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Les défis du terrorisme « glocal » : une nouvelle opportunité pour les ONG humanitaires occidentales ?

Posté par Jérôme Larché le 28 janvier 2011

            L’actualité récente, et tragique, avec la mort de deux jeunes français au Niger dont un humanitaire, a rappelé à ceux qui en doutaient que le Sahel, et particulièrement la zone s’étendant du Burkina Faso au Niger en passant par le Mali et la Mauritanie, était devenu  un  terrain complexe et dangereux. Ce (pas si) nouveau terrorisme « glocal » s’applique également aux zones tribales pachtounes, à la frontière aghano-pakistanaise.   

Il s’agit en effet d’un terrorisme se basant sur des dynamiques locales, tribales, faites d’alliances et de défections opportunistes, alimentées par des trafics d’armes, de drogue voire d’êtres humains, et de techniques de guérillas adaptées à chaque contexte, dans le désert sahélien comme dans les montagnes inhospitalières entourant la ligne Durand. Toutefois, la rhétorique utilisée par ces groupes terroristes, qu’ils soient katibat ou taleban, est celle du jihab global et leurs modalités de communication mêlent habilement techniques high-tech de l’information (internet, téléphones satellitaires), véhicules 4×4 transformés et pratiques ancestrales des porteurs de messages, indétectables par le renseignement électronique et satellitaires. 

                         De Peshawar à Dera Adam Khel (au Pakistan), en passant par l’erg Ach-Chech à Nouachkott (en Mauritanie), ces nouveaux « sanctuaires » sont marqués également par une défiance, voire une menace directe, envers tout ce qui apparait d’origine occidentale, et les ONG humanitaires occidentales, présentes souvent depuis des années et ayant tissé des liens forts avec les populations qui s’y trouvent, ont cru dans un premier temps qu’elles seraient épargnées par l’anathème djihadiste. La dure réalité les rattrape aujourd’hui et une adaptation de leur engagement opérationnel devient nécessaire. Néanmoins, le  danger serait de passer d’un extrême à l’autre, au risque de négliger les besoins croissants en termes d’accès aux soins, à l’éducation, ou de nutrition, des populations locales. Entre la paranoïa et la naïveté, il convient de cultiver la vigilance et l’intelligence. La posture à adopter est pourtant cruciale, devant être  guidée par les valeurs de l’humanitaire (notamment l’indépendance et la neutralité) mais aussi par du pragmatisme, sans céder pour autant à une démagogie « anti-occidentale ».

De tous temps, Occident et Orient ont cohabité, avec leurs valeurs, leurs différences, mais aussi leurs richesses respectives. Les ONG humanitaires occidentales doivent tisser ce lien avec leurs sœurs orientales, dans de véritables partenariats, opérationnels comme financiers. Plutôt que de chercher à se « désoccidentaliser », il conviendrait peut-être d’œuvrer à  changer le regard des autres en modifiant les  pratiques, à enlever toute ambigüité sur les objectifs envers les populations (comme cela persiste pourtant chez certaines grosses ONG ouvertement évangélistes), et accepter de ne plus être un modèle dominant mais un modèle parmi d’autres. L’enjeu de la sécurité n’est pas disjoint de ceux de l’acceptation et de la perception. Là encore, la paranoïa comme la naïveté ne sont pas de mise. Il existe des limites à l’acceptation mais en a-t’on réellement exploité toutes les facettes ? Dans les zones tribales du Pakistan comme en Afghanistan, le terme « ONG » est devenu synonyme de compromission avec les forces militaires de l’OTAN, et plusieurs ONG médicales internationales se font désormais identifier comme « associations médicales », terminologie plus neutre et plus acceptable localement. En miroir, le terme « associations » renvoie aussi au statut initial de l’action humanitaire, et nous amène à réfléchir sur la trajectoire de professionnalisation (entre)prise depuis 30 ans et des effets induits sur la perception. Infléchir plutôt que conquérir, proposer plutôt qu’imposer. De façon très juste, l’auteur américain Don De Lillo faisait décrire à un de ses personnages de roman, une « guerre haïku », une « guerre en trois vers. Aucun rapport avec l’état des forces en présence ou avec la logistique. »  Alors pourquoi pas un « humanitaire haïku », celui de la perception humaine en milieu naturel ? Là encore, repenser à ce que fut l’humanitaire en Afghanistan dans les années 80 n’est pas sans intérêt…

          Sans tomber dans une nostalgie impossible, il s’agit peut-être d’une occasion inespérée de revenir à l’ « objet humanitaire » d’origine, celui d’une aventure humaine collective et pas celui d’un « business » où l’on fait carrière. Par leur histoire, leur expérience et leur savoir-faire, les ONG occidentales ont un rôle à jouer dans ces nouveaux contextes. « Réinventer l’occident« , dans sa réalité comme dans sa symbolique, me parait plus réaliste que désoccidentaliser. Notre identité occidentale est immuable mais ce que nous en faisons, cela, nous pouvons le changer. 

 


[i] Don De Lillo « Point Omega », Ed Actes sud, 2010 

[ii]  Hakim El Karoui « Réinventer l’occident », Ed Flammarion, 2010

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