Libye: l’alibi humanitaire cache la désunion de l’UE

Posté par Jérôme Larché le 19 avril 2011

Article paru sur www.youphil.com le 19 avril 2011

 

Et si le conflit libyen durait? Telle est notamment la crainte  de Gérard Longuet, le Ministre français de la Défense, alors même que la légitimité de Kadhafi est en pleine érosion aux yeux de ses concitoyens comme de l’opinion internationale. Cet enlisement, dû en partie à la précarité organisationnelle des rebelles libyens comme à la volonté guerrière des forces pro-Kadhafi, est en train de se cristalliser dans les combats de guérilla urbaine qui se déroulent actuellement à Misrata. Cette « ville-martyre » a déjà vu le déplacement de plusieurs milliers de personnes, et les victimes des armes à sous-munition sont confirmées par de nombreuses sources médicales.

Dans ce contexte, l’aide humanitaire est difficile de mettre en œuvre. Mais elle s’organise pour fournir une assistance impartiale aux populations civiles victimes du conflit, et vivant dans des conditions précaires.

Dans le même temps où naissait une polémique soulevée par le Ministre français des Affaires Etrangères, Alain Juppé, sur le degré réel d’engagement de l’OTAN, l’Europe peine à faire entendre sa voix. Que l’on soit d’accord ou non avec les choix faits, les Nations Unies comme l’OTAN ont pris une décision politique, l’une en votant la résolution 1973, l’autre en joignant ses forces militaires à la coalition franco-britannique.

Désaccord franco-allemand

Le couple franco-allemand, moteur politique de l’Europe des 27 Etats-membres, n’a pu qu’étaler son désaccord lors du vote de la résolution 1973 au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il n’est pas sûr que les 40 millions d’euros débloqués par l’Union Européenne pour aider les populations civiles libyennes suffisent à construire une politique étrangère crédible.

D’autre part, la décision prise le 1er avril dernier de déployer une force militaire afin d’assister l’aide humanitaire, baptisée « EUFOR Libya« , et la pression exercée par les Etats membres de l’UE auprès d’UNOCHA (l’organisme de coordination de l’aide humanitaire des Nations-Unies) pour exiger sa mise en œuvre, ne sont pas de nature à rassurer sur la capacité européenne actuelle à produire une volonté politique collective, susceptible de favoriser la résolution de ce conflit. Comme l’a très récemment et très justement noté VOICE – la plate-forme des ONG européennes basée à Bruxelles -, cette opération militaire ne peut être mise en œuvre qu’à la demande d’UNOCHA et dans le cadre pré-établi du MCDA (guidelines sur l’utilisation des moyens militaires et de protection civile pour épauler les activités humanitaires en situations d’urgences complexes).

Ce cadre, rappelé récemment par Valérie Amos – responsable d’UNOCHA – aux responsables de l’OTAN et du Service d’Action Extérieure de l’UE, stipule que « toutes les alternatives civiles doivent avoir été explorées » avant d’envisager un soutien par des moyens militaires. Ceux-ci doivent « rester sous coordination civile« , et « respecter la nature neutre et basée sur les besoins (impartialité) de l’aide humanitaire« . Selon le traité de Lisbonne, tout comme l’initiative du Good Humanitarian Donorship et le Consensus Humanitaire Européen, l’action humanitaire doit rester neutre et impartiale. Elle ne peut servir d’outil de résolution des crises.

Une force européenne inutile

Au-delà de la situation difficile pour les populations civiles, la position des humanitaires sur le terrain libyen est que, pour l’instant, il n’y a pas besoin du déploiement de cette force européenne, dont le qualificatif antinomique « militaro- humanitaire », a déjà prouvé sa faiblesse conceptuelle et ses insuffisances opérationnelles sur des terrains comme le Kosovo, la Somalie, ou l’Afghanistan.

La confusion des genres entre action humanitaire et opérations militaires des forces armées internationales brouille l’image des ONG et des agences humanitaires, et peut amener les populations à douter de leur impartialité et de leur indépendance. Les organisations humanitaires sont soucieuses de pouvoir préserver en tout temps et en tous lieux l’accès aux populations civiles vulnérables. Cette confusion, entre les humanitaires et les instruments du pouvoir politique que sont les militaires, peut constituer une menace non seulement en termes d’acceptation par les communautés (l’acceptation étant une pierre angulaire de la sécurité des programmes et des équipes), mais aussi en termes de participation active aux programmes.

