Une « incomprehensive approach »

Posté par Jérôme Larché le 29 avril 2010

  Il est désormais très politiquement correct de promouvoir une approche globale, intégrée (ou pour reprendre la terminologie anglosaxonne otannienne « comprehensive approach ») pour répondre aux crises complexes, et particulièrement aux conflits armés. Que ce soit en Afghanistan, en République Démocratique du Congo ou au Darfour, le principe de l’action intégrée, censée garantir efficacité, efficience et impact, est avancé comme un dogme que seuls des irresponsables (en l’occurence les ONG) pourraient remettre en cause. Ce nouveau paradigme de réponse aux crises, poussé par les promoteurs de la « paix libérale » (comme Kofi Annan) mais aussi par les dirigeants politiques de l’OTAN et maintenant de l’Union Européenne, est basé sur une compréhension commune des problèmes amenant à un « objectif commun ». Malheureusement, il repose sur une double erreur conceptuelle.

Premièrement, il est basé sur l’hypothèse (non vérifiée au départ et qui se dément tous les jours sur le théâtre afghan) qu’apporter de la sécurité et de l’aide suffisent à créer et entretenir un degrè d’acceptation important, à même de fournir un climat propice à une paix durable. Le concept de l’intégration adopte donc une vision linéaire dans la causalité des conflits, niant la complexité, la récursivité et les contradictions aussi bien des acteurs que des problématiques à la source de ces conflits. Comme en médecine, quand le diagnostic initial n’est pas correct, le traitement administré n’est pas le bon, et le patient ne guérit pas! L’urgence est plus souvent diagnostique que thérapeutique…

Deuxièmement, ce concept d’intégration est basé sur une vision universelle de ce que le monde occidental appelle « aide et sécurité », et qui pourtant n’est pas universellement compris…et accepté. En Afghanistan, et dans beaucoup de pays d’Afrique, les responsables priorisent sans équivoque leur autonomie politique plutôt que les bénéfices non garantis des stratégies d’intégration.

Aujourd’hui, il semblerait que les Nations unies aient un discours moins ambitieux et plus pragmatique sur la question de l’intégration (l’échec de la MINUAD au Darfour n’y étant pas étranger) mais l’OTAN poursuit, au contraire, une stratégie de propagande offensive sur la question de l »approche intégrée (« compréhensive approach »), en dépit des échecs constatés sur le terrain (notamment en Afghanistan) et des contre-feux allumés par les ONG qui, pour certaines d’entre elles, sont présentes dans le pays du « Grand jeu » depuis plus de 30 ans.

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