Il est d’abord facile de constater que le monde s’urbanise de façon croissante, amenant à la constitution de mégapoles où se côtoient plusieurs millions, voire dizaines de millions, de personnes.

 Les ONG doivent « comprendre les villes » 

Les exemples récents du séisme survenu en Haïti en 2010 ou de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans en 2005 ont illustré les difficultés d’intervenir en situation de catastrophes urbaines, dont les dégâts humains comme matériels sont intimement liés aux conditions de vie socio-économiques des populations concernées. Ces deux crises ont également souligné l’importance de « comprendre les villes« , c’est-à-dire leurs déterminants urbanistiques, architecturaux, sociaux, et bien sûr leur environnement industriel. 

Un autre élément à considérer est d’ordre économique, lié à la fragilité induite par la crise financière de 2008 et qui continue d’avoir des répercussions aujourd’hui sur l’économie réelle, impactant en premier lieu les budgets publics de la plupart des Etats de la planète. Ainsi, l’exemple japonais a montré qu’être la troisième puissance mondiale économique n’épargnait ni le risque de réactions en chaînes, de la fission nucléaire à la friction politique, ni des conséquences économiques désastreuses pour les années à venir. 

Bien que le gouvernement nippon ne l’ait pas fait, pour des raisons d’ordre politiques comme culturelles, certains maires de villes japonaises ont pourtant appelé à l’aide internationale au vu de l’ampleur du désastre et des difficultés à répondre aux besoins humanitaires des populations.

 Même dans les pays « développés », le niveau de l’aide n’est pas suffisant 

Après le cyclone Katrina, le tsunami japonais et ses conséquences sur la centrale nucléaire de Fukushima montrent que, même dans les pays dits « développés », une inadéquation entre les besoins objectifs des sinistrés et le niveau d’aide fournis aussi bien par l’Etat japonais que par les autres Etats, peut être à nouveau observée. L’industrialisation croissante du monde actuel, et notamment le nombre de centrales nucléaires localisées dans des zones sensibles mais aussi de complexes pétroliers implantés dans des pays parfois en guerre ou en proies aux guérillas (comme le Delta du Nigeria et les rebelles du MEND), doit donc devenir un sujet de préoccupations – humaines comme écologiques – pour les organisations humanitaires. 

Pourtant, il ne semble pas que celles-ci soient correctement outillés, tant dans la réflexion que dans l’action, pour répondre de façon adéquate aux enjeux actuels. Que certaines d’entre elles aient d’ailleurs déjà entrepris de récolter des fonds ou de mettre en place des programmes d’aide psychologique, ne préjuge pas de la réponse que donneront au final les ONG sur cette question, mais valide au moins la pertinence qu’il y a à se la poser. 

Un « hiver nucléaire » menace vraisemblablement une partie non négligeable du Japon et ses conséquences écologiques, sanitaires, économiques et politiques sont encore difficilement évaluables mais risquent d’être durables et majeures. Il serait dommage que les ONG n’entament pas une réflexion de fond sur leurs capacités opérationnelles techniques, sur la teneur d’un plaidoyer pour des mesures visant à prévenir ces catastrophes, mais plus encore sur la légitimité – voire la nécessité – d’exercer leur mandat humanitaire dans des contextes d’accidents industriels majeurs, nucléaires ou non, au plus prés des populations victimes de ces derniers. Il s’agit bien d’une question ouverte sur le concept d’ « action humanitaire environnementale », où l’anticipation et le pragmatisme doivent primer. 



[1] NRBC : Nucléaire Radiologique Biologique Chimique 

Laisser un commentaire

 

Les énergies du bien-être |
Ange ou Diablesse |
L'écologie pour les nuls |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Malica: une candidature int...
| la vérité toute simple
| parcelle 53