Les Etats-membres de l’UE, tout comme sa diplomatie, doivent plutôt faire entendre leur union et leur force politique face aux enjeux complexes de la crise libyenne et à son risque « d’ensauvagement », plutôt que de se réfugier derrière l’alibi humanitaire pour cacher leur désunion. Reconnue comme un acteur mondial de la solidarité et un modèle politique d’intégration propice à favoriser la paix, l’UE peut aujourd’hui faire fructifier ce capital de crédibilité en séparant clairement ce qui relève du politique et de l’humanitaire.

Une instrumentalisation de l’aide humanitaire, aujourd’hui en Libye, ne masquera en rien le manque de cohésion et de politique étrangère de l’UE. Au contraire, il ne fera que le souligner.

 

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Le choix des maux…

Posté par Jérôme Larché le 11 avril 2011

 A lire aussi sur www.grotius.fr dans la rubrique « Décryptages »

Après la mort brutale des deux jeunes français enlevés par l’organisation Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) le 8 janvier 2011, un collectif comptant certaines des plus grosses ONG humanitaires françaises a souhaité, dans un courrier adressé au Premier Ministre ainsi qu’aux Ministres des Affaires Etrangères et de la Défense, exprimer ses inquiétudes sur la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, mais aussi sur les options opérationnelles choisies par le gouvernement français pour essayer de récupérer les otages – action militaire sans négociation préalable – et leurs conséquences sur la sécurité des personnels humanitaires.

Les ONG, cibles du terrorisme « glocal »

Comme dans beaucoup d’autres zones, comme le Pakistan ou la Somalie, les risques liés à la sécurité se sont singulièrement accentués dans le Sahel pour les ONG humanitaires. Ces nouvelles menaces sont principalement issues  de ce qu’on peut appeler le terrorisme « glocal[1] ». Il s’agit d’un terrorisme se basant sur des dynamiques locales, tribales, faites d’alliances et de défections opportunistes, alimenté par des trafics d’armes, de drogue voire d’êtres humains, et de techniques de guérillas adaptées à chaque contexte, dans le désert sahélien comme dans les montagnes inhospitalières entourant la ligne Durand.

Toutefois, la rhétorique utilisée par ces groupes terroristes, qu’ils soient katiba ou taleban, est celle du djihad global et leurs modalités de communication mêlent habilement techniques high-tech de l’information (Internet, téléphones satellitaires), véhicules 4×4 transformés et pratiques ancestrales des porteurs de messages, indétectables par le renseignement électronique et satellitaires. Les stratégies d’acceptation mises en place par les ONG, et visant à améliorer les liens avec les populations locales, ne semblent plus efficaces pour contrer – ou tout au moins atténuer – les risques d’une perception négative liées à leur origine occidentale.

Le choix fait par le gouvernement français de réagir avec rapidité et force en réponse à la prise d’otage de Niamey, constitue donc une source d’inquiétude pour les ONG, tant en raison du risque pris pour les otages que pour le danger d’une assimilation supplémentaire entre gouvernement français et organisation NON gouvernementales.

ONG humanitaires / Etat : une subordination impossible

L’interrogation des ONG françaises sur leur «  relation à l’Etat français », et notamment sur leurs capacités à garder une indépendance politique et opérationnelle, seules garantes d’une réelle impartialité, est donc parfaitement légitime. Le questionnement du pouvoir sur la responsabilité du devoir d’assistance, qui « ne peut être subordonné aux intérêts, politiques, militaires et stratégiques », notamment dans un contexte de conflit armés ou de crise complexe, est également primordial pour au moins deux raisons.

Premièrement, il s’agit de confirmer l’autonomie du droit d’initiative humanitaire dont disposent aujourd’hui les ONG pour porter secours à des populations, et leur garantir un accès aux besoins élémentaires que sont la santé, l’eau ou la nourriture. Deuxièmement, ce concept de droit d’initiative peut s’étendre à d’autres professions, comme les journalistes. La polémique sur les réactions initiales du gouvernement face à l’enlèvement des deux journalistes français dans la province afghane de Kapisa, au nord-ouest de Kaboul le 31 décembre 2009, montre que ce débat est loin d’être clos.

Si la réaction des ONG françaises aux évènements tragiques du Sahel constitue une réponse logique et légitime, est-elle pour autant, complètement crédible ? Il ne s’agit pas de faire polémique sur les motivations profondes de cette lettre (l’enlèvement et l’assassinat de ces deux jeunes français), mais plutôt de discuter certains paradoxes du discours qui fragilisent la démarche, ainsi que d’apporter quelques éléments de réponses possibles pour les ONG.

Une diversification financière indispensable

Le premier paradoxe est celui de l’indépendance politique et opérationnelle, revendiquées à juste titre par les ONG, mais qui fait totalement l’impasse sur les enjeux de l’indépendance financière. Les ONG humanitaires françaises ne peuvent pas, aujourd’hui, faire l’économie de ce débat et doivent donc, avec lucidité évaluer le degré d’interpédendance qui les lie à leurs différents bailleurs, qu’ils soient français, européens, ou autres.

La question de la diversification financière des bailleurs, ainsi que celle des modes de régulation entre bailleurs et acteurs opérationnels, deviennent aujourd’hui d’autant plus urgentes, au vu des restructurations actuelles de l’aide humanitaire européenne et de l’état des finances publiques des Etats européens.

Une terminologie inappropriée

Le deuxième paradoxe est celui de l’utilisation, par les ONG humanitaires, de la terminologie de « guerre contre le terrorisme », non pour la dénoncer mais pour expliquer qu’elle s’étend au Sahel. Or, cette terminologie « bushienne » n’avait pas été utilisé au préalable par le gouvernement français. En effet, parler de « guerre contre le terrorisme » au Sahel est justement l’élément de légitimation[2] attendu par AQMI, le posant comme adversaire militaire reconnu par l’Etat français. Son utilisation lors de ce courrier semble donc plutôt contre-productive et aurait nécessité, en tout cas, plus de critiques et de précisions.

L’oubli fâcheux du Consensus Européen pour l’Aide Humanitaire

Enfin, le troisième paradoxe ressort de la perception « réactive » de cette lettre, et de l’absence d’indications sur une attitude proactive des ONG dans la réflexion sur la gestion des relations entre organisations humanitaires et pouvoir politique. Pourtant, les ONG, sous la houlette de leur consortium européen – VOICE -, comme les Etats européens et ECHO[3], ont déjà travaillé ces questions.

Le résultat final est un document signé par les 27 Etats-Membres de l’Union Européenne et approuvé par le Parlement Européen en décembre 2007 : le « Consensus Européen sur l’Aide Humanitaire[4] ». Celui-ci répond en fait, avec clarté, à de nombreuses questions posées par les ONG signataires de la lettre adressée au gouvernement français.

Encore s’agit-il de savoir que ce Consensus Européen sur l’Aide Humanitaire existe, et le promouvoir à bon escient. La plate-forme non gouvernementale VOICE regroupe, quant à elle, plus de 80 ONG européennes, qui ont validé un cadre de principes et de bonnes pratiques en matière de relations entre militaires / pouvoir politique et humanitaires[5]. Les outils existent donc, mais sans une volonté politique forte des ONG concernées pour les utiliser, ils resteront inefficaces en tant qu’instruments de plaidoyer.

Ce « décryptage » n’a pas vertu à susciter de polémique, tant la gravité du sujet et l’analyse des enjeux sont importantes. Importantes pour les ONG humanitaires qui s’efforcent de porter secours aux populations vulnérables mais dont les « modus operandi » vont devoir s’adapter aux nouveaux défis de sécurité, en développant notamment les partenariats locaux. Importantes pour l’Etat français qui a la responsabilité de ses concitoyens se trouvant à l’étranger, et à fortiori dans des zones instables, mais qui doit rester dans son périmètre et ne pas être tenté d’instrumentaliser l’aide humanitaire, même s’il en finance une partie.

Importantes, enfin, pour préserver un modèle de société où l’Etat conserve ses pouvoirs régaliens mais puisse se faire interpeller par ses citoyens, et surtout dans lequel les droits d’initiatives – humanitaire comme journalistique – puissent être respectés, même sur les terrains dangereux.

 

[1] J. Larché. Les défis du terrorisme « glocal ». Janvier 2011 www.grotius.fr/les-defis-du-terrorisme-%C2%ABglocal%C2%BB-une-nouvelle-opportunite-pour-les-ong-humanitaires-occidentales/
[2]
J.F. Daguzan. Al Qaida au Maghreb islamique: une menace stratégique? Fondation pour la Recherche Stratégique, 30 juillet 2010 http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/dossiers/aqmi/doc/aqmi.pdf

[3]
ECHO : Office d’Aide Humanitaire de la Commission Européenne

[4] « European Humanitarian Consensus » http://ec.europa.eu/echo/files/media/publications/consensus_fr.pdf
[5]
http://www.ngovoice.org/documents/CIV%20MIL%20POLICY%20DOCUMENT%20_%20FINAL.pdf

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Après le Japon, les ONG doivent penser leur action humanitaire environnementale

Posté par Jérôme Larché le 11 avril 2011

Le séisme survenu le 11 mars dernier au large du Japon a créé une crise hybride et inhabituelle, mêlant conséquences radioactives des fuites de la centrale nucléaire de Fukushima et conséquences humanitaires de la vague géante du tsunami qui a déferlé sur les baies de Sendai et de Kaimashi. Cette situation complexe expose aujourd’hui des populations démunies, dans un contexte radioactif avéré et croissant, et auprès desquelles il semble que peu d’organisations de secours aient pu accéder. 

Si le caractère humanitaire des conséquences de cette crise est incontestable, le fait qu’elle impacte si durement la troisième puissance économique mondiale a pu jeter le trouble sur la nécessité ou non d’un engagement – financier comme opérationnel – des ONG internationales, et notamment occidentales.

 Seul le CICR possédait l’expertise suffisante pour intervenir au Japon 

Si l’implication des unités de protection civile de divers pays (France, Etats-Unis, Allemagne,etc.) s’est imposée d’emblée, celle des ONG a paradoxalement été précédée d’une période de flottement, voire d’un début de polémique. Cela a ainsi été le cas des campagnes de dons orchestrées par le Secours Populaire, la Fondation de France ou la Croix-Rouge française, pour le seul exemple hexagonal. En terme opérationnel, les choses sont encore plus compliquées puisque toute intervention dans ces zones où règnent des taux de radioactivité nocifs pour la santé, nécessite un équipement et une expertise NRBC[1]. Or, peu d’organisations humanitaires, excepté le Comité International de la Croix Rouge (CICR), possèdent aujourd’hui ces compétences. 

Plus habituées à intervenir sur des terrains de conflits ou de catastrophes naturelles, la gestion des risques et des accidents industriels ne fait pas forcément partie des schémas opérationnels anticipés par les ONG. Et pourtant, plusieurs éléments d’analyse amènent à penser qu’il s’agit possiblement d’un enjeu important, non seulement pour les ONG, mais surtout pour les populations victimes de telles situations. 

Il est d’abord facile de constater que le monde s’urbanise de façon croissante, amenant à la constitution de mégapoles où se côtoient plusieurs millions, voire dizaines de millions, de personnes.

 Les ONG doivent « comprendre les villes » 

Les exemples récents du séisme survenu en Haïti en 2010 ou de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans en 2005 ont illustré les difficultés d’intervenir en situation de catastrophes urbaines, dont les dégâts humains comme matériels sont intimement liés aux conditions de vie socio-économiques des populations concernées. Ces deux crises ont également souligné l’importance de « comprendre les villes« , c’est-à-dire leurs déterminants urbanistiques, architecturaux, sociaux, et bien sûr leur environnement industriel. 

Un autre élément à considérer est d’ordre économique, lié à la fragilité induite par la crise financière de 2008 et qui continue d’avoir des répercussions aujourd’hui sur l’économie réelle, impactant en premier lieu les budgets publics de la plupart des Etats de la planète. Ainsi, l’exemple japonais a montré qu’être la troisième puissance mondiale économique n’épargnait ni le risque de réactions en chaînes, de la fission nucléaire à la friction politique, ni des conséquences économiques désastreuses pour les années à venir. 

Bien que le gouvernement nippon ne l’ait pas fait, pour des raisons d’ordre politiques comme culturelles, certains maires de villes japonaises ont pourtant appelé à l’aide internationale au vu de l’ampleur du désastre et des difficultés à répondre aux besoins humanitaires des populations.

 Même dans les pays « développés », le niveau de l’aide n’est pas suffisant 

Après le cyclone Katrina, le tsunami japonais et ses conséquences sur la centrale nucléaire de Fukushima montrent que, même dans les pays dits « développés », une inadéquation entre les besoins objectifs des sinistrés et le niveau d’aide fournis aussi bien par l’Etat japonais que par les autres Etats, peut être à nouveau observée. L’industrialisation croissante du monde actuel, et notamment le nombre de centrales nucléaires localisées dans des zones sensibles mais aussi de complexes pétroliers implantés dans des pays parfois en guerre ou en proies aux guérillas (comme le Delta du Nigeria et les rebelles du MEND), doit donc devenir un sujet de préoccupations – humaines comme écologiques – pour les organisations humanitaires. 

Pourtant, il ne semble pas que celles-ci soient correctement outillés, tant dans la réflexion que dans l’action, pour répondre de façon adéquate aux enjeux actuels. Que certaines d’entre elles aient d’ailleurs déjà entrepris de récolter des fonds ou de mettre en place des programmes d’aide psychologique, ne préjuge pas de la réponse que donneront au final les ONG sur cette question, mais valide au moins la pertinence qu’il y a à se la poser. 

Un « hiver nucléaire » menace vraisemblablement une partie non négligeable du Japon et ses conséquences écologiques, sanitaires, économiques et politiques sont encore difficilement évaluables mais risquent d’être durables et majeures. Il serait dommage que les ONG n’entament pas une réflexion de fond sur leurs capacités opérationnelles techniques, sur la teneur d’un plaidoyer pour des mesures visant à prévenir ces catastrophes, mais plus encore sur la légitimité – voire la nécessité – d’exercer leur mandat humanitaire dans des contextes d’accidents industriels majeurs, nucléaires ou non, au plus prés des populations victimes de ces derniers. Il s’agit bien d’une question ouverte sur le concept d’ « action humanitaire environnementale », où l’anticipation et le pragmatisme doivent primer. 



[1] NRBC : Nucléaire Radiologique Biologique Chimique 

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8 avril: Journée internationale des Roms: « Refuser la criminalisation de la précarité dans un contexte économique dégradé »

Posté par Jérôme Larché le 6 avril 2011

Les altercations bruxelloises liées à la désormais fameuse « circulaire du 5 août 2010 », relative à l’évacuation des campements illicites et des expulsions de Roms[1], entre le Président français Nicolas Sarkozy et le Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, ont peut-être occulté les enjeux soulevés par la présence des ces populations. Depuis le discours présidentiel à l’Elysée du 28 juillet dernier, près de 200 campements ont été évacués et plusieurs milliers d’expulsions « volontaires » ont déjà été effectuées par les autorités françaises, par bus comme par charters. 

Un « nomadisme » historique  

 Dans les 47 Etats du continent européen, du Portugal à la Russie, le nombre de Roms est estimé à environ 11 millions, dont seulement 15000 en France, soit 0,14% du nombre total de Roms ! A la différence des « gens du voyage » (manouches, tziganes, gitans, sintis,…), les Roms sont des migrants venus d’Europe de l’Est, principalement de Roumanie et de Bulgarie. Sédentarisés, pour les derniers, pendant la période communiste, ils ont repris la route à la recherche de meilleures conditions de vie lorsque l’imposition du système capitaliste sur le bloc de l’Europe de l’Est a mis en péril leur logement, leur travail, et leur accès aux soins gratuits. Malheureusement, la non-maîtrise d’une langue étrangère, leur faible niveau d’éducation, et un mode de vie différent des autres, leur ont parfois imposé des stratégies de survie qui dégradent leur image. Ainsi, bien qu’étant un héritage historique remontant à l’époque byzantine, le nomadisme des Roms est un mode de vie qui contribue depuis longtemps à leur stigmatisation en Europe. Ces transhumances humaines sont-elles pour autant le choix d’une population résolument nomade, ou plutôt la nécessité de réfugiés économiques qui fuient la pauvreté et l’exclusion ? 

Une réalité socio-sanitaire difficile et qui se dégrade 

Comme toute communauté, les Roms obéissent à des codes et des lois internes, mais doivent aussi se plier aux exigences légales des pays qui les accueillent, et qu’ils traversent. Ils sont cependant supposés avoir accès, en tant que citoyens européens, aux besoins essentiels tels que la santé, l’éducation, un lieu de logement, la justice et surtout, comme ils le demandent prioritairement, avoir le droit de travailler. L’interdiction de travailler qui leur est faite par le gouvernement français les oblige de fait à ferrailler, mendier et développer des petits métiers tous interdits… Et donc à contrevenir à la loi ! On observe cependant, au sein de cette population,  une augmentation de la prostitution féminine et une augmentation de la prostitution masculine, principalement des mineurs pour ces derniers et notamment à Paris, ce qui rend la question du droit à l’éducation et au travail, cruciaux. Parfaitement documentées dans les rapports de diverses institutions européennes, les discriminations répétées subies par les Roms, en France comme en Europe, touchent aussi bien au domaine de l’éducation, du logement, de l’accès à l’emploi, de la santé, quand il ne s’agit pas d’incitations à la violence, perpétrées par des hommes politiques. Les associations travaillant auprès des populations Roms depuis de nombreuses années, en France comme à l’étranger (dans l’accompagnement de programmes de réinsertion en Bulgarie, par exemple), sont parfaitement conscientes des difficultés et des contraintes de leur situation. Elles n’ignorent pas pour autant que certains délits sont parfois commis, comme ils le sont par d’autres personnes, mais elles refusent la pénalisation d’une communauté entière, pour les agissements de quelques uns. Un verdict collectif, à l’inverse d’un verdict individuel, ouvre, de fait, la porte à de fausses et dangereuses conclusions. Un espace d’action et de réflexion existe, un espace construit sur le réel et non pas sur des visions simplistes, teintées d’angélisme ou de cynisme. Face à la description d’une réalité fantasmatique déclinée par certains responsables politiques, il est possible de témoigner objectivement d’une réalité socio-sanitaire dans laquelle les populations Roms ne font pas figures de privilégiés. Ainsi, les données sanitaires de Médecins du Monde montrent le degré de précarité auquel sont confrontées les familles Roms : mortalité néonatale précoce de 1,9% (vs population française : 0,22%), mortalité infantile de 2,35% (vs population française : 0,48%), espérance de vie entre 50 et 60 ans, taux de couverture vaccinale à jour de 15% des moins de 7 ans et 5% des adultes, taux d’incidence de tuberculose de 250/100 000 (vs population française : 8,9/100 000). 

Une irresponsabilité politique calculée et dangereuse 

Dans un contexte de crise économique durable, où la perte d’un emploi peut signifier la perte de tout, la rétractation sociale et le réflexe sécuritaire sont compréhensibles, à défaut d’être légitimes. Leur instrumentalisation, en vue des élections présidentielles de 2012, par des propos stigmatisants sur des minorités déjà précarisées comme les Roms, relève d’une stratégie aux risques mal calculés.  Plus qu’une  dérive raciste dénoncée par certains, il s’agit avant tout d’une certaine forme d’irresponsabilité politique. Comme en Italie il y a quelques mois, et aujourd’hui en France, elle ouvre les portes au populisme et aux exactions de certains de nos concitoyens à l’encontre des Roms et des acteurs de la solidarité en faveur des Roms. Pour demeurer une puissance politique respectée, le gouvernement français doit garder la tête froide et ne pas chercher d’illusoires boucs-émissaires aux tensions engendrées par la crise économique mondiale. La communauté internationale, de l’ONU au Vatican en passant par l’Union Européenne et certains Etats, a exprimé son inquiétude au vu des politiques actuellement menées sur le thème de l’immigration et de l’insécurité, et particulièrement celles qui, depuis quelques semaines, ciblent les Roms. La récente polémique européenne, suite aux propos du Commissaire européen aux droits fondamentaux sur la « circulaire du 5 août 2010 », comme sa prompte réécriture ministérielle, témoignent à la fois des tensions engendrées et de la position inconfortable de la France sur la scène internationale.  Face à ce constat et ce contexte, il n’est pas souhaitable de rentrer dans une polémique simplificatrice et démagogique mais il faut espérer que les mises en gardes internationales, très dures pour certaines à l’égard de la France, seront entendues par le gouvernement, pour que cesse cette politique de stigmatisation et de criminalisation de la précarité. Au vu des nombreux conflits (Rwanda, Balkans, Darfour) où la généralisation de méfaits attribués à un groupe spécifique de population a souvent constitué le prélude à des violences de tous ordres, il faut refuser aujourd’hui la démagogie qui entoure les discours et les actes sur la question sensible des Roms en France et en Europe. En raison des complexités de cette problématique, seules la pédagogie et la tolérance permettront d’aborder les nuances du  « réel » et de chasser les certitudes du « fantasme ». Sans angélisme, mais en refusant catégoriquement les amalgames stigmatisants et la criminalisation de la précarité dans un contexte économique dégradé… 

(article déjà publié sur ce site en septembre 2010)


[1] Le mot « Roms » est cité 11 fois sur un document de 3 pages !

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Grotius: 2 ans et pleins de projets en tête…

Posté par Jérôme Larché le 4 avril 2011

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 Grotius.fr                                                                                                                  Edition de mars 2011

Chaque mois Grotius.fr, thématique média et humanitaire, vous propose des

reportages, des analyses et des entretiens de qualité.



Grotius.fr ou la géopolitique de l’humanitaire…


Grotius.fr a deux ans. La première édition de ce mensuel d’analyse et de reportage sur l’action

humanitaire et les discours médiatiques en temps de crise est sortie le 2 avril 2009. L’aventure se

poursuit, sans relâche. Le Comité de rédaction, en cette date anniversaire, se renforce :

Jérôme Larché,médecin, Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique,

rejoint notre équipe en la qualité de Directeur délégué.

Autres arrivées importantes :

Mathilde Goanec qui dirige le Pôle Eurasie,

Jean-Jacques Konadjé en charge du Pôle Afrique,

Jérôme Diaz en charge du Pôle Moyen-Orient et Maghreb et

Soline Richaud qui aura la lourde tâche de s’occuper de la rubrique Santé internationale.

Nous les remercions.

A  la Une

Catastrophes technologiques et nucléaires, grandes pandémies :
les nouvelles frontières de l’humanitaire ?

Une analyse de François Grünewald.

Editorial

Savoir raison garder : les musulmans sont déjà dans la République.
Cette Tribune publiée dans Le Monde et sur Grotius.fr est signée par
Olivier Bobineau, chercheur au Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE/CNRS) ;
Charles Coutel, professeur des universités ;
Philippe Portier, directeur d’études à l’EPHE ;
Stéphane Lathion, chercheur au Groupe de Recherche sur l’Islam en Suisse ;
François Mabille, professeur à l’université catholique de Lille ;
Émile Poulat, directeur d’études à l’EHESS ;
Jean-Paul Willaime, directeur d’études à l’EPHE.

Analyse

Regards du Monde sur l’Europe…
Par Dominique Kerouedan, Malik Dzhanaliev

Reportage

Pour ne pas oublier Tata Cissé…
Par Soline Richaud. Depuis cette rencontre, une année est passée…

Monde

L’écotourisme comme facteur d’ethnicisation de la société kirghize post-soviétique,
Par Johanne Pabion Mouriès

Pôle Eurasie
France-Russie : « Les dirigeants français ont abandonné l’idée d’aider la société civile russe… »
Un entretien avec Cécile Vaissié, professeur en études russes et soviétiques
à l’Université de Rennes 2, et spécialiste du monde intellectuel russe et soviétique,
réalisé, par Mathilde Goanec


Pôle Afrique
« L’homme africain » n’est pas hors de l’Histoire…
Par Jean-Jacques Konadjé

Urgence et Post-Crise
Ushahidi, un outil au service des crises…
Par Arnaud Bébien

Dossier
Monde arabe : de la révolte à la révolution ?
 

Retrouvez toutes nos rubriques habituelles :
Sur notre Agenda
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Si vous désirez nous contacter, nous proposer un texte ou faire un commentaire :

jjlouarn@yahoo.fr  ou ggrilhot@yahoo.fr 

Bonne lecture !

 L’équipe de Grotius.fr

 

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« Des Routes Humanitaires » fête ses 1 an

Posté par Jérôme Larché le 1 avril 2011

Un grand merci à tous les lecteurs-visiteurs du site « Des Routes Humanitaires » qui font vivre ce site par leurs passages et leurs commentaires. Cool

L’année 2011 s’annonce encore riche en évènements et situations, propices à des réflexions de fond mais aussi à des coups de gueule (et de coeur)!

N’hésitez pas à continuer à m’envoyer vos commentaires pour améliorer la forme et le fond de cet espace libre pour la pensée et la parole, sur les sujets concernant l’Humanitaire…mais pas seulement.

Le « taulier », Jérôme Larché

